‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 146 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

En Transylvanie ce fut un caloyer nommé Visarion à qui Joannovics confia la tâche de reconquérir les fidèles égarés. D'une intelligeance supérieure, d'une conduite irréprochable, sobre jusqu'à l'ascétisme, Visarion imposa surtout par son désintéressement : au lieu d'accepter des cadeaux, ce fut au contraire lui qui distribua des aumônes aux pauvres. Sa prédication n'avait rien de révolutionnaire non plus; il se contenta d'admonester ses auditeurs et de leur exposer les grands malheurs qu'ils s'étaient attirés en ayant abandonné leur religion (I). Pour couper court à l'excitation que sa présence fit naître dans tout le Midi de la Transylvanie^ le « gubernium » le mit en état d'arrestation. On le conduisit à Nagy-Szeben^ où il subit un interrogatoire judiciaire et où il reçut dans sa prison la visite de Tévéque Klein. Et comme ses réponses furent très prudentes et comme sa conversation ne donna prise à la moindre observation, on le fit partir quelque temps après à Gyulafehéin)àr et de là à Vienne^ où il fut relâché et d'où plus tard l'ambassadeur Ae Russie l'emmena avec lui dans son pays.

Pour combattre cette renaissance de l'orthodoxie, il aurait fallu que l'église grecque unie se levât comme un seul homme. Or la disparition de Klein y suscita des difficultés nouvelles. Sans trancher la question ; s'il fallait considérer son absence comme temporaire ou comme définitive, ce furent son vicaire général Pierre Aron et le jésuite Balogli à qui on imposa le gouvernement du diocèse. Pour les aider dans Taccomplissement de leur tâche, on fit paraître rescrits sur rescrits. Ils prêchaient la liberté religieuse tout en interdisant, sous peine de punitions sévères, le retour à l'église grecque orientale et ne semblaient pas en tenir compte, quoique la majorité des Rou" mains lui fût restée fidèle. On y attribua l'origine de tous les maux à la présence de ses popes venus de la Moldavie ou de la Valachie ainsi qu'au clergé indigène consacré au dehors. Et afin que les prescriptions de ces rescrits soient consciencieusement exécutées, Marie-Thérèse nomma en 1746 les « Protec-

(1) Comte DouiNiQVB Tbleki : A Ket kaluger, Budapesti Szemle, dix-septième année, p. 58.

leurs de Tunion « au nombre de qui elle fit entrer les plus hauts employés catholiques du « gubemium « : le trésorier B. Boimemisza, le chancelier B. Pongràcz^ le juge suprême David Henter et le fisc Pierre Dobr a.

Ce fut au même moment que Klein crut nécessaire de repa* railre en envoyant de Rome une excommunication en règle contre le jésuite Balogh (le 10 septembre 1746). Et comme son vicaire Pierre Aron ne voulut pas convoquer le synode dans lequel il aurait fallu qu'il publiât Texcommunication , Klein Texcommunia à son tour et le remplaça au vicariat par le doyen Nicolas Balomiri, Ne se sentant pas en sûreté à Balàzs^ falva^ Aron se retira à Nagy-Szeben en cédant sa place au vicaire nouveau.

Cette situation bizarre dura jusqu'à l'arrivée A'Olsavszhy^ l'évéque uni de Munkâcs^ à qui la reine confia Tannée suivante la convocation d'un synode à Szeben pour replacer Aron dans le vicariat. Alors Balomiriy se basant sur une lettre de Klein^ réunit un synode contradictoire pour décider s'il fallait considérer Tévéque absent comme démissionnaire ou non? C'était plus qu'on ne pouvait permettre à l'audace du cierge uni. Aussi Balomiri reçut une invitation de se rendre à Vienne pour se justifier. Au lieu d'y répondre, le vicaire de Klein s'enfuit par la Valachie à Moscou où s'étaient rendus de leur côté plusieurs doyens orthodoxes de Brasso pour y chercher aide et protection contre les persécutions des catholiques.

Leurs démarches ne restèrent pas infructueuses car l'impératrice Elisabeth ne tarda pas à faire adresser une note à son ambassadeur de Vienne en leur faveur (1750). Après avoir rapidement dépeint la situation des orthodoxes en Transylvanie ^ naturellement selon les indications de Balomiri^ cette note recommanda d'abord la protection et la défense des intérêts orthodoxes. Dans le cas où cela ne serait pas possible, u pour des raisons que je ne puis pas consigner » dit l'impératrice — que l'ambassadeur rédige un mémoire pour attirer l'attention de Marie- Thérèse sur le peuple roumain, martyr de sa foi. Il en fut transmis un effectivement quelque temps après, et l'impératrice-reine le soumit au conseil secret. Celui^'Ci ne

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