LIVRE TUOISIÉME U
pour établir des moulins à vapeur, dont la mouture défie encore actuellement toute comparaison.
L'idée de relier la ville de Bude et de Pesih au moyen d'un pont fixé surle Danube^ avait, d'après Széchenyi\ une portée plus qu'utilitaire. C'était l'acheminement vers la réunion complète de ces deux villes çn une seule capitale, siège du gouvernement et des Diètes futures, centre intellectuel, commercial et industriel de la Hongrie telle qu'il l'imaginait. De là aussi ses plans d'embellissements, ses appels incessants adressés aux Magnats de venir y demeurer dans de somptueux palais!
Son activité devint forcément communicative . Michel de Fôldvâry^ sous-préfet du département de Pesth^ bâtit avec des sommes recueillies par souscription le premier théâtre magyar permanent kPesth (1837); André de Fày^ le dramaturge et romancier, y crée la première Caisse d'épargne; à côté de l'Académie des Sciences magyare s'organise ta société littéraire de A Kisfaludy » , pour résister à l'envahissement de l'industrie étrangère, le comte Casimir Batthyàny crée la Société protectrice de l'industrie nationale » , un grand nombre de poètes et d'écrivains magyars de grand talent surgissent : les lyriques Arany^ Bajza^ Czuctor, Garay\ les prosateurs JÔ5tA:a, Eàtvos, Teleki^ Jàkai, Toldi; les auteurs dramatiques Kaiona, Szigligetî -GaàL Et le chimiste Jedlihy le linguiste voyageur Csoma de Kôrôs se font une réputation européenne ainsi que le pianiste François Liszt^ le paysagiste Marko^ tandis que le compositeur de musique Erkel , le sculpteur Ferenczy^ les acteurs Lendvaiy Egressy^ Megyeri rendent glorieusement témoignage de Texistence d'un art national mag^'ar.
11 était impossible que l'influence d'un mouvement intellectuel et économiste semblable restât sans avoir son contre-coup dans la politique générale du pays. En faisant entrevoir la possibilité du relèvement prompt et brillant de la Hongvie, ce ne fut pas seulement une confiance réconfortante que Széchenyi inspira aux patriotes, mais il démontra involontairement la vétusté des institutions hongroises et, du même coup, la nécessité de les réformer dans le sens le plus avantageux pour le progrès, c'est-à-dire dans le. sens libéral. «» Involontaire-
ment » ; non pas qu'il fût réactionnaire, mais parce qu'il s'était proposé la réalisation de vastes projets; la construction d'un réseau complet de chemins de fer, Finstallation de toute espèce d'usines, et craij^nait maintenant qu'elle ne fût retardée à l'infini par l'antagonisme croissant de Ift cour de Vienne et de l'opposition, antagonisme qui ne pouvait se terminer que par une collision sanglante, désastreuse ou même fatale pour les avantages si péniblement obtenus, et pour la Hongrie en général. Aussi' son attitude fut-elle toujours conciliante, visant avant tout , sinon Tapaisement, du moins l'ajournement des conflits, également hostile aux menées des réactionaires et aux exagérations, aux impatiences des libéraux; aussi ses angoisses patriotiques grandissent-elles à mesure qu'il prévoit la catastrophe finale inévitable, à mesure qu'il se rend mieux compte de son impuissance à la détourner de son pays.
Dès 1832, en effet, les Diètes ne se contentent plus de reprocher au gouvernement ses illégalités avec plus ou moins d'aigreur et en citant gravement les articles de la constitution; électrisé par la Révolution de juillet et par les événements de la Pologne^ le parti libéral entreprend le rajeunissement des institutions du pays, avec l'arrière-pensée visible de les transformer complètement. Or, si elles produisaient l'effet d'une tète de Méduse sur la cour de Vienne^ dans leur forme médiévale surannée, que ne devait-elle pas essayer contre les réformes que l'on voulut y introduire, surtout quand elles concernaient l'allégement des charges du peuple, aux yeux duquel elle désirait jouer toujours seule le rôle de protectrice, en opposition au seigneur oppresseur? Alors c'est le parti conservateur qu'elle pousse en avant, et avec son aide, elle combat désespérément les huit articles du projet de loi que la Diète de 1832-1836 mit à l'ordre du jour au sujet des améliorations à apporter dans la condition des serfs. Si François Deâky le jeune et déjà très vénéré député de Zala, les soutient au nom des sentiments les plus élevés de l'homme, en compagnie d'un Gabriel Klauzàly d'un Edmond Beôiky^ — ^ la majorité de la noblesse ne leur fait pas d'opposition parce qu'elle devine déjà, ayant étudié les écrits de Széchenyi^ que