LIVRE TROISIEME
évéque, destiné à semer la discorde entre Mar/yars et Roumains au moyen de Tunion !
Parmi les pays nombreux où régnait la maison des Habsbourg à la fin du xvn"" siècle, il n'y avait que la Transylvanie qui eût le protestantisme pour religion dominante. L'idée de faire cesser cet état de choses, qu'elle considérait comme une anomalie, s'imposait donc tout naturellement à la cour de Vienne. Aussi se voua-t-elle avec un zèle infatigable, aidée par les Jésuites, à l'œuvre de l'union des Roiunains^ destinés par leur nombre à rétablir l'équilibre au profit du catholicisme. Mais à côté de cet effet ardemment désiré et incomplètement obtenu, cette union en eut d'autres qui créèrent à ses auteurs des complications vraiment sérieuses, et qui leur parurent d'autant plus pénibles que ce fut justement Klein, leur Benjamin^ devenu Innocent \ov% de son ordination, qui les leur suscita en grande partie.
D'abord il déploya sa juvénile activité pour transformer cette question religieuse en question politique visant l'éman* cipaiion politique et sociale de ses frères les Roumains, Certes, c'était accomplir un devoir sacré, et nul ne lui en eût voulu s'il avait apporté dans son accomplissement plus de tact et de discrétion. Mais, au lieu de vouloir gagner la bienveillance des trois nations au désavantage desquelles cette émancipation devait s'effectuer, il les traita dédaigneusement en s'adressant, dans ses pétitions innombrables, directement à Sa Majesté et ei) jouant ainsi le rôle sinon d'un délateur, du moins d'un accusateur secret.
Il faut avouer, à vrai dire, que les hommes d'État autrichiens de celte époque, et malheureusement des époques suivantes aussi, ne décourageaient pas beaucoup cette manière d'agir dès qu'il s'agissait de faire pièce au constitutionnalisme hongrois. Le général Yallis n'employa pas de moyens moins condamnables pour faire accepter en haut lieu ses propositions anticonstitutionnelles. Si pour servir la cause de la réaction celui-ci n'a pas craint de faire table rase des droits les plus incontestables de la Transylvanie^ comment en vouloir à Klein qui, pour alléger les charges de sa race, ne manqua aucune
occasion d'élever la voix en sa faveur et, faute d'éducation première, poussa Taudace jusqu àTarrogance.
Par le rescrit que Charles III adressa à la diète transylvanienne de 1732, on apprend les récriminations et les exigences de Klein, Elles se rapportent soit à la prétendue persécution qu'auraient endurée les popes malgré le diplôme octroyé par Léopold /•', soit à la situation du peuple roumain tout entier, en faveur duquel il demandait Tindigénat, c'est-à-dire la concesssion de ne plus le traiter en étranger. Pour juger la légitimité de ces réclamations, la diète nomma une commission selon le vœu et d'après les indications de Sa Majesté. Or, quoique composée d'une façon très avantageuse à l'esprit de l'union, du général Vallis, des évêques catholiques et grecsunis, d'un conseiller aulique et des membres catholiques du u gubernium '^ , cette commission ne conclut à rien, c'est-àdire elle se prononça pour le maintien du statu quo.
Klein usa alors d'une autre tactique. Connaissant la mésintelligence qui régnait parmi les trois nations, — les Magyars et les Sicules trouvaient que les Saxons avaient pris trop d'importance depuis la promulgation du » Diploma Leopoldianum , » — il fit une pétition contre ces derniers au sujet de la dîme à payer par les Roumains sur le territoire des SaxonSy et il la porta lui-même à Vienne dans un de ses nombreux voyages. Dans une autre pétition, il réclama que, dans les communes du Kiràlyfôld, propriété commune des Roumains et des Saxons^ on assigne la « portion canonique » aux popes grecsunis aussi c'est-à-dire une pièce de terre de la grandeur de dix à quinze hectares. Réclamation au point de vue moderne assez équitable mais qu'il a eu le tort d'accompagner par l'exposé de motifs suivant : « Nous autres Roumains, nous sommes les habitants autochtones du uKiràlyfôld» depuis Trajan, avant que la nation saxonne ne soit venue en Transylvanie. Nous y possédons des domaines et des village entiers jusqu'à nos jours, quoique nous soyons opprimés par les plus puissants avec mille misères et tyrannies. » Voilà l'origine de la théorie de « qui prior tempore, potior iure » , formulée par un évéque dès 1735!