LIVRE TROISIEME
au point de vue du style qu'au point de vue de leur contenu. D'ailleurs Févéque voulut volontiers se charger de leur publication moyennant une subvention de 70,000 francs payés par FÉtat roumain et la permission de bâtir une chapelle grecque unie ù Bucarest, Ces conditions parurent inacceptables et les pourparlers en restèrent là.
C'est avec la disparition de Klein et de Sinkai que Ton voit se lever l'étoile de Pierre Maior^ devenu curé à Szâsz-Régen après sa sortie du couvent de Balàzfsalva, Il était un de ces hommes heureux qui font rentrer la récolte semée et coupée par les autres, et à qui on attribue cependant tout le mérite des résultats obtenus !
Ayant succédé à Klein comme a censor » et comme correcteur sur la proposition de Tévèque Vutcan^ il se place à la tète du mouvement littéraire du roumanisme. Pour commencer sa campagne il publie de 1 809 à 1 8 II trois collections de sermons ordinaires et funèbres (Propovedanie) qu'il a dû écrire et prononcer étant curé. Après avoir présenté au public le fruit de ses efforts oratoires, qui est maintenant très peu apprécié, on le voit paraître en 1812 comme historien avec son « Histoire de l'origine des Roumains en Dacie » (Istoria pentru inceputulù Românilorû in Dacia), volume de 347 pages. Selon Tiie Maioj^esco c'est tout simplement un plagiat, un abrégé de la « Chronique n de Sinkai, On peut la considérer aussi comme une paraphrase documentée du « Supplex libellus » . Mais qu'importe! u C'est Petru Maior qui a fait le plus, dit Michel Kogalniceanu dans la préface de son a Histoire de la Moldavie» pour éveiller l'esprit national parmi ses compatriotes roumains, et Ton aurait tort de ne pas convenir de l'effet considérable et profond produit par cet ouvrage dans lequel l'imagination prend des allures scientifiques. »
Ce fut le slave Ko/niar qui se donna la peine de le critiquer en premier lieu (dans la « Literatur Zeitung » paraissant à Vienne). Il déclara que les assertions de Maior étaient en contradiction flagrante avec les données de l'histoire des Slaves, Ensuite parut à Halle une brochure anonyme sous le titre « Erweis dass die Walachen nicht rœmischer Abkunft sind» (Preuve que
les Roumains ne sont pas d'origine romaine). Maîor riposta personnellement à iTo^ï/ar, provoquant ainsi une vraie polémique qui dura de 18l3à I8I6. Quanta la critique de /fa//e, parue en 1823 après la mort de Maîor, ce fut Bozsinha qui se chargea d'y répondre en 1827.
En dehors des livres susdits, Maiome publia plus rien, quoiqu'il eût travaillé jusqu'à sa mort, survenue le 16 février 1827, au dictionnaire commencé par Klein ainsi qu'a une histoire ecclésiastique. Il est resté de lui en manuscrit une grammaire roumaine écrite également en latin, à laquelle il aurait voulu ajouter son étude intitulée : « Orthographia daco-romana sive vahichica w . Le dialogue sur l'origine de la langue roumaine parut en 1825, à la tête du « Lexicon de Bude » , de l'une des œuvres capitales de « l'École de Balàzsfalva. »
Au moment où Maior vivait à Pesili, la future capitale de la IIofKjn'e renfermait une colonie de commerçants macédo-rouniains très considérable. «Ce l'ut cette ville qui servit longtemps de point de contact entre les Principautés danubiennes et l'Occident, dit />//yo5iV//«o avec raison. Les tragédies d'Alexandre Beldiman : « Mortea lui Abel » et « Tragedia lui Orest » y furent imprimées conjointement aux ouvrages de Monian et de llarha- ^/r// Pour soutenir une école grecque-orientale nouvellement fondée, on y créa en 1815 une « Union des femmes roumaines^ , parmi les fondatrices de laquelle on rencontre le nom de plusieurs dames hongroises.
Si l'on considère le séjour des coryphées du roumanisme en Hongrie et le caractère des historiens hongrois de l'époque tels i^iiE/ienne llorvaih et François Olrohôcsi, uniquement préoccupés de pénétrer le mystère de l'origine de la race magyare, il lautavouer qu'attribuer la genèse de la « Chronique» de Sinhai ou de u Tlstoria » de Maior h l'influence allemande d un Fich/e ou d'un Arndi, comme le fait Nf . Lrevhia, est de la malveillance pure. En fait d'Allemagne, Klein, Sinkai et Maior ne connaissaient que Vienne sous le règnede^/tir/e-J'Ac/'è^eetau commencement du régne de Joseph 11, et c'était une ville, par excellence cosmopolite de la monarchie des Habsbourg, Un milieu pareil ne pouvait engendrer aucun sentiment patrioti-^