‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 169 sur 232 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Klein et au lieu de lui donner la place de « censor » qu'il remplit avec zèle pendant deux ans par intérim, le conseil gouvernemental la donna à Pierre Maior sur la proposition de Tévêque uni Vulcan. C'était lui retirer son pain quotidien; il se vit donc forcé de quitter Pesth où il avait publié un almanach roumain pendant les années 1807 et 1808 avec les premiers chapitre de son « Istoria Romànilor. « Pour finir son ouvrage «SVnAa/ retourna alors chez ses anciens élèves les comtes Wass qui le reçurent à bras ouverts et l'aidèrent même dans la copie et l'édition de sa « chronique » . De là cette exclamation dans cet ouvrage à propos de Tannée 15 10 : « Je produis ici un document appartenant a la famille Mass^ afin que je puisse démontrer que si je n'avais pas été soutenu par cette famille il m'eût été impossible de terminer avec l'aide de mes Roumains la « Chronique « que j'eusse brûlée, car ils m'ont fait beaucoup de mal au lieu de me porter secours. »

Ayant terminé sa « Chronique » Sinhai voulut en faire faire deux éditions : l'une en roumain à l'usage du grand public et une autre en latin pour les savants. A cet effet il la soumit à la censure. En Hongrie le « censor » ne fit aucune objection contre l'édition latine tandis qu'en Transylvanie l'ouvrage rencontra un critique impitoyable dans la personne de Martonffy plus tard évéque de Transylvanie^ qui en interdit la publication. Voici quelles sont ses raisons consignées dans ses «Reflexiones in Chronicon Dni Georgii Sinkai » , conservées en manuscrit :

« Le titre ^c Chronica Valachornm « est inexact, car, on ne parle presque pas des Roumains, quelques conjectures exceptées, dans la première partie de l'ouvraije. Il vaudrait mieux lui donner le titre suivant : «Chronicon Imperatorum Romanorum tam occidentalium, quam orientalium, qui in Dacia aut pro Dacia bellum gesserunt. » Et c'est encore superflu car dans ce genre il y a un grand nombre d'ouvrages mieux faits et celui-ci ne commence qu'avec Domitien qui n'a jamais vu la Dacie... Dans le second volume Sinkai veut démontrer que ce n'est pas les armes à la main que Tuhutum a conquis le pays, et conséquemment que les Nfagyars et les Saxons ne sont dans la Transylvanie que des usurpateurs d'un État en réalité

roumain. Aussi les Roumains se trouvent-ils avec eux en hostilité permanente, n*ayant besoin que d'un chef veng^eur plus heureux que n'avait été Hora ! Commençons à exciter le peuple, disent les savants roumains, afin qu'il continue avec l'assassinat, Tincendie et le pillage! » La phrase fameuse que plusieurs historiens roumains attribuent à cette occasion à Martonffy : « Opus igné et autor patibulo dignus » ne se trouve nulle part dans son rapport selon les assertions de Densusiano lui-même. (1)

Cet échec n'empêcha nullement la propagation de la célébrité de Sinkai, Quand il fit à ce même voyage sa dernière visite au couvent des caloyers à Balàzsfalva^ il y fut entouré delà vénérationdes séminaristes, quinecessèrentde leregarder et se dirent tout émus entre eux pendant le repas du soir : « C'est Sinkai ! Quel homme ! » Ces jeunes gens le rencontrèrent le lendemain assis devant une auberge, ayant à ses pieds un sac rempli de ses manuscrits. On lui demanda la raison de porter une charge aussi lourde ! Il répondit : u C'est mon enfant, a cause duquel je vais être glorifié après ma mort. S'il n'est pas une honte de l'avoir engendré, pourquoi en serait-il une de le porter sur mes épaules? » (2)

De Balàzsfalva il se diriga à Nagy^-Vàrad où pendant son séjour chez Tévèque uni Vulcan il acheva une copie de sa a Chronique 1) pour lui en faire cadeau. Ensuite il retourna a Szinyèr' uàralja dahs la famille hospitalière de ses anciens élèves, pour ne plus en sortir jamais. Il y mourut en 1816 à 63 ans, et tellement abandonné par les Roumains qu'ils n'apprirent la date et l'endroit de sa mort que 50 ans plus tard !

Ses manuscrits ainsi que ceux de Klein furent pieusement recueillis parl'évéque susdit et se trouvent encore aujourd'hui dans la bibliothèque de l'évéché uni. En 1861 et 1864 il y eut des propositions faites à leur sujet par le ministère de l'Instru* tion publique roumaine, mais elles n'aboutirent à aucun résultat car on s'aperçut qu'il faudrait les remanier aussi bien

(i) Raport despre tnisiune^ mea in Ungaria si TransUvania, (2) Lettres de Gavra servant de préface à la Chronit/ue de Sinkai» édition de 1844. fiude.

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