LIVRE TROISIEME
C|ue aux rares Roumains qui s'y trouvaient. C'est donc plutôt JPierre Missir qui dit la vérité en aFfirmant que le chauvinisme entêté des Roumains de la Transylvanie s'explique surtout par l'exemple donné par les Magyars,
. En tout cas il y eut un apaisement notable dans les relations entre les deux races pendant le premier tiers du XIX* siècle, grâce au contact intellectuel de leurs savants et au désappointement profond que la conduite inexplicable de l'administration et de l'armée impériales dans les troubles de 1784 leur avait causé. Elles comprirent enfin qu'elles ne devaient pas chercher leur salut en dehors de leur union étroite.
Après la mort de l'évéque orthodoxe Adamovich (1796), son siège épiscopal resta pendant quatorze ans innoccupé. On doit imputer la longueur de cette vacance à l'espoir secret que la cour de Vienne nourrissait au sujet de l'extension recroissante probable de l'union au sein d'un troupeau dépourvu de son pasteur. Il y eut effectivement des velléités de rapprochement entre les Roumains unis et orthodoxes, mais elles tendaient surtout, sans doute sous l'influence de « l'école balazsfalvienne » à leur union sociale et politique. Car, à peine apprit-on qu'à l'assemblée de Gyulafehérvàr convoquée en 1798 en vue de la réunion des deux clergés, Jean Bobb^ l'évéque uni, voulait figurer comme évêque de tous les Roumains^ que les orthodoxes se refusèrent de s'v rendre et faisaient ainsi échouer toute l'entreprise.
Contrariée dans ses desseins, la cour de Vienne ne se décida à nommer un évéque orthodoxe, sur les propositions d'une assemblée électorale, qu'en 1810. Son choix tomba sur Vasile Moga le second candidat, car il était Roumain et elle espérait que comme tel, il serait à sa dévotion. Or en réalité c'était un bon patriote qui ne visait que la tranquillité du pays et le rétablissement de la bonne harmonie entre ses habitants.
Aussitôt après sa nomination, Moga partit pour Vienne afin d'y obtenir quelques avantages pour le clergé orthodoxe. Ce fut un désappointement pour le parti réactionnaire, qu'il lui fit payer non seulement par un refus catégorique mais par des instructions caractéristiques, utiles à connaître pour la com-
préheDsion de certains côtés de la question magyaro-roumaine.
« C'est le niveau intellectuel du clergé qui élève celui du peuple, y lit-on au dix-huitième paragraphe ; on a donc ordonné dès le principe que Ton enseignerait aux séminaristes les devoirs de Thomme envers Dieu, ses supérieurs et Thumanité. ils devaient savoir lire et écrire, connaître le catéchisme et les quatre règles de l'arithmétique. On devait exiger d'eux qu ils aient passé non seulement par les classes élémentaires, mais aussi par les classes de grammaire et qu'ils sachent la langue magyare, si utile. Ce sera le devoir de Tévèque de veiller sur tout ceci n . •
Ainsi on reconnaît d'une part l'ignorance crasse des popes, et de l'autre on leur impose la connaissance du magyar, le considérant probablement comme indispensable pour leur développement intellectuel ultérieur.
L'évèque Moga fit énormément pour l'éducation de son clergé. Il érigea un séminaire à Aajj-^sefce/i et envoya plusieurs jeunes séminaristes à l'étranger pour y compléter leurs études. Et comme le a gubernium n paraissait être tout disposé à lui venir en aide sous ce rapport en suivant l'exemple donné par la Diète hongroise, il s'établit pour un certain temps une telle intimité entre les Magyars et les Roumains de la Transylvanie^ que Moga prescrivit a son clergé de consacrer à saint Étien c, fondateur de la Hongrie, une fête annuelle, le même jour que les catholiques (1821) et que non seulement il correspondit avec le « gubernium » mais il fit tous ses efforts afin que les procès-verbaux des synodes fussent rédigés aussi en magyar. Quand l'évèque uni Jean Bobb meurt en 1830,c'estun sermon en magyar que le vicaire général Leményï prononce à son enterrement. Nommé évêqueà son tour, Leményi àonnekV éyèché un caractère absolument magyar; ses séminaristes s'habituent tellement au magyar, qu'ils le préfèrent au roumain. Il ya même des velléités d'introduire dans la liturgie grecque unie le magyar (1841) d'après la traduction d'un prêtre uni de la Terre des Sicules^ que l'évèque soutient mais cette tentative ne peut pas aboutir par suite de la résistance inattendue du prince* primat de Hongrie^ interrogé à ce sujet par le « gubernium » .