LIVRE TROISIEME
cument promettant à ses ravisseurs la rémission complète de leurs délits ou crimes antérieurs. D'ailleurs, le brigandage prit à ce*moment là de telles proportions dans le département voisin de Zarànd aussi, qu'on fut obligé de s'en plaindre en haut lieu. L'empereur^ quoique d'ordinaire peu tendre pour les municipes départementaux se montra cette fois à tel point ému parleurs rapports qu'il fit mettre à prix la tête des bandits, qu'ils soient capturés vivants ou morts.
Étant prévenu par les préfets de cette fermentation de la population roumaine, le u gubernium » n'hésita pas longtemps à en faire des remontrances au baron Preiss, le gouverneur militaire d'alors^ en lui faisant remarquer particulièrement qu'il n'avait pas été averti par l'autorité militaire du dénombrement effectué. Quoique se confondant en excuses, le soldat courtisan, très bien renseigné au sujet des sentiments hostiles de Joseph II à l'égard de la constitution et de l'administration hongroises , ne continua pas moins d'entretenir dans le corps des officiers une aversion peu déguisée pour les institutions du pays en général et surtout pour leur soutien principal, la noblesse hongroise. D'ailleurs, ne faisant pas de mystère de l'inimitié dans Inquelle il vivait avec le baron Bvuckenthal^ les fauteurs de désordre purent facilement croire que, vu toutes ces conjonctures, les temps étaient accomplis et qu'à ce moment tenter l'aventure d'un soulèvement n'était pas une absurdité. Voici les circonstances et les personnages qui contribuèrent particulièrement à sa préparation.
Sur le territoire du domaine de Zalathna appartenant au Trésor, ce fut une taxe fixe mais minime qui constitua l'unique charge de la population exclusivement roumaine depuis la répression de la révolte de Râkkzy. Elle a été presque triplée en 1 7 >5 et subit trois ans plus tard une augmentation indirecte considérable par l'introduction d'un droit perçu sur la vente du vin (dolgosia). De là la plainte des habitants de plusieurs villages adressée au m gubernium » , et procès intenté par l'administration domaniale contre les plaignants devant le tribunal seigneurial qui les condamna assez sévèrement pour leur attitude inconvenante et leur pérégrination jugée inutile à Nagy-
Szeben, Alors ils en appelèrent à la chancellerie de Vienne en lui envoyant deux pétitions en 1779 et 1780, contenant Ténumération de leurs griefs contre l'administra tion du domaine. Si Ton sait que ce furent Nicolas Vrs^ alias Horaet JeatiKlosha, qui portèrent ces suppliques dans la capitale impériale, on ne connaît pas les raisons qui les désignèrent à la confiance de leurs mandataires. En tout cas, ces missions les mirent en évidence et les rendirent populaires parmi les Roumains, malgré le peu de succès de leurs voyages réitérés.
£n 1782, il se produisit un nouvel incident qui envenima les relations déjà très tendues entre les administrateurs du domaine royal et les paysans roumains. L'année précédente, on avait affermé Timpôt sur la vente des boissons à deux Arméniens nommés Bosnyàh et Patrubàn qui , pour rentrer dans le prix du fermage, ne reculèrent devant aucun moyen de coercition contre les fraudeurs et les contrebandiers. Ils perçurent des droits même pour le vin envoyé en cadeau aux popes pour la sainte communion.
Le ressentiment que les Roumains pratiquants éprouvèrent au sujet de cet acte considéré comme sacrilège, n'attendait qu'une occasion pour éclater au grand jour en voies de fait. Elle se présenta au marché de Topanfalva où lesdits Arméniens confisquèrent tout le vin débité chez l'habitant conformément à un antique et traditionnel privilège du pays. Exaspérés par tant de rapacité et convaincus de leur bon droit, les gens delà contrée s'insurgent et défoncent les fûts de vin amenés par les fermiers qui n'ont que le temps de se réfugier chez l'administrateur en chef.
De tels événements méritaient à eu\-seuls l'intervention de la justice; le refus de payer le fermage et la fuite àe^ Arméniens les aggravèrent encore considérablement aux yeux de celle-ci. Aussi frappa-t-elle les coupables avec sévérité par l'organe du tribunal seigneurial de Zalaihna siégeant pendant le printemps de 1783 et attirant le courroux des Roumains sur ses membres recrutés parmi les nobles hongrois du voisinage, quoique les faits se soient passés sur un domaine royal et que les fermiers aient été des étrangers. Dans le jugement, il est