‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 148 sur 232 · LIVRE TROISIÈME t9T · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME t9T

la charge pour demander à la reine la permission d'étendre sa juridiction patriarcale sur la Transylvanie. L'agitateur Gabriel Dronffo ne se contenta pas d'énonciations théoriques; il poussa les Roumains à des voies de fait provoquant l'expulsion de leurs paroisses de plusieurs prêtres unis. Arrêté sur la proposition de Tévêque catholique, Drongo eut pour libérateurs les haydouk calvinistes de Szalonta qui considéraient son incarcération comme une atteinte portée à la liberté religieuse, pour laquelle tout bon Magyar verse toujours volontiers le plus pur de son sang. Exaspérés par les allées et venues des caloyers du couvent de Szecsor , les grecs unis le détruisirent aussi, provoquant ainsi les représailles des orthodoxes groupés autour de Jean Molnâr (Juon Tunsu) , pope d'Ecsel^ qui, en se basant sur une prétendue encyclique du patriarche de Karlocza, se permit de convoquer un synode à Szelistye en 1758. Il y assura que le patriarche susdit serait enclin à intercéder pour eux auprès de la reine en sa qualité de « Roponistos » — de coreligionnaire, afin qu'ils puissent avoir un évéque grec oriental en Transylvanie.

Aron crut que estait plus qu'il n'en devait supporter patiemment. Quittant ses écoles et ses étudiants, il fit en 1759 un voyage de visite pastorale dans son diocèse, pendant lequel il ne craignit pas de mal parler des prêtres unis prêts à s'entendre soit avec les calvinistes, soit avec les orthodoxes. (Il y avait des églises servant à la fois aux cultes calviniste et grec uni.) Ses intempérances de langage suscitèrent beaucoup de difficultés, à cause desquelles il reçut des admonestations de ilfarie- Thérèse elle-même et préparèrent le terrain pour l'apparition d'un nouvel agitateur, le caloyer Soplironius, originaire de la commune de Csora dans le département de Fejér.

C'était en fait de caractère, de tempérament et d'éducation, l'antipode de son prédécesseur Visarion^ mais son fanatisme communicatif suppléa à tous ses défauts. Ayant prêché partout contre l'union, l'administration du département de Hunyad le fit arrêter. Alors Juon Tunsu souleva ses fidèles et le peuple assiégea en foule le château dafô-ispan (préfet) pour obtenir la mise en liberté de son orateur admiré. Pour sauver

sa vie, le fonctionnaire pusillanime s'empressa de relâcher soa prisonnier et.de conseiller aux Roumains l'envoi d'une pétition au tt gubernium » , afin qu'il fit cesser leur situation intolérable résultant de la fiction que les Roumains appartenaient déjà tous à l'Église unie. Encouragés par ce succès, ceux-ci s'adressèrent peu de temps après au conseil général de Hunyad pour lui demander la permission de reprendre leurs églises injustement confisquées en faveur des grecs unis. Entre temps il y eut à ce sujet des collisions sanglantes entre ces derniers et les orthodoxes excités par Sophronius et Juon Tunsu. Aussi se décida-t-on à Vienne à intervenir énergiquement en s'emparant de ces deux personnalités turbulentes : Juon fut conduit en Autriche après les troubles qui eurent lieu a Uzdi-Szent^Péier et qui coûtèrent la vie à un noble orthodoxe; quant à Sophro^ niusy il sut se tirer d'affaire très adroitement en feignant de jouer le rôle de médiateur en plusieurs occasions entre l'autorité et les mécontents. Pour son malheur, on apprit qu'il avait accepté quelques ducats du général en chef; c'était assez pour le rendre suspect aux yeux de ses coreligionnaires. Cependant il parvint encore à rassembler un synode populeux à Zalatna où l'on se décida de s'adresser une seconde fois à la bonté de Marie-Thérèse pour en obtenir la reddition de certaines églises occupées par les grecs unis et la permission d'en bâtir des nouvelles. Après avoir reconquis ainsi la confiance de ses anciens admirateurs, Sophronius disparut complètement en abandonnant son rôle de défenseur de l'orthodoxie à des individualités plus autorisées.

Pour complaire à la Russie, à l'alliée fidèle des plus tristes jours de la guerre de Sept-ans, la cour de Vienne était, depuis l'affaire de Balomiri, sérieusement résolue à donner satisfaction aux réclamations justifiées des orthodoxes. On nomma d'abord une commission pour examiner si elles méritaient considération. Le rapport de cette commission ne fut envoyé à Vienne qu en 1756. Le général commandant y joignit un mémoire qui jette une lumière très suggestive sur l'esprit qui animait alors l'entourage de la reine. Étant Français, de Ville rédigea son travail en français ; donc pour porter remède aux

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