‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 178 sur 232 · LIVRE TUOISIEMR · texte numérisé non relu

LIVRE TUOISIEMR

solides, conformes au génie ouralo-altaïen ; car il est impossible qu'une nation puisse occuper une place honorable dans les conseil des peuples sans avoir à sa disposition une langue oultivée. C'est grâce au travaux linguistiques de Nicolas Rêvai avançant sur les brisées de Dugonics^ que les Magyars ont la leur dans la condition voulue.

Ayant à leur disposition un outil perfectionné, les poètes magyars prennent alors leur luth pour imiter les Français avec JBaroihy y Bessenyey et le baron Orczy , les Allemands avec Kazinczy et Csokonai, ou en6n les auteurs grecs et latins avec JBerzsenyi. A côté d'eux, il se forme aussi une poésie d'un caractère plus national, se rattachant aux traditions laissées par le comte Nicolas Zrinyi, le chantre de « La chute de Sziget y , par le lyrique Valentin de Balassa et par Gyôngyôsi, l'auteur de u La Vénus de Muràny » . De là le succès énorme des « Contes V A' Alexandre'! Kisfaludy et des pièces de théâtre de son frère Charles. Lanote philosophico-patriotique c'est François Kolcsey, l'auteur de l'Hymne hongrois, qui l'apporte, préludant ainsi à Michel Vôrôsmarty ( 1 800-1856) , au plus grand des poètes magyars, dont la poésie intitulée « Szèzat » (Paroles graves) devient le « Credo » politique de la Hongrie renaissante.

Au point de vue social, l'action commença par une pétition adressée à la Diète de 1792 par Rêvai au sujet de la création d'une a Société des Savants hongrois » c'est-à-dire d'une Académie hongroise. Si elle ne fut pas prise en considération à ce moment, à la suite des complications suscitées par les événements deParis^ elle n'en provoqua pas moins un mouvement dans l'opinion publique, préparant l'établissement ulté-. rieur d'une institution scientifique nationale et encourageant puissamment l'initiative privée pour tenter des efforts nombreux en vue du relèvement du niveau intellectuel du pays. Le comte Georges Festeiich institua à Keszthely le « Georgicon » , réunissant dans les fêtes annuelles les gloires de la littérature et de l'agriculture ; le comte François Széchenyi offrit au pays ses collections précieuses pour jeter les bases d'un « Musée national » — de celui que l'on visite encore actuellement à Budapest. Pendant les guerres napoléoniennes, on s'occupa de

la fondation d'une école militaire magyare pour la jeunesse noble de la Hongrie, L'idée en étant acceptée avec enthousiasme par la dièle, les souscriptions affluèrent abondamment soit pour TédiFice lui-même, soit en guise de fondations de bourses. Mais quoique mise sous le patronage de rimpératrice reine Louise, d'où son nom de « Ludoviceum » — cette école ne fonctionne que depuis une trentaine d'années pour former des officiers au profit de l'armée des « Honvéds » .

Ce commencement de réveil plein de promesses subit cependant une brusque interruption encore quand après l'écroulement de la grandeur phénoménale de Napoléon, la réaction s'installa en maîtresse dans tous les États de VEurope. L'existence de la constitution hongroise étant de nouveau en danger, au lieu de se permettre le luxe de quelques progrès les plus indispensables, la nation se remit avec ardeur à la défense de ce legs sacré six fois séculaire, comprenant que susceptible de rajeunissement légal, elle était la source intarissable de ses forces les plus vives, le vrai pivot de ses évolutions futures. Ce fut la galanterie maritale de François qui vint alors au secours de la cause hongroise. Voulant faire couronner sa troisième femme comme reine de Hongrie, il se décida, en 1 825, à la convocation d'une Diète, acte d'autant plus méritoire qu'il était à prévoir que les députés arriveraient intraitables au sujet des impôts illégalements levés depuis le 1" novembre 1822. Le gouvernement crut d'abord que ce n'était qu'une question de forme et que la Diète ne tenait a la remise des impôts échus qu'à cause de leur inconstitutionnalité ; aussi y consentit-t-il enfin, après des tiraillements interminables.

Au fond, il s'agissait d'une chose beaucoup plus importante. Profitant de l'enseignement que l'on pouvait tirer des succès de la Révolution française, invincible à cause de l'extension des droits politiques sur tous les citoyens devenus libres et égaux, conséquemment avides aussi de la gloire et de la prospérité de leur pays,les hommes politiques magyars commençaient à se préoccuper de la situation du peuple et de la possibilité de son admission a dans les retranchements de la constitution». D'après Paul de Nagy, le député de Sopron (Oedenburg), il

Page 1