‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 14 sur 232 · LIVRE PREMIER S · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER S

gisme pur. Que la couche supérieure des colons, devenue avec le temps la classe dirigeante dans les municipes, que le corps des officiers aient eu le latin pour langue maternelle ou qu'ils aient été au moins des citoyens romains latinisés, on se l'imagine aisément. Mais il est très probable aussi que la grande masse de ce personnel recruté dans tout Tunivers ne considérait le latin que comme une langue officielle dont elle ne se servait que dans Tintimité. Ceux qui étaient originaires de VAsie Mineure et comme on a pu le voir plus haut, ils formaient la majorité, employaient volontiers le grec même dans la vie publique, puisque Ton trouve plusieurs inscriptions ainsi qu'une tablette de cire rédigées dans cet idiome.

Du reste, le romanisme de la Dacie ne pouvait ressembler en rien au romanisme des autres provinces deTempire. u Dans la haute Italie, dans les Gaules, en Ibérie et en Pannonie, etc., il était le produit de la dénaturalisation complète des peuples déjà assez développés, — produit qu'engendrait d'une part l'usage d'une langue nouvelle et d'une nouvelle manière de penser et, de l'autre, la fusion des immigrés avec les races autochtones des Ibères et des Celtes. En Dacie, autant qu'on peut en juger approximativement, dans ce pays n'ayant qu'une population très clairsemée et très hostile aux immigrés, on ne pouvait créer qu'une province d'un caractère purement colonial, où le romanisme était impuissant à prendre racine, parce qu'il lui manquait le terrain propice que lui offraient dans les contrées citées les peuples intellectuellement conquis» (1).

Il faut se rappeler encore que la Dacie n'a jamais été entièrement colonisée, même avec cet amalgame extraordinaire des colons dont on vient de fournir la description ethnique. La vie romaine ne florissait que dans la partie orientale du département de Terne*, dans celui de Krasso — Szorény, situé en Hongrie^ dans le Sud-Ouest et dans le centre de la Transylvanie et enfin dans la Petite- Valachie actuelle. Et là elle se concentrait dans Vlpia Trajana ainsi que dans les villes mi-

(1) R0B8LBR, Romànische Studien, p. 45

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nières des alentours. Dans le reste de la Dacie^ elle s'affaiblissait graduellement pour se réduire finalement aux seuls postes militaires. En dehors de ceux-ci on n'y rencontre aucune trace de la civilisation ou de l'administration romaines.

Et combien aurait-il fallu pouvoir travailler systématiquement sans interruption et d'après un plan bien conçu, pour faire de toutes ces races une seule nationalité qui fût susceptible de supporter les orages d'une longue suite de siècles, tout en étant très éloignée de Romel Or, dès le règne du successeur immédiat de Trajan^ on est inquiété en Dacie par les précurseurs de la migration des peuples : les Jazyges et les Rhoxolanes se révoltent dans le voisinage de la nouvelle province. Ce fut alors qu'-^rfr/en fit démolir le pont de Trajan, car, selon Dion Cassius^ il craignait « que les Barbares n'eussent raison des troupes auxquelles était confiée la garde du pont et qu'ils n'y trouvassent un passage facile pour envahir la Mésie M Voilà comment la politique agressive de ÎVo/an se change chez Adrien en politique défensive sous la pression des circonstances!

En 167, du temps de Marc-Aurèle, ce fut le tour des Marco-mansy des Quades , et des Jasyges encore de traverser le Danube et de dévaster les provinces limitrophes et conséquemment la Dacie, La commotion que cette attaque a exercée sur cette province nouvellement colonisée a dû être considérable, car des pièces d'argent enfouies à Tibôd^ — dont la plus récente date de 167, — des mines comblées à Verespatak et renfermant des tablettes de cire écrites dans les années 131 à 167, prouvent à Tenvi les inquiétudes de la population de la Dacie à cette époque.

Dans l'espoir d'y obtenir des terrains et une haute paye, la tribu vditiàdAeàesAstingues^ conduite par ii/iao5 et iiAa;9ro5, avait grand désir de s'allier aux Romains, Mais, son vœu ne s'accom» plissant pas, elle laisse en 172 les femmes et les enfants en otages chez le gouverneur Clemens et s'empare du territoire des Costoboies^ tout en causant des dégâts sérieux en Dacie également. Alors un autre corps des Germains^ les Dacringues ou les Lacringues^ craignant que Clemens ne les livre aux

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