LIVRE TROISIÈME
Le ressentiment que Tunion provoqua dans Téglise grecque orientale fut immense. Le patriarche Kalinîk et le métropolite Théodose ne tardèrent pas à lancer leurs excommunications contre Ai/uinase^ contre qui les Roumains laïques rédigèrent aussi une protestation. Pour se justifier et pour donner du courage à ses fidèles, Athanase convoqua un second synode pour le 8 juin 1 702. On y passa à Tordre du jour sur les excommunications et on les envoya à Kollo/ncs^ qui y répondit en reprochant a Théodose de prendre le titre de « métropolite de la Transylvanie » et en refusant à KaUnik de reconnaître sa qualité de patriarche.
Ce fut a ce même synode que Ton décida la fondation d'une école roumaine à Gyulafehéi'vàr en y employant les 36,000 florins que TÉtat devait restituer au clergé roumain. On y prit la résolution aussi de créer cinq bourses en faveur des étudiants roumains les plus remarquables qu'on enverrait soit à l'université hongroise de Nagy Szomhat, soit h Vienne ou à Rome pour y terminer leur éducation.
Arrivée à cette phase de son développement, Tunion eut une nouvelle et dangereuse épreuve à traverser. Au commencement de Tannée 1703, la Honf/rie et la Transylvanie entrèrent dans Tère des guerres civiles, appelées les guerres des Kurucz^ qui dura jusqu'en 1711. Elles eurent pour prétexte les exactions des armées impériales et les agressions incessantes directes ou détournées de Xo//omc5 et des hommes d'État autrichiens contre la constitution hongroise. 11 est cependant plus que probable qu'elles n'eussent pas pris une extension et une intensité si grandes sans les encouragements de Lottis AVTqui, pour susciter des ennemis à la maison des Uahsbourfj avec laquelle il était en guerre alors au sujet de la succession d'^^paffne, ne perdit de vue aucun des éléments politiques susceptibles d'augmenter les embarras de Léopoid /". Or, un de ces éléments était tout indiqué en Honf/rie dans la personne de François Ràkàczy^ fils de François Ràkôczy /", prince de Transylvanie qui, ayant été élu du vivant de son père Georges 11, n'a pas régné, et d'Ilona Zrinyi, Théroïque défenseur de Mankàcs et femme en secondes noces d'Émeric Thoekoelyi, Quoique élevé
en Bohême chez les Jésuites et ayant pour femme une princesse allemande, W]evLneFrançois n'ignorait certainement pasla triste fin de son grand-père Pierre Zrinyi et de son grand-oncle Fran- (jepan et il est même plus que probable qu'il était en correspondance suivie avec les exilés (Tlsmid^ sa mère et son beau-père. Quoi donc de surprenant si, plein de jeunesse, de noble ambition et de ressentiments refoulés, il écouta avec des oreilles complaisantes les propositions séditieuses des agents français! Trahi par Tun d'eux ou ayant eu des lettres interceptées, il fut arrêté le 18 avril 1701 et on le conduisit à Wiener- Neusiadt^ dans la cellule où avait été enfermé son grand-père; mais, plus heureux, il put s'en évader le 7 novembre suivant et se réfugier en Pologne. Quand quinze mois plus tard les populations de la Ilauie-Tiszaj de Szatmàr, de Szabolcs et de Bereg^ écrasées par les impôts et désespérées, recoururent à la voie des armes, il entra en Hongrie, accompagné par son fidèle ami et dévoué serviteur le comte Nicolas Bercsênyi et il y fit déployer le drapeau des Itàhoczfy le drapeau des libertés civiles et religieuses, des aspirations du génie magyar. Aussi se vit-il bientôt entouré par les Andràssy, les Forgâch, les Kàrolyi et, à la fin de l'année, se put-il considérer comme maître de toute la Hongrie. Se prévalant de ses grands-parents maternels, il s'adressa même aux Croates, mais ceux-ci restèrent fidèles à Léopold, ainsi que les villes de Pozsony, de Bude, de Sopron et de Nagy-Szeben. . Ce fut à l'assemblée de Szécsén que les Kurucz s'organisèrent (le 10 septembre 1705). Plusieurs prélats, magnats et délégués des villes libres et des départements y fondèrent une « fédération » sur le modèle polonais et élurent un conseil d'État en donnant à Ràkoczy lui-même le titre de « souverain des États et des ordres hongrois confédérés pour la liberté de la patrie »» . Celui-ci concentra d'abord tous ses efforts sur la réconciliation de ses fidèles catholiques et calvinistes ainsi que sur l'organisation de son armée, dont l'effectif, grâce aux bons officiers fournis par la France, s'éleva plus d'une fois à cent mille hommes. Elle contenait un grand nombre de Roumains^ parmi Icsquel^i il faut citer les capitaines Draguj et Csurulya -j— le premier fuit à Boros-Jcno la capture de tout un escadron