LIVRE TROISIÈME
rédacteurs. Quoique ces réflexions et ces adjonctions n'aient aucune base légale, ni force de loi, elles firent naître la conviction que la race et la religion des Roumains ne pouvaient être que tolérées dans ce grand-duché. Or, la désignation uadmissa» ne conj^ient nullement à la nation roumaine, la plus ancienne parmi toutes celles qui habitent la Transylvanie et auxquelles on pourrait l'appliquer avec plus de raison.
Aussi les Roumains supplient-ils humblement Sa Majesté de vouloir bien ordonner 1* que Ton supprime en parlant d'elle les expressions froissantes : « seulement tolérée, admise, non reçue » ;- 2* que la nation roumaine puisse reprendre parmi les États la place à laquelle elle a droit selon le pacte de Kolozsmonostor daté de 1437 ; 3* qu'il n'y ait plus de différence entre le clergé grec uni ou non-uni, la noblesse, la bourgeoisie, les agriculteurs roumains et les prêtres, les nobles, les bourgeois et les paysans d'une autre religion ou d'une autre race; 4" qu'aux élections administratives et législatives ainsi que pour les nominations aux emplois de la Chancellerie il soit tenu compte de la nation roumaine en proportion de son importance; 5* que Ton donne aux départements arrondissements et communes habités exclusivement par les Roumains y des noms roumains, et que Ton se serve du nom actuel des fleuves ou des montagnes dans les endroits où les habitants appartiennent à plusieurs nations.
Ayant démontré par des données statistiques que la population de la Transylvanie se composait en majorité de Roumains, au nombre d'un million en chiffres ronds le oSupplexn termine en demandant la permission de convoquer une conférence nationale roumaine afin que celle-ci puisse adresser ses instances à la Diète où soit par ignorance, soit par haine de race ou de religion on pourrait retarder ou même empêcher la solution de cette question.
Chose curieuse! le a Supplex» fut en partie séance tenante démenti par l'un des signataires, Tévêque uni Bobb, qui ayant été interrogé par les membres de la Diète sur l'origine du document ne l'approuva qu'au point de vue de ses tendances égalitaires et en désavoua le style e( le raisonnement. Selon
les usages parlementaires d^alors on le fit envoyer « ad dictatnram » , c'est-A-dire on le fit copier par les secrétaires réuois des députés sous la dictée du plus âgé d'entre eux. Ensuite on le communiqua à une commission dont le rapport, soumis à la Diète le 5 août, servit de réponse aussi à la missive royale, après avoir été modifiée conformément aux remarques def Saxons^ jnlouxde leurs privilèges.
Ce rapport résumait le contenu du «Supplex^ en quatre questions : comment pourrait-on accorder des droits civiques et des franchises aux postulants, permettre le libre excercice de leur religion, venir en aide à leur clergé de deux religions, répandre et accroître l'instruction parmi les Roumains^ On y opposa le refus le plus catégorique »u nom des pérogatives des trois nations, en ajoutant toutefois que Tinstruction insuffisante des Roumains n'est imputable qu'à Tignorance de leur cierge' au sujet duquel on ferait des propositions à la Diète prochaine. Pour ne pas avoir Tair d'être inflexibles les États concédèrent cependant un article. « De libero Religionis graeci ritus Disunitornm exercitio » dans lequel on déclare que les Roumaine non-unis dépendent de leur propre évêque, nommé par Sa Majesté: et que leur religion ne les met pns en état d'infériorité en face des autres habitants du pays au sujet des charges publiques ou de toute autre obligation.
Au courant de cette même année, Leopold II reçut une supplique de plusieurs officiers du premier et du second régiment roumains des Confins militaires dans laquelle on demandait sans ambages la reconnaissance de la nation roumaine comme quatrième nation. Si elle n'obtint pas plus de succès que le « Supplex » , ses auteurs n'eurent pas au moins à subir des punitions comme en subirent les officiers honjfrois, ayant demandé l'introduction de la langue magyare dans le commandement des réjjiments hongrois : preuve irrécusable de la prédilection de la cour de F/>;ï/i^ pour les /?oMma/«5 qu'elle ne cessa de ménager au détriment des Magyars en vue d'une lutte suprême contre le constitutionnalisme.
Heureusement pour les premiers et ce dernier il y avait une raison psychologique qui rendait toute alliance sérieuse impos-