CHAPITRE V Les troubles de
Après les attaques plus ou moins dissimulées, que la réaction avait dirigées pendant deux siècles sur le terrain religieux et politique contre le constitutionnalisme hongrois, celui-ci en eut une nouvelle et bien autrement sérieuse à soutenir quand avec Joseph II, le fils génial àe Marie- Thérèse y ce fut le rationalisme des philosophes encyclopédistes qui s'installa sur le trône impérial et royal. Car si la sagesse et le patriotisme des hommes d'Ëtat magyars surent toujours paralyser l'hostilité incessante de la cour de Vienne^ tant que le souverain lui-même resta impartial au milieu des antagonistes, également convaincus de Texcellence des principes gouvernementaux qu'ils préconisaient, la défaite des premiers devenait certaine dès que Joseph II se déclara partisan déterminé d'une monarchie centraliste, organisée sur le modèle français, mais au profit du germanisme.
A vrai dire, son empire^ d'utopiste ne ressemblait guère à l'idée que les réactionnaires s'étaient faite de la monarchie depuis la réunion de la Hongrie et des États héréditaires sous le sceptre d'un même rejeton de la famille des Habsbourg. Ils l'auraient voulu franchement catholique et absolutiste, afin que la volonté souveraine, inspirée par leurs conseils, pût y être uniformément exécutée. Or, tout en visant le pouvoir autocratique, — ses intentions humanitaires, réformatrices et émancipatrices n'auraient jamais pu s'accorder avec les lenteurs et les hésitations inévitables du régime représentatif, — Josexîh //était trop imbu des idées qui devaient engendrer plus tard la Révolution française, pour devenir l'allié d'une camarilla aristocratique, cléricale et rétrograde. Il rêvait un état transformé, régénéré, marchant à la tête de la civilisation et du progrès, et, pour la réalisation de cet état rêvé, il employait
3iS MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT LHISTOIRE
des moyens tellement révolutionnaires que Ton devrait le faire figurer sans conteste parmi ceux qui ont contribué directement ou indirectement à la chute de Louis X VI dont les adversaires de la première heure le considéraient certainement comme ua exemple à suivre, comme un précurseur inconscient, mais non moins réel.
Il faut remarquer cependant que le caractère révolutionnaire des procédés de Joseph II se manifestait plutôt en ^on^rt'e Quant aux pays héréditaires, la source de la souveraineté y résidant dans la personne seule de celui qui régnait, il n^ avait aucun compte à rendre à ses sujets. L'avènement au trône d*un prince éclairé, prêt à ne vouloir juger les hommes que selon leurs mérites, sans égard pour les prérogatives nobiliaires, ne devait donc signifier autre chose que le commencement d'une ère nouvelle, à tous les points de vue propice aux populations, qui ne pouvaient d'ailleurs qu'en prendre acte avec joie et reconnaissance, comme elles n'auraient pu que silencieusement souffrir si ce fût le moyen âge avec tous ses ténèbres que 7os6y:;/j eût voulu faire renaître. De là l'enthousiasme que soulève encore aujourd'hui le souvenir de son règne au sein de la bourgeoisie autrichienne pour laquelle sa figure est devenue légendaire dès sa mort. (On rencontre la gravure qui le représente labourant derrière la charrue, dans tous les villages des pays héréditaires.)
En Hongrie^ il se trouva au contraire en face d'une constitution vermoulue et ne répondant nullement aux besoins de l'époque , mais enracinée dans le cœur de la nation et à laquelle la noblesse était d'autant plus attachée qu'elle assurait en dehors de ses privilèges, l'existence elle-même de la race magyare. L'organisation administrative, confiée à des fonctionnaires élus par chaque département (comitat), l'.état pitoyable de la justice civile et criminelle, le caractère exclusivement confessionnel des établissements scolaires de tout rang, l'hégémonie de la religion catholique, yontcréé une situation regrettable, faite pour provoquer la plus vive répulsion chez une nature d'élite comme celle de Joseph IIj qui ne pouvait voir dans les traditions nationales des Magyars qu'un héritage