LIVRE TROISIEME
s'il tombait malade, ce serait le général Papilla qui le remplacerait, selon le désir de Tempereur, au tribunal appelé à juger Uora et ses complices. Celte exclusion de Télément administratif régulier avait deux raisons très valables : la philanthropie de Joseph II ne voulait pas admettre que la noblesse magyare, si cruellement éprouvée, puisse être juge et partie dans une cause où les passions les plus terribles jouaient les rôles principaux; il craignait également que les dépositions ne contiennent des révélations compromettantes pour la Russie que le monde orthodoxe considérait depuis la paix de Kuicliuk-Kanardji y conclue en 1774, comme la protectrice officielle des Chrétiens en Orient et avec laquelle lacourde r/cvj/icMie voulait sebrouilleràaucim prix. Ce fut le !() janvier que commença le procès de Hora et de ses deux capitaines, mais on ne rendit le jugement que le 2G février, car il sévissait une véritable épidémie dans l'entourage de Janhovicliy tombé gravement malade lui-même. On fit subir à Ilora et à Kloska six interrogatoires et on adressa au premier 118 et au second 134 questions en les faisant confronter avec les témoins. Ils nièrent obstinément tout, même les faits patents et ne convinrent que des démarches faites auprès de l'empereur en faveur des Roumains emprisonnés à cause des troubles de Topanjulva. Quant à Krijany il avoua tout avec une certaine crànerie et il déclara que le soulèvement n'avait pour cause quo l'oppression insupportable des serfs. On ne l'interrogea que deux fois et en ne lui posant que M questions, car il fut trouvé pendu dans son cachot le 13 lévrier, la veille de sa confrontration avec Hora et Kloska. D'après les rapports officiels il s'était suicidé, mais l'opinion publique eut toujours la tendance à croire qu'on l'avait supprimé afin qu'il ne puisse faire des révélations sur la prétendue connivence de Joseph II avec les insurgés. Or ce que l'on peut reprocher à l'empereur à juste titre, est une faute indémontrable quoique très réelle. Il voulut transporter ses rêves humanitaires dans un milieu où les hommes n'y étaient préparés ni par l'instruction ni par l'éducation, où ses spéculations philosophiques ne pouvaient être que mal comprises. De ce côté-là il lui revient incontestablement une part de res-
ponsabilité dans les atrocités commises par les insurgés roumains, si sa bonne foi ne peut pas être mise en doule ; oa doit supposer aussi que Hora et Kloska furent les victimes convaincues de ses coquetteries philantropiques.
Mais leurs méfaits n'en subsistèrent pas moins et ils durent les expier. Condamnés au supplice de la roue et à être écartélés, ils furent exécutés le 28 Février à Gyulafehérvàr ; d'abord Kloska : il reçut 20 coups, et ensuite Hora que Ton fit mourir au neuvième coup, circonstance que Ton veut expliquer par le désir de faire hâter la mort d'un complice qui pourrait parler et révéler des secrets.
Bien que les revendications des insurgés n'aient cessé de se rapporter à des questions d'ordre économique, Thistoriogra* phie roumaine en fait des martyrs du roumanisme. D'après Densusiano (I) a on ne doit s'étonner de rien dans tout cela. Les idées daco-roumaines c'est-à-dire les idées du droit historique s'étaient répandues en Transylvanie déjà du temps d'Innocent Klein, et la tendance à partager les propriétés des nobles y fut ramenée d'une manière tangible à cette appréciation historique que la Transylvanie était un pays roumain. On exigeait déjà à ce temps-là la reconnaissance des Roumains transylvaniens comme quatrième nation politique en se basant sur le droit historique. Entre les deux individualités nationales du xvm* siècle, Klein et Hora, il n'y a qu'une différence : le premier n'essaie de faire prévaloir ce droit que par des moyens politiques, par les requêtes, les rescrits et les articles de loi, tandis que Hora s'appuie sur le droit naturel. »
C'est dans le même esprit que Ghitza Popp^ l'ancien professeur du lycée de Brassa^ traite la question dans sa tragédie en 5 actes intitulée : Hon'a. C'est un pamphlet dialogué contre les Magyars^ ne manquant pas d'une certaine imagination. L'auteur le termine par la glorification de Hora et deKIoska. tt Vous tombez, saints martyrs de la race roumaine! s'écrie le pope Koszian^ mais l'idée triomphera! »
Il reste à savoir si elle peut triompher en suivant des chemins pareils !
(1) Bevolutiunea lui Hora, p. 467.