‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 179 sur 232 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

fallait ajouter aux fameuses paroles de TÉvangile. « Donnez à César, ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu, une troisième variante aussi : et au peuple ce qui appartient au peuple I »

Pour alléger les fardeaux qui Taccablaient, on devait améliorer sa situation directement ou faire dégrever ses redevances payées à TÉtat en y faisant participer les nobles. On commença par ce dernier moyen et on imposa les nobles qui vivaient sur des terrains corvéables. Comme il y en avait très peu et comme la loi ne devait pas s'appliquer à la génération dealers, c'était une mesure très platonique, mais qui ouvrit cependant le chemin avec le temps à beaucoup d'autres réformes.

D'ailleurs, le principal intérêt de la diète de 1825, le jeune comte Etienne iSsecAenji (1793-1860) fils du fondateur du «Musée National » , l'absorba complètement par son offre aussi touchante que sublime de consacrer ses revenus d'une année — 150,000 francs — à la fondation d'une « Académie des sciences magyare n (l). Exemple de patriotisme prodigieux, qui entraîna séance tenante — l'offre avait été faite dans une Assemblée mixte de la Chambre des Magnats et de la Chambre des députés — les comtes Georges Kàrolyi et Georges Andràssy ainsi que le baron Abraham Vay à souscrire des sommes très importantes aussi ; entrée en scène saisissante du a plus grand des Magyars » , en qui la nation reconnaît dès cet instant le régénateurdu pays et dont le génie d'écrivain, d'économiste et d'organisateur sera dorénavant complètement au service de la chose publique, avec la seule ambition toutefois d'avoir la part du lion dans le travail, le dévouement et le sacrifice !

D'abord, pour faire revenir l'aristocratie magyare à Pesth il y fonde une société de courses avec un Jockey^Club comme corollaire. Ce dernier devient le modèle de tous les cercles qu'il organise dans les principales villes du royaume.

Encouragé par le succès que ses premières créations obtien-

(i) Et vous, que ferez-vous pendant ce temps-là? demanda -t-on. — Mes amis me soutiendront, fut la réponse du généreux donateur.

nent, Szëchenyi conçoit alors le vaste plan de la réorganisation économique et sociale entière de laHongricy et il le publie dans trois brochures parues en quatre ans, où il fustige avec une mordante ironie les travers de la noblesse et la rend principalement responsable de Fétat déplorable du pays, mais où il expose aussi le programme de l'activité nationale pour un demisiècle, visant la transformation radicale de Tordre des choses. Ces ouvrages n'effarouchent point la censure, car les protestations de fidélité de leur auteur à la dynastie des Habsbourg y sont nombreuses, et il ne sépare jamais la grandeur et la gloire de son pays de celles de ses rois. Mais tout en respectant les traditions, il a les yeux toujours fixés sur l'avenir. Selon lui, ce n'est plus au passé, mais au futur qu'il faut parler maintenant d'une Hongrie grande et florissante.

Entre temps Széchenyî se mit à étudier la régularisation du réseau des voies fluviales hongroises non seulement au point de vue de la navigation mais aussi à celui de leurs endiguements, afin de réduire au minimum les terrains sujets à être régulièrement envahis par les inondations annuelles et qui sont forcément très étendus dans les plaines de la Basse-Hongrie. Pour déjouer la malice de la Nature qui a fermé le Danube par une longue série d'écueils dangereux aboutissant aux Portes de fer et empêché par là l'accès direct de l'Orient au commerce hongrois, il construisit en face des vestiges du chemin de Trajan, une route carrossable, longeant les bords du fleuve et à plus d'un endroit taillée dans le roc, car à son époque on ne pouvait même pas rêver aux travaux gigantesques exécutés tout dernièrement à ces endroits par les soins du gouvernement hongrois.

D'autre part, il comprit combien importait dans un pays aussi agricole que la Hongrie le développement d'une agriculture rationnelle. Pour le faciliter, il fonda donc une première société d'agriculture hongroise chargée de la propagation de toutes les nouveautés concernant la production la plus avantageuse, l'élevage le mieux conditionné et la vente la plus lucrative des mêmes produits. S'apercevant des qualités extraordinaires de la farine hongroise, il forma même des sociétés

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