LIVRE TROISIEME
protestâmes de notre mieux, nous présentâmes même un mémoire à ce sujet à Tempereur, dont nous avons la copie, mais on le jeta au panier. »
Pour expliquer ces efforts de prosélytisme de la cour de Vienne^ les historiens roumains indiquent avec beaucoup d'habileté son désir de combattre le libéralisme hongrois. « Cette maison des Hasbourg n'est pas une dynastie tombée des nues, écrit J. Slavi'ci {\)^ mais une dynastie ayant combattu pendant des siècles pour l'organisation de TEurope centrale. Elle avait sa politique séculaire et elle disposait d'un mécanisme administratif complet pour la réalisation de son but. C'était une dynastie aux yeux de laquelle l'armée ne servait que de bouclier, tandis que ses conquêtes se firent à l'aide de la foule des employés administratifs. 11 était tout naturel que cette dynastie s'étant battue pendant deux siècles avec les Magyars, se trouvait toute heureuse de rencontrer dans les pays nouvellement conquis et derrière les Magyars un peuple étranger, hostile aux Magyars. La cour de Vienne ne tarda pas h concevoir des plans au sujet de l'unification des éléments roumains éparpillés dans les provinces orientales ainsi qu'à ce qui pouvait concerner leurs progrès, afin qu'avec le temps on puisse leur confier le rétablissement de l'équilibre social » . Propositions au plus haut degré condamnables au point de vue du respect dû à la dynastie habsbourgeoise, puisqu'elles la représentent comme l'ennemie du peuple magyar, ainsi qu'au point de vue du roumanisme à qui elles attribuent une animosité contre le même peuple magyar, sans pouvoir en donner le motif. Quant à l'expression du «* pays nouvellement conquis » ,elle suppose l'ignorance la plus grossière, car la royauté des Habsbourg en lion y rie, y compris la Transylvanie y se base sur des traités de famille sanctionnés parles diètes hongroises et non pas sur le droit de conquête.
En tout cas, si les conseillers de Léopold V n'étaient pas des amis pour la Hongrie y ils n'étaient pas ceux des Roumains non plus, puisque dans les instructions que l'internonce de Tempereur a reçues à Constantinople après la paix de Karlôczay il
(i) Slauici : Andreiu haron de Siaguiia, p.. 26.
lui est expressément recommandé de se méfier de ces derniers, car ils sont orthodoxes et conséquemment prêts à servir les intérêts de la Russie, On pourrait conclure même de cette légère indication, que le vrni mobile des efforts tentés en vae de Tunion est simplement la crainte de Tinfluence russe, dès ce moment-là sérieusement inquiétante pour la sphère d^action de la politique impériale.
Ce fut le Jésuite Paul Baranyt\ — il s'était introduit subrepticement en Transylvanie du temps à'ApaJi — à qui I'od confia la mission de faire cesser les hésitations de Théophile, Il lui persuada la convocation d'un synode restreint, formé de douze doyens, qui eut lieu au mois de février 1697. Il fut présidé, au lieu du » surintendant » calviniste, par le fougueui Jésuite lui-même et ouvert par un discours de Théophile qui ne sut pas assez s'opitoyer sur le malheureux sort des Roumains sous la domination des princes indépendants magyars. Ce discours très bien fait a été conservé, et comme Tévéque roumain ne brillait pas par Tesprit, il est plus que probable qu il est Tœuvre du Jésuite hongrois qui pour attaquer les calvinistes, n'a pas craint de forger des armes dangereuses contre sa propre nation à Tusage de ses ennemis.
Après cette élucubration oratoire, on résolut racceptation des quatre articles plus haut cités en y ajoutant plusieurs clauses relativement à la situation particulière des Roumains en Transylvanie, L'union leur accordera l'accès des emplois publics, leur permettra de fréquenter les écoles des catholiques, de jouir des fondations catholiques. L'évêque des Roumains obtiendra des allocations suffisantes pour vivre honorablement. Ayant voté toutes ces résolutions , le synode en fit un mémorandum que l'évêque signa d'abord tout seul, mais comme sa signature ne satisfit pas la cour de Vienne^ les doyens le signèrent plus tard personnellement tous aussi. Pour les historiens ecclésiastiques roumains, ce document n'existe pas. «Ce décret n'est qu'un faux, dit Manegutiu (i) ou, pourlul
(i) Manegutiu : Reunirea romànilor din TransilvaDia si UDgaria. Sibin, 1893» P- 81.