‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 17 sur 232 · LIVRE PREMIER SO · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER SO

mentée des Roumains en Hongrie \ Le romanisme incomparablement plus intense et plus ancien de la Pannonie, de la Noricjue et de la Bretagne, n'exigeait pas tant de temps pour disparaître sans laisser la moindre trace.

« La circonstance — dit néanmoins Tamm (l) — que les Roumains du Nord habitent le même endroit où s'est formée une population romanisée du temps de Trajan, parle d'une façon tellement décisive et convaincante en faveur de sa continuité et de sa parenté directe, que nous le pouvons considérer comme une preuve irréfutable et déterminante. »

Cependant cette coïncidence de la situation géographique de la Dacie et des territoires aujourd'hui habités par les Roumains — quoique surprenante évidemment — ne peut profiter en rien à la théorie de la continuité dacique. Car il est indiscutable qu'en Transylvanie les noms géographiques sont d'origine slave ou magyare, surtout si Ton considère ceux qui se rapportent à des montagnes, à des fleuves, à des villes ou villages en évidence et dont on peut supposer qu'ils ont été donnés très anciennement. Roesleràii que dans les documents transylvaniens datant du douzième siècle les noms de communes, de vallées, de montagnes et de ruisseaux ne manquent pas. Si les Roumains eussent été les habitants du pays déjà depuis plusieurs siècles, on trouverait parmi ces noms quelques-uns ayant l'origine roumaine.

On ne rencontre des noms roumains géographiques en Transylvanie que dans les contrées habitées par les Roumains. Oui, mais ailleurs on les a magyarisés, prétendent les défenseurs de la continuité dacique — sans excepter Tallemand Jungy les Hongrois étant toujours partisans de la magyarisation à outrance. Si cela est vrai, il est curieux que cette manie de magyariser ne se soit manifestée qu'au sujet des noms géographiques roumains et non pas en même temps au sujet des slaves aussi qui se rencontrent cependant très fréquemment dans les contrées les plus magyares de la Transylvanie.

Hasdeuy Onciul et, en général ,1a plus grande partie des

(l) Tbaucott Tamm, Ucher den Ursprunj (1er Rumdnen, p. 39

auteurs roumains sont d'avis que c'était dans les départements d'Also-Fehér^ de Hunyad et dans la Peiùe-Valachie où la vie romaine battait son plein depuis 7Va/an jusqu'à Aurélien; c'est donc là qu'il faudrait chercher le berceau du roumanisme, c'est donc là qu'on devrait rencontrer le plus grand nombre de noms géographiques d'origine romaine. Et les noms géographiques d'origine slave y sont dans la même proportion prépondérante que dans le restant de la Hongrie, Gyulafehér^ var devrait s'appeler en roumain i4/6a-7u/ia, car c'est la traduction latine du mothongrois, et les Roumains l'appellent iSe/^ra^/. Varhely le célèbre Vlpia Irajana, se dit aujourd'hui en roumain, (JrediVf/e. Par contre, dans le comitat de ÉTun^arf, où les i{oum€im5 habitent aujourd'hui en masses compactes, on trouve nombre de villages ayant le nom slave : Brizniky Tirnova, Tirnovitza^ Sztregonya, Branyicska^ etc. démontrant à l'évidence que la population autochtone du comitat a dû être slave avant l'arrivée des Magyars,

Pour expliquer celte anomalie Hasdeu (l) fait plus d'un« tentative. Il prétend a que l'influence des Slaves sur la langue roumaine est surtout d'essence civilisatrice. Elle a commencé après le neuvième siècle avec le cyriUisme; elle s'est fait sentir dans la langue du peuple et dans les dénominations géographiques; car elle a été soutenue par l'usage officiel, la liturgie et la mode pendant huit cents ans, c'est-à-dire jusqu'en 1700. » Or la langue slave n'a jamais été ni officielle, ni liturgique, ni à la mode en Hongrie et cependant il n'y a pas d'arrondissement dans le royaume où l'on ne puisse rencontrer des noms géographiques slaves facilement. D'autre part, la langue latine était officielle, liturgique et jusqu'à un certain point même usuelle, et cependant il n'y a pas un seul nom géographique d'origine latine dans le pays. Double analogie qui démontre qu'il ne s'agit pas dans les noms géographiques d'influences ou de pression, mais de traditions remontant aux habitants autochtones de la Hongrie qui ne pouvaient être que des Slaves.

Pour fournir une preuve irréfutable en faveur de la conti-

(1) Hasdeu, Isloria critica, I, p. 305.

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