LIVRE PREMIER
nuité dacique, Pieire Maior s'étend longuement sur les relations des Huns et des Roumains. D'après son dire, elles étaient des plus amicales. C'est en Dacîe^ et, partant de là, c'est au milieu des Roumains que sont nés Attila et ses hommes. Aussi parlaientils presque tous la langue ausonienne, — c'est-à-dire la langue roumaine actuelle, car en Dacie la majorité de la population se composait de Roumains^ et les Huns ne représentaient que la minorité dominante, il fallait que ces derniers se servissent, à côté de leur propre langue, de la langue ausonienne, ainsi que cela se passe encore aujourd'hui en Transylvanie ^ où la minorité magyare presque tout entière parle le roumain. Pour se convaincre de la véracité de cette assertion, on n'a qu'à consulter le rapport diplomatique du rhéteur Priscus datant de 448, dans lequel il semble spécialement souligner que la langue ausonienne était assez familière aux Huns. Et comme Priscus ne manque pas de faire une différence entre le latin et la langue ausonienne, il est clair comme le jour que celle-ci ne pouvait être autre chose que la langue de la population de la Dacicy c'est-à-dire le roumain actuel.
En consultant le récit de Prisais lui-même, on n'y trouve naturellement pas un seul mot de tout ce dont le a Moïse de l'historiographie roumaine » parle avec tant d'assurance. Voilà ce que raconte l'ambassadeur byzantin : a Ces populations de Barbares variés n'aiment parler que leur langue, soit le hun, soit le goth, ou encore la langue ausonienne s'ils s'adressent aux Romaîons, » Ce fut dans cette langue que Priscus parla avec le Scythe^ son voisin de table, au banquet (\u* Attila donna en l'honneur de l'ambassade. Le bouffon Zerkon mêle également des mots goths et ausoniens à sa conversation pour égayer les convives. Mais comme dans son rapport Pma/s ne fait jamais mention de la langue latine, on peut en conclure que son silence témoigne en faveur de Tindentité du latin et de l'ausonien, contrairement aux assertions de Piei^e Maior. Quanta ces Romaîons^ c'étaient d'après le roumain Onciul (1) luimême, — des Romains véritables, quoique sujets byzantins,
(l) Convorbiri titerarCf XIX, 1885.
3Î MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT l/HISTOIRE
qui venaient de Yimperium; on les a toujours distingués des Hellènes proprement dits ainsi que de leurs colons établis sur les bords de la mer en Illyrie et en Thrace,
Il est encore à remarquer que Priscus traverse pendant son voyage justement les contrées où les auteurs roumains placent le berceau du roumanisme, c'est-à-dire le Banni et les territoires voisins, et cependant son attention ne s'y trouve éveillée par aucun vestige de la domination romaine et il ne mentionne jamais d'y avoir parlé le roumain, malgré que la langue ausonienne lui soit familière.
Eu ce qui concerne les secrétaires latins d'Attila^ dont parle Priscus y ce n'étaient pas des individus venant de la Dacie; le u Fléau de Dieu » les faisait venir de Yimperium^ par l'entremise A'Aélius.
On apprend également de ce rapport quOnégésius, l'un des confidents d'Attila^ se fit bâtir des bains magnifiques et confortables, pour la construction desquels il dut faire venir les pierres et les bois de Pannonie, et son architecte lui-même était un Sirmien. Si les Roumains de la Dacie eussent été réellement les dépositaires de la civilisation romaine, on n'aurait pas été forcé d'en chercher un au loin, ùl Sirmium!
Pour prouver, par des arguments d'un autre ordre, la présence des Roumains en Dacie après Texode de la population romaine, Sinkai cite un passage de Teriullien (1), où celui-ci annonce enthousiasmé la propagation du christianisme même « parmi les Sarmates, les Daces,Ies Germains et les Scythes i» . Ce résultat ne pouvait être obtenu que par les nombreux chrétiens qui se trouvaient dans les rangs des légionnaires envoyés en Dacie par les différents empereurs et qui, fidèles à leur foi, convertirent au christianisme beaucoup de Goihs dans un court espace de temps. Aussi voit-on déjà, parmi les trois cent huit membres du concile de Nicée, un évèque goth, nommé 7'Aeophile, dont le siège épiscopal ne pouvait être, d'après Sinhai^ que Gyulafehérvar. Selon Pierre Maior^ il ne fait pas de doute que les Roumains de la Dacie ne soient chrétiens dès la domi-
(1) /'/ librj aJuersut Judœoi.