‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 160 sur 232 · LIVRE TROISIEME 3Î · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME 3Î

mier une réunion à Mesztakon pour le 31 octobre. Là il ne parut pas sous prétexte de maladie et ce fut Krijan qui y montra à la foule sa croix et la lettre impériale. Elle contenait selon le dire de Krijan un ordre de l'empereur, conformément à quel ordre il fallait aller incontinent à Gyulafehérvàr pour y être armé et enrôlé dans les régiments fournis par les Confins militaires. Les Roitmains, au nombre d'environ six cents hommes, se mirent immédiatement en marche et, ayant été bénis parle pope de Mesztakon^ se dirigèrent non pas à Brad^ endroit habité par des Magyars et par où menait le chemin direct, mais vers Kureiy, un village roumain. Là ils rencontrèrent deux juges de paix accompagnés de deux pandours (gendarmes) chargés de l'arrestation de Krijan par le sous-préfet prévenu du mouvement des paysans. N'ayant pas pu s'emparer promptement du chef de ces derniers les quatre représentants de l'autorité périrent misérablement sous les coups de massues et de piques des émeutiers (I" novembre 1784).

A posteriori il faut considérer ce quadruple meurtre comme Un bienfait de la Providence, car en précipitant les événements il fit avorter une Saint-Barthélémy des Magyars, fixée pour le 24 mai suivant par les acolytes de Hora. Après l'incident sanglant de Kurety au contraire la temporisation devenait pour eux impossible : il fallait qu'ils parcourent d'un bout à l'autre le dangereux chemin de la révolte. Krijan l'indiqua sur le lieu du meurtre lui-même en rassemblant ses hommes autour de la croix en bois qui se trouvait devant l'église, et en déclarant que, vu les agissements des nobles, qui ne veulent pas permettre leur enrôlement volontaire dans l'armée, il faut tout simplement les exterminer. D'ailleurs ils n'avaient rien à craindre, car Hora reçut personnellement un ordre de l'empereur lui confiant l'extermination des nobles et la confiscation de leurs biens.

La jacquerie commença dès le lendemain à Kristyor où l'on fit périr 17 nobles en mettant leurs habitations au pillage. Les femmes et les enfants furent épargnés mais le pojfe les rebaptisa selon le rite orthodoxe. Quant à la demoiselle Apoiionie de Pakot, on la donna pour femme à un jeune serf. Ces atrocités

recommencèrent à Brad^ à Mihélény et à Ribicze, avec cette variante que les Roumains y firent décapiter plusieurs personnnes par un Tsigane, Au couvent de Kôrôsbànya, ils souillèrent Téglise catholique et dans son voisinage un temple protestant. A Lunkoj on dévasta le château du comte Gyulm après avoir tué le régisseur.

Le i novembre ce fut le tour du département de Hunyad de recevoir la visite sinistre de la troupe de Krijan, Elle y tua 133 personnes et détruisit 232 propriétés appartenant a la noblesse. Les meurtres y furent moins nombreux parce qu'on y eut déjà le temps de se sauver soit à Vajda^Hunyad^ soit à Déva. C'était désigner ces deux villes à la fureur des ém eu tiers. Ils se présentèrent devant la dernière dès le 6 novembre, mais ils ne Tattaquèrent que le jour suivant.

Trois cents soldats en grande partie de nationalité roumaine, composaient alors la garnison du fort de Déva sous le commandement d'un lieutenant allemand, nommé Pfeiffer. Pour repousser la colonne d'attaque, formée de 800 hommes, celuici envoya soixante dix fantassins et 74 hussards auxquels se joignirent vingt deux cavaliers nobles. Les Roumains^ mal armés et indisciplinés ne purent pas résister au choc de celte poignée de braves : ils se débandèrent en laibsant 72 morts et 44 prisonniers. Le lieutenant colonel Karp en fit 41 de son côté quand il surprit les pillards du château de Renczencz^ appartenant au baron Orbàn. Sur la totalité de ces 85 prisonniers conduits devant le tribunal du département de Hunyad on en condamna à mort 56 qui furent immédiatement exécutés, en se basant sur les dispositions d'un rescrit impérial, daté du 16 septembre précédent, dans lequel Joseph ordonne la condamnation et l'exécution immédiate d*un certain Salis^ accusé de faire de la propagande en faveur de l'émigration des Roumains (l).

Hora ne se mit à la tête des émeutiers personnellement que

1) Il «'«-^pelait en réalité Christian Herzog, mais il s'était affublé du Dom de Salis de Salfeld. Plusieurs Roumains affirmaient l'avoir vu souvent en compagnie de Hora près de qui il paraissait jouer le rôle d'un conseiller et dont tout à coup on n'entendit plus parler. Mais l'instruction n'a fourni aucun indice pour étnMir une connexion entre lui et les affaires de Hora ou la révolte des paysant.

le 4 novembre à Blazsény, en leur faisant jurer qu'ils lui obéiraient fidèlement, selon Tordre de l'empereur, et qu'ils extermineraient les Magyars^ s'ils se refusaient de se convertir à la religion orthodoxe. Il annonça également, que tout Roumain réfractaire à ses ordres serait empalé. D'ailleurs il n'y avait aucun danger à courir, car ayant reçu de l'empereur une croix en or, Uora n'avait qu'à la montrer pour désarmer et arrêter les troupes impériales.

Fomentée par des discours semblables, l'insurrection s'étendit dans les départements à' Also-Pekër et à'Arad. Les excès qu'elle y commit étaient semblables à ceux dont elle s'était rendue coupable en Zarand et Hunyad : incendier, saccager, piller les propriétés, assassiner et violenter les personnes, a Hungarico sanguine natus crimen erat» , s'écrie Charles Eder dans son poëme latin !

En apprenant la nouvelle de ces événements terrifiants le « gubernium » et le gouverneur se laissèrent aller à un découragement indescriptible, a Je suis perdu de tonte façon, disait continuellement le baron Pj-eîss^ car si je me comporte avec sévérité h l'égard des paysans, l'empereur me reprochera de n'avoir pas ménagé la vie de ses sujets, et si je n'agis pas, j'aggrave la situation et ce sera encore moi que l'on rendra responsable de cette aggravation ! » Paroles profondes qui expliquent complètement l'attitude suspecte de la force armée en face de Tinsurrection. Le corps des officiers connaissait pertinemment la manière de voir de l'empereur au sujet des institutions de la Hongrie; il croyait donc que rester neutre dans un conflit provoqué par la soi-disant oppression barbare de la noblesse hongroise ne pouvait que le faire bien venir aux yeux du souverain philosophe. Du reste, il était informé de l'existence d'un ordre formel du conseil de guerre aulique suprême interdisant au gouverneur militaire de prêter main-forte au « gubernium » sans la permission expresse dudit conseil. Or elle ne pouvait être obtenue de Vienne qu'au bout de 18 à 20 jours, vu les distances et l'insuffisance des moyens de communication. Il fallait conséquemment louvoyer, gagner du temps, ne pas se compromettre ni devant l'empereur ni devant l'opinion publique pen-

dant toute cette période : difficulté que la mésintelligence, dans laquelle vivaient le Baron Bruckenthal et le baron Pm'ss, proches voisins et ne communiquant ensemble que par écrit, devait considérablement accroître encore.

Pour apaiser le mouvement par des moyens pacifiques, le « gubernium » nomma le frère cadet du gouverneur, Michel de Bruckenthal, commissaire du gouvernement, en lui donnant des instructions très conciliantes dans lesquelles les instigateurs du mouvement étaient seuls abandonnés à la rigueur de la loi. Sa tâche principale consistait dans la divulgation de cette vérité, a laquelle les Rottmains ne voulaient croire à aucun prix et dont ils empêchaient même le plus souvent la publication, que Tempereur fût hostile au mouvement insurrectionnel. En même temps on invita Tévéque orthodoxe Gédron Nikitics à accepter une mission semblable, pensant qu'il pèserait plus efficacement sur le clergé grec oriental, fortement compromis dans le mouvement, qu'un laïque n'appartenant pas à la religion des Roumains, L'exemple de Nikiiics entraîna ses collègues d'Arad et de Versccz,, ainsi que Tévéque uni de Balâzsfalva j Jean Bob,

Des dispositions palliatives furent prises par le « gubernium » au sujet des Roumains prisonniers également, afin que leur exécution en masse, telle qu'on la comprise à Dëva^ ne puisse se reproduire une autre fois. Par une ordonnance datée du 15 novembre, le gouverneur enjoignit aux autorités de faire trois catégories parmi les gens pris les armes à la main ou en flagrant délit de pillage ou de vol : la première comprendra les agitateurs tant agressifs que ceux se tenant sur la défensive que Ton mettra en prison; la seconde réunissant les individus qui s'étaient laissés entraîner à mal faire par les discours des précédents, que Ton punira avec des corrections corporelles; la troisième enfin formée par les ivrognes et les naïfs que l'on renverra simplement chez eux en leur recommandant de rester tranquilles et soumis à leurs seigneurs.

La conduite des chefs militaires, tels que du lieutenantcolonel Schuliz et du lieutenant Probst^ placés à la tète de

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