‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 161 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

petits détachements et parcourant le pays pour quérir des nouvelles, était aussi pacifique mais en même temps plus diplomatique. Grâce aux véritables négociations qu'ils entamèrent avec les insurgés, notamment à Tibor, ils réussirent à obtenir une espèce de trêve de dix jours permettant d'attendre les ordres de Tempereur et l'arrivée des renforts. C'était également la seule manière pour se rendre compte du but que les Roumains s'étaient proposés en s'insurgeant. Ils voulaient tout simplement l'abolition du servage, leur enrôlement dans l'armée avec la clause toutefois que l'on éloigne les seigneurs magyars et que l'on supprime l'administration départementale hongroise en remplaçant les uns par des seigneurs allemands et l'autre par une administration allemande.

Dans ces négociations Hora figure comme chef incontesté que les Roumains ne veulent pas laisser arrêter et dont ils parlent comme de leur a capitaine ». Il y déploie beaucoup de ruse — car il essaie d'établir une distinction entre l'autorité impériale et constitutionnelle, comme entre les seigneurs allemands et magyars, pour se faire bien venir auprès des officiers de nationalité allemande. Mais il se montre lâche et dupe de ses propres artifices, car il croit qu'à cause de sa haine contre la noblesse magyare, on lui pardonnera ses crimes de droit commun.

Cette dernière ne se laissa pas démonter cependant par le danger croissant et les hésitations du « gubernium " et de l'armée. Elle se prépara courageusement à la défense de son existence et de son avoir en se groupant autour des siens ayant appartenu à l'armée impériale. Bien organisée et bien équipée, elle pouvait accepter aisément la lutte avec les masses indisciplinées et mal armées des troupes de Hora, Ce mouvement de la noblesse se répandit du département de Hunyad dans presque tous les autres départements de la Transylvanie et même dans plusieurs de la Hongrie. C'était certes principalement pour se défendre contre les Roumains révoltés, mais celait en même temps une manière indirecte de faire face en rangs serrés au germanisme et à l'absolutisme envahissants.

Ce fut le 12 novembre que Joseph 11 eut les premières nouvelles concernant le soulèvement de Hora et de Kloska^ par Fentremise du chancelier comte Esierhâzy. Sous le coup de la première émotion et indignation ses ordres sont suffisamment draconiens, a La révolte aussi exaspérante que triste et dangereuse des paysans roumains, ainsi que les atrocités et les pillages qu'ils ont commis, exigent une répression sérieuse et prompte. L'attention d'une administration bien organisée doit se diriger principalement sur la conservation de la sécurité publique tant à l'égard de la vie des sujets qu'à Tégard de leur fortune. Comme elle a été ignominieusement outragée... et comme la procédure martiale fait dans ces cas-là le plus d'impression, on doit adjoindre aux troupes des membres de l'administration départementale, afin qu'ils puissent pacifier les révoltés en les exhortant au repentir dans leur propre langue et afin qu'il soit possible de former un tribunal pour juger sommairement les récalcitrants et au besoin les condamner en les. faisant exécuter immédiatement sur les lieux par des bourreaux qui se trouvent sous la main. Il est bien entendu que ce sont des moyens dont il ne faut user qu'avec circonspection et à l'égard des malfaiteurs les plus avérés. »

Outre ces instructions adressées au baron Brnchenthaly l'empereur envoya des ordres au baron Preiss en rengageant à prendre des dispositions très énergiques en vue de la répression de l'insurrection. « Puisque dans ces cas-là, écrit-il — ce sont les canons qui font le plus d'effet, vous enverrez, par le garde du corps porteur de ces lignes, un ordre à Gyulafchérvàr, afin que l'on mette à votre disposition à Szeben plusieurs canons de trois avec les artilleurs el les munitions nécessaires que vous dirigerez sans retard et à l'aide d'attelages suffisants, là où il y a des troupes pour y être adjoints à la cavalerie ou à l'infanterie, n II enjoignit en même temps au baron Schackmin^ gouverneur militaire de la Hongrie, d'envoyer en Transylvanie sous les ordres de deux généraux deux régiments d'infanterie et deux de cavalerie afin que l'on puisse prendre les insurgés entre deux feux.

Ayant appris l'attitude indécise et apathique du gouver-

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neur militaire et son refus d'entrer en communication avec le baron Bruvkonthal^ Joseph II le força à prendre sa retraite. Le « gubermium i? ne trouva pas de grâce devant l'empereur non plus. Au sujet d'une circulaire du g^ouverneur, datant du 8 novembre, dans laquelle il est interdit aux fonctionnaires en mission de pressurer les administrés, le philosophe couronné ne manque pas de s'écrier : u Rien ne pourra mieux convaincre les obtus de la mauvaise constitution de la Hongrie et de la vétusté des institutions départementales que ce qui se passe maintenant. »

La nouvelle du jugement et des exécutions sommaires de Dcva mit Joseph II dans une fureur d'autant plus indicible qu'elle lui parvint en même temps que l'annonce de l'organisation militaire de la noblesse magyare. La première le froissa comme philanthrope : a Gomme des faits analogues — écrit-il le 22 novembre au chancelier £5^?rAâ2j — ne font qu'augmenter l'exaspération des gens et comme il faut juger les actes du peuple au point de vue de ses ressentiments, on ne peut le ramener sur le chemin du bien qu'en le convainquant de sa culpabilité et en lui démontrant ses torts. Pour atteindre ce but, la clémence et la mise en liberté valent mieux que la condamnation la plus rigoureuse. On doit faire comprendre aux nobles, quelle que soit la férocité de l'attaque qu'ils ont subie de la part des paysans révoltés, qu'une manière d'agir conciliante est préférable, car sans elle ils ne pourront jamais se sentir en sécurité et s'exposeront au contraire à des dangers encore plus graves. »

En face de l'allure belliqueuse des nobles Joseph Use sentit un peu intimidé. Il se souvint probablement du soulèvement de Râkôczy et il jugea sa réédition complètement inutile. Aussi en maintenant toutes ses accusations contre les seigneurs et les fonctionnaires départementaux, s'occupa-t-il très sérieusement de la prompte répression de la révolte de //o/yï, pour la capture duquel il fit promettre une récompense de 300 ducats. Finalement il nomma le comte Janhovich commissaire royal en lui adjoignant le général Papilla^ très versé dans la langue roumaine, pour rechercher les causes de l'insurrection

et pour Tapaiser soit par des mesures pacifiques soit par l'énergie.

Toutes ces dispositions de l'empereur étaient de nature à désappointer Hora^ qui, ne comprenant pas les théories philan* thropiquesdu souverain, le considérait certainement de bonne foi comme son allié dans sa campagne entreprise contre les nobles magyars. Aux yeux des Roumains incultes et naïfs être reçu par un monarque aussi puissant, avoir un document sortant de la chancellerie (1) lui donnait une auréole que la tolérance des officiers impériaux au commencement de Tinsurrection ne fit que rehausser. On crut au camp des Rou^ mains que les troupes impériales qui se montraient hostiles, n'étaient composées que des nobles déguisés et que les vraies respecteraient toujours les exterminateurs de la noblesse. De là la supposition de la royauté future de Hora, de là l'ardeur nouvelle avec laquelle on se remit à la besogne destructive après l'expiration de la trêve conclue à Tibor.

Il y eut plusieurs sommations envoyées par Hora dans les communes roumaines pour les forcer à courir aux armes. Il leur fit indiquer par Krijan comme lieux de rassemblement pour le "22 novembre Àtgyogy et pour le 28 du même mois Mihelény^ car il visait Tattaque de Déva et d'Abrudbànya ; ensuite ce serait le tour de Gâld et à'Enyed. On peut estimer à 10,000 le nombre des /{oe/i/iam5 qui répondirent à son appel.

Pour lés combattre les troupes impériales ne se mirent en en marche que le 27 novembre. Elles s'avancèrent en plusieurs détachements de forces inégales — eu tout 2,000 hommes et une douzaine de canons — comptant sur l'inexpérience et le peu de cohésion des insurgés. Après plusieurs rencontres insignifiantes, dans l'une le commandant Dulcinengo perdit un

(1} Voici le contenu de cet écrit retrouvé plus tard dans la poche de Hora : 674. Dhponitur sub hodiemo ad gubevnium, et cum querelœ suppticantium tiunc recte suh incude versentur, ad secuturam usque eai'um decistonem ipsas, ipsorumque deputaloSy contra omnes indebitas persecutiones manuteneant, Sup^ plicaniium pt-oinde erit, cum ipsorum prœsentia nihU seu ad acceUrationem, seu ad favorem negolii sui coiiducere possit, semet domum cenferre et ibidem eventum illius proxime secutum pacate operiri. Ex Con'ilio Canceflariœ Regiœ Hung, Trannicœ Àulicœ. Viennae 13-tta apvril. 1784. Franciscus Horvath.

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