LIVRE TROISIEME
sîble entre la réaction autrichienne et la grande majorité des Dac(h7'0itmaîns, Si la haine les rapprochait, ils ne pouvaient jamais être complètement d'accord à cause de leurs tendances religieuses opposées, non seulementsurle terrain des questions théologiques et canoniques, mais aussi en fait de spéculations intellectuelles en général, mises à Tordre du jour à cette époque.
La principale se rapportait à Torigine romaine des Roumains et à la culture de leur langue naturellement^ sur les indications d'Anonytne et par suite de Pimpulsion que l'empereur Jo^e^/* // avait donnée au développement de l'instruction publique. L'honneur des succès obtenus à cet égard, surtout importants au point de vue de leur influence politique et sociale sur leroumanisme, revient à trois personnalités, originaires de Transylviinie^ ayant vécu et étant mortes en Hongrie,
Samuel Klein (né à Szad en 1745), en se vouant corps et àme à la cause roumaine, ne fit que continuer l'œuvre de son oncle Innocent. Devenu caloyer basilite à Balàzsjalva en 1762, il obtint, en 1766, Tune des deux places de boursier mises à la disposition de l'évêque uni par Marie-Thérèse au « Pazmanéum » de Vienne, Il y resta six ans pour étudier la théologie et la philosophie. Installé comme professeur de mathématiques et d'éthique à BalàzsfalvUy ils'y lia d'amitié avec lejeunCiSï/iAri/f 17 73). En 1779 ils se retrouvèrent à Vienne dans le séminaire de Ste Barbe, où Klein occupa la place de surveillant des études. Un an plus tard, on voit déjà leur noms réunis sur le titre de la première grammaire roumaine (1). Car les méditations du professeur furent singulièrement corroborées par tout ce que put apprendre le jeune théologien pendant son séjour à Rome où il crut vivre cinq ans durant dans l'antique domaine de ses aïeux. De là l'intérêt particulier de cette grammaire forcément primitive, mais exposant dans sa u Préface » , sortie de la plume de Sinkaiy les soi-disant principes fondamentaux du
(1) Elementa linguœ daco-romanœ siue valachicœ^ composita ab Sam. Klein de Szad ord. S, Basilii M. in collegio grxci rituo catholicorum Vindobonensi ad S. Barbaruin Ephemerio; locupletata vero, et in hune ordinein reclacta à 6eoi]gio Gabrielli Sinkaî, ejutdcm ordinis. AA. LL. Phil, et SS. Th. D. Vindobonae typit Joi. Nob. de Kurtzbock. MDCCLXXX.
daco-roumanisme, et recommandant Tintroduction des caractères latins dans le roumain à la place de ceux de St. Cyrille. Pour démontrer l'utilité de son innovation, Klein publia ensuite deux livres de prières dans les mêmes conditions. C'était le meilleur moyen d'ouvrir le chemin au daco-roumanisme littéraire, aussi voit-on apparaître coup sur coup toute une série de grammaires roumaines de Vacaresco^ de DeleanOy de Molnàr^ de Kôrôst\ de Tempea^ et surtout de Pierre Maw7\ Plus \eune que Sinkai\ celui-ci fut cependant son condisciple à Rome à la « Propaganda de fide» d'où ils revinrent ensemble, également enthousiasmés pour la cause nationale.
En faisant un parallèle tout indiqué parmi les trois coryphées delà nouvelle science, on s'aperçoit de suite qu'ils ont peu d'analogie. Ce qui les fait se ressembler c'est d'appartenir à l'ordre de St. Basile qu'ils quittent de commun accord en 1784. S'ils se défroquent ainsi, la raison en est identique aussi : quoique convaincus de l'origine latine des Roumains, ils trouvent que l'orthodoxie est plus favorable pour conserver le génie de leur race que le catholicisme, malgré son caractère romain si accusé. Contradiction étrange qu'une longue chaîne de déductions sophistiques pourrait seule expliquer puisque c'est l'esprit byzantin saturé d'hellénisme qui prévaut dans l'église grecque orientale, en y introduisant une foule d'éléments asiatiques et en la rendant ainsi à jamais incompatible avec la maiiière de penser et de sentir des Occidentaux.
L'orthodoxie nationaliste de Klein, de Sinkai et de Maior était d'ailleurs si peu réfléchie qu'ils reprochaient à l'évéque uni Jean Bobb la suppression du u sobo mare » , du grand synode d'origine calviniste et seulement en usage depuis le XVII"' siècle, comme une hérésie. De là son hostilité et son indifférence à l'égard de leurs personnes et de leurs travaux malgré son attachement sincère au roumanisme. Il conBa cependant au premier la traduction nouvelle de la Sainte-Bible en roumain (1792), en lui promettant comme honoraires, la moitié des exemplaires imprimés. On sait d'une lettre de Klein, datée de 1796 (1) que cette promesse ne fut pas remplie
(1) CiPARiu, Archiv pentru filologia si fii.stoi'ia româna, p. 700.