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s^occuper de cette besogne peu recommandable. Car pour se conformer aux instructions de leur chef, les membres de cette commission montraient beaucoup de partialité en faveur des unis, à qui ils firent rendre toute église leur ayant appartenu autre fois. En ce qui concernait les monastères, voici les paroles des instructions de Bucow « Monasteria ubique comburantur lignea, lapidea destructantur » (1). Quant à la constatation si un Roumain était uni ou non-uni, elle se faisait le plus souvent au cabaret où les discussions se transformèrent aisément en pugilats. Craignant de perdre leurs places, les popes n'aimaient pas à avouer de leur côté s'ils étaient pour ou contre Tunion.
Si à la suite de cette intervention assez intempestive du bras séculier il n'y eut pas des troubles plus considérables, on doit Tattribuer uniquement à la nomination de Denis Novakovics comme administrateur de l'évéché orthodoxe (fin d'août 1761). C'était tacitement reconnaître la nécessité d'en créer un au plus bref délai; c'était réaliser le rêve le plus cher de l'orthodoxie. Il en est résulté parmi les Roumains un apaisement qui a permis à Bucow de prendre certaines mesures pour le règlement des questions financières auxquelles a donné naissance la coexistence des Roumains unis et des non-unis dans les mêmes paroisses. Le général commandant leur ordonna en outre de vivre en bonne harmonie en accordant toutefois quelques faveurs aux premiers. Car s'il admettait la possibilité d'entrer dans Tunion, il défendait, sous peine d'incarcération, le retour à l'orthodoxie.
Ayant pris possession de ses nouvelles fonctions Novakovics eut d'autre difficultés à surmonter. Le patriarche de Karlôcza souleva la question de savoir si l'on pouvait lui permettre d'administrer deux évêchés à la fois (celui de Bude et celui de Transylvanie)? Selon son opinion c'était absolument contraire au droit canonique. Ce fut Bajihai, l'évêque catholique transylva- Rien,'quiprit sa défense en n'attribuant la démarche du patriarche qu'à sa rapacité. Carilaurait mille ducats à toucher en guise
(1) lEAmoN PoscARiv, Documente pciitru limba si istoria, t. I, p. 233. Sibiiu.
de taxe d'investiture si Novahovics optait pour la Transylvanie, D'autre part, le nouvel évéque sentait très bien que Ton com* ptait à Vienne sur-ses complaisances au sujet de la propagande unioniste. Il ne s'y prêta pas, mais pour prouver son zèle il ramassa parmi ses fidèles une somme de 100^000 florins qu'il mit à la disposition de la reine, et il envoya à ses doyens une lettre pastorale, dans laquelle il les exhorta à ne s'occuper nullement des affaires des grecs unis et à se montrer dignes de la grâce souveraine à laquelle ils doivent le libre exercice de leur culte. Mais il ne parvint à satisfaire ni la cour ni ses ouailles; aussi avait-il l'intention de se retirer dans un monastère, quand il fut frappé par la mort en 1770.
Il eut pour successeur dans les deux évèchés Sophronins Chirilovics au temps où l'influence des idées libérales de Jo5^/>A //se faisait déjà grandement sentir. En 1774, il parut un rescrit royal qui recommandait au « gubernium » de ne plus faire fustiger les unis retournés à l'orthodoxie, mais de leur faire donner de l'instruction religieuse pendant six semaines. Cependant ce ne fut pas encore Chirilovics^ qui put rendre autonome l'évêché de Transylvanie confié à sa direction. Il ne le devint que sous le règne de Joseph II en 1 783, quand, après la mort de ce pasteur orthodoxe, on lui fit succéder Gëdéon JSikitics^ l'archimandrite de Sistovatz, qui ne fiit plus soumis à la juridiction du patriarche de Karlfkza qu'au point de vue des affaire^ religieuses et dogmatiques.
Pendant ce temps-là se passèrent quelques événements mémorables dans le sein de l'église unie. Après la mort de Pierre Aron, survenue en 1764, la reine accorda l'évêché de Balàzsfalva à Athanase Reânik, sur la proposition d'un synode tenu au siège épiscopal. Ancien basilite, vivant à la manière des ascètes, Rednik conquit la confiance absolue d\iron, qui le plaça à la tête du séminaire. Mais il avait des ennemis acharnés dans les rangs de ses confrères les basilites, qui ne craignirent pas de s'adresser au pape Clément XIII lui-même pour empêcher sa nomination. Le comte Hadi/i, gouverneur de la Transylvanie et général commandant des troupes impériales y cantonnées, trouva leur démarche excessivement cou-
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pable. II en fit enfermer plusieurs, entre autres Grégoire Maîoru que Ton conduisit à Munkacs, tandis que les autres furent relâchés sur Tintervention de Rednik, mais en même temps placés comme subalternes dans des monastères dépendants de sa juridiction, où les règlements les plus sévères furent introduits et où il enjoignit aux caloyers d'apprendre un métier quelconque. Lorsqu'il pétitionna à Vienne, afin d'obtenir la portion canonique pour ses prêtres, on lui accorda un petit secours de 10,000 florins et deux places au Pazmanéum pour ses séminaristes. Tout en faisant beaucoup de zèle en faveur de la propagande de l'union, il veilla jalousement au maintien de la liturgie grecque,
Quoiqu'ayant été interné à cause de lui, ce fut cependant Grégoire Maîoru qui lui succéda sur le siège épiscopal en 1772, après avoir reçu sa grâce sur la proposition de Joseph II. Pendant son épiscopat survint la suppression de l'ordre des Jésuites, délivrant ainsi l'église unie de ses conseillers gênants, succès dont Maîoru ne put pas longtemps jouir, car avant eu des difficultés à son tour avec les moines basilites, il eut un procès qu'il perdit et à cause duquel il se vit forcé de demander sa retraite. Il ne mourut qu'en 1785, trois ans après l'intronisation de son successeur Jean Bobu.
Tels furent les résultats des efforts tentés pendant quatrevingt-dix ans par les hommes d'État autrichiens en vue de l'unification de la monarchie sur la base du catholicisme et telle était l'attitude des Roumains en face de leurs tentatives. Si les premiers n'atteignirent pas tout ce qu'ils attendaient de l'union, si à la suite de son introduction les seconds se virent séparés en deux fractions difficilement resoudables, il nen est pas moins vrai qu'il se forma là un courant extra-constitutionnel derrière les Magyars entre Vienne et les églises unies et non-unies, qui ne cessa plus de les menacer depuis et dont on devait fatalement se servir tôt ou tard, quand il s'agit de les combattre en leur qualité de gardiens fidèles du constitutionnalisme.