‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 168 sur 232 · LIVRE TROISIÈME 34T · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME 34T

et que Bobb ne lui accorda pas ]a permission de faire imprimer son histoire ecclésiastique (Istoria bisericësca) non plus, dédiée au patriarche serbe, et conséqueinment non-uni, de Karlocza, et devenue parangon pour toutes les histoires ecclésiastiques roumaines ultérieures; on comprendra donc aisément avec quelle satisfaction Fauteur éconduit dut recevoir sa nomination de « censor » pour les livres roumains, attaché au conseil gouvernemental royal de Bude, place créée à la diète de 1790-91, dont il fut le premier titulaire. » Un savant roumain, patriote et travailleur, dit Athanase Marianesco (1), ne pouvait rêver pour lui-même un emploi plus beau, car il avait sous la main rimprimerie et la bibliothèque de TUniversité, afin de pouvoir se perfectionner et agir dans l'intérêt de la littérature roumaine. Le bureau du « censor » de Bude devenait un centre pour les jeunes gens roumains, venus pour faire leurs études à l'Université de Pesth; c'était un vrai foyer du réveil national et de rhistoriographie. «

Par un rescrit du 23 juin 1805, l'Empereur et roi François /•" permit à l'Université l'achat d'une imprimerie illyro-roumaine en lui concédant aussi le droit d'éditer des livres pieux dans ces deux langues. Alors Kleiu obtint la place de correcteur roumain dans l'établissement nouvellement installé et le premier produit qui en sortira, sera justement la seconde édition de sa grammaire corrigée et amplifiée par »SiwAflî(1805). L'ac^ cueil que cet ouvrage reçoit lui donne l'idée de le compléter par l'adjonction d'un dictionnaire eu langue roumaine, latine, magyare et allemande. En même temps, il travaille fiévreusement à l'histoire des vayvodes valaques et moldaves, déjà le fil de son existence se trouve entre les branches du mais ciseau fatal et il meurt en 1806 dans les bras de son collaborateur et ami.

A côté du travailleur paisible, mais infatigable, celui-ci repré, senta la fantaisie et l'esprit d'aventure. Au moment où il abandonna le couvent, il était déjà depuis deux ans directeur des écoles roumaines primaires en Transylvanie ^ et leur nombre s'éleva à 300 pendant son directorat. Une activité de douze

(1) Vietia si operete lui Petru Maioru. Bucuretci^ 1883.

ans aussi fructueuse aurait dû lui assurer honneurs et pension, mais en 1794 il fit une dénonciation anonyme à Jean Bobb qui lui valut sa disgrâce. L*évêquc Taccusa en effet devant le « gu« bernium n tout autant que les deux doyens qu'il avait dénoncés. Ayant appris la nouvelle de cette accusation dans le couvent des caloyers, au milieu d'une conversation arrosée de vin, Sinhai s'écria : « Si Tévéque me traite comme cela : ego etiam vero dux et autor rebellionis atque conjuratorum. » Ce fut maintenant le tour des Basilites de rapporter ses paroles à Tévêque qui le fit citer, étant noble, devant une commission rogatoire départementale. N'ayant pu relever contre lui rien de grave, Sinkai fui remis en liberté, mais on lui retira néanmoins sa place de directeur.

Sinkai n'était pas homme à supporter tranquillement un outrage pareil. Ses démarches faites à Vienne restèrent cependant sans résultat, car on y était encore sous l'impression de la conjuration de Martinovich, condamné et décapité à Bnde^ et l'on n'y voulut même pas écouter ses explications. Ce fut donc avec bonheur qu'il accepta l'invitation dii comle Daniel Wass de Czege, magnat magyar, qui lui confia l'éducation de ses trois fils, ne regardant ni sa nationalité ni sa religion, mais seulement ses mérites de savant et de pédagogue.

Six années de bonheur s^écoulèrent vite pour Sinkai au sein de cette famille aristocratique où tout en remplissant consciensieusement ses devoirs de précepteur il continua ses études historiques sans interruption. L'éducation des enfants une fois terminée, on retrouve Sinkai en 1803 d'abord à iV^yj- Varad, chez l'évéque uni Darabonih, chez qui il traduit pour l'historien allemand Engel la chronique de Costin Miron, et ensuite à Pesi/i, où Klein^ déjà maladif^ lui abandonne sa place de correcteur. Cette occupation modeste le mit à l'abri du besoin et lui permit de fréquenter les historiens hongrois Kovasic/i et Katona en compagnie de Klein. Aussi poursuivit-il ses travaux avec plus d'ardeur que jamais en continuant sa correspondance avec Engel et avec le géographe-graveur Lipsky à qui il donna des indications très-utiles au sujet de l'orthographe des noms roumains. Mais la mort lui ravit son ami

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