‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 126 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

plus grand bonheur, comme la base de leurs libertés à Textérieur et à Tintérieur, comme d'ailleurs cela se trouvait démontré, à Tinstar d'une loi irréfragable , par la chose elle-même et par r usage remontant dans les deux pays à cent cinquante ans en arrière. Gomme il est certain aussi que dans les travaux, dans la bouche, et dans le cœur des trois célèbres et magnifiques Hongrois; dans ceux de Gabriel fiethlen , le grand prince delà Transylvanie, dans ceux de Pierre Pdzmàny, le grand cardinal de la Hongrie et dans ceux de Nicolas Esterhàzy, le grand palatin de la Hongrie, il a été clairement exposé que cette séparation de la nation magyare ressemblait à une tour bâtie par Dieu lui-même au milieu de ces deux empires, afin qu'elle les conservât tous deux, malgré leurs luttes incessantes, ainsi que les libertés de la nation hongroise dont elle ne sut jamais profiter sous ses propres rois. C'est donc un bien tant pour la chrétienté que pour l'islamisme et plus spécialement pour la Moldavie et la Yalachie ainsi que pour la Pologne, mais avant tout pour la nation magyare elle-même que la Hongrie et la Transylvanie ne puissent être ensemble sous la domination ni des Turcs, ni des Allemands, ni des Magyars. Sous celle de ces derniers, non, parce qu'ils donneraient beaucoup à faire à toutes les deux et ils se perdraient; sous celle des deux empires, non, parce qu'elles courraient toujours le danger d'être perdues aussitôt qu'elles appartiendraient exclusivement à l'un des deux. »

Telles étaient les méfiances toujours éveillées et réciproques à faire cesser, les opinions contradictoires et enracinées à réfuter pour quiconque croyait à l'accord complet possible entre les intérêts de la maison des Habsbourg et des Magyars^ désirait sincèrement leur consolidation respective et tendait résolument à sa réalisation. Michel Telcki, après avoir un moment soutenu Émeric Thœhœlyi^ se voua à l'accomplissement de cette tâche d'autant plus volontiers qu'il se rendait parfaitement compte de la décadence accélérée du pouvoir des Turcs et qu'il se sentait assez fort pour défendre les droits de la nation magyare contre toutes les entreprises de la cour de Vienne, Cependant il faut avouer que les négociations ne commen-

cèrent pas sous des auspices très heureux. Ce fut un jésuite d'origine Française, le Père Antide Dunody qui les entama dans Tentrevue qu'il eut avec Telehi dans son château de Kercsesora. II s'agissait de conclure une convention militaire contre Icb Turcs entre Léopold et Apafi et de faire accepter par les États de la Transylvanie deux traités : Tun concernant la situation future de la principauté après son union avec la Hongrie^ l'autre se rapportant à une Sainte Alliance dont ferait partie la Transylvanie en compagnie de V Allemagne ^ de Venise et de la Pologne. Entre temps, Dunod fit également des ouvertures à Serban Cantacuzino, vayvode de la Valachie^ pour le persuader de se soumettre à l'empereur, moyennant quoi il obtiendrait sa protection avec la promesse de lui donner le Danube pour frontière méridionale à la conclusion de la paix qu'on devait faire prochainement avec le sultan.

Teleki présenta les traités du Dunod aux États de la Transylvanie quelques jours après l'arrestation de Thoehoelyi par le pacha de Nagy-Vàrad (octobre 1685), moment on ne peut plus propice, puisque cet événement démontrait plus éloquemment que tous les raisonnements possibles, l'odieux du despotisme turc. Mais les traités ne furent pas moins repoussés par la diète de Fogaras comme attentatoires aux droits de la Transylvaniey malgré la fameuse phrase de Dunod : a Sa Majesté vous protégera, que Vous le vouliez ou non. n (Nolentes, volentes protegit vos Sua Majestas.) Cependant l'idée des négociations y l'ut admise et on envoya à Vienne Etienne flaller et trois antres délégués pour les y poursuivre.

La protection promise par Dunod ne se fit pas longtemps attendre. Les abords du pays furent successivement occupés par les généraux impériaux Veierani et Caraffa^ instruments aveugles du plus inexorable absolutisme en Hongrie, Quant à Scherffenbcrg, il entra en Transylvanie dans \e courant du mois de mai 1686 a à la tète de 15,000 orateurs armés » , comme le raconte mélancoliquement Nicolas Bethlen, Une escorte militaire aussi considérable n'eût pas manqué de donner du poids au projet de traité élaboré à Vienne par la mission Ilaller et les commissaires de LJopold : le chancelier Siraimanny le

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