‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 19 sur 232 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

nation barbare. André Siaguna (I) ajoute que : « Notre église consacre un jour de fête au souvenir du martyr Nicétus, mort pour la foi en Dacie. Or Nicétus était le successeur deTévéque Théophile. » Il est intéressant de savoir que, d'après //a^c/eu (2), ce fut Sahas et non pas Nicétus qui fut martyrisé par le roi goth Aihanarîcy et que, d'après Pap'Szilâgyi^ le métropolite roumain présent au concile de Nicée s'appelait Protogène et non pas Théophile (3). « Il appert de tout ceci, poursuit 5ia<7{/na que le christianisme des Roumains remonte même jusqu'au temps des apôtres! »

Le docteur en théologie Alexandre Grama (4) présume que le christianisme a été importé en Dacie par les Romains Ak% le début de leur domination, parce que dans les mots techniques religieux et liturgiques roumains, ceux se rapportant à l'essence même du christianisme, dont on avait besoin pour expliquer les principes fondamentaux de la nouvelle religion, sont pour la plupart d'origine latine : crestim de Chrestus , cruce de ■ crux^ serbatoria et serba du verbe latin observo^ etc. Ceux, au contraire, qu'on n'employait qu^à propos des cérémonies du culte proprement dit, proviennent sans exception du slave et du grec. Si donc les mots delà première catégorie dérivent du latin, c'est que le christianisme a été une importation romaine, tandis que ceux appartenant à la seconde indiquent l'origine slave et grecque du rituel actuel de l'église roumaine. Avis que Xenopol partage aussi. « Le christianisme des Roumains date de l'occupation romaine. Le fait est confirmé à l'évidence par la grande masse des mots latins que la langue roumaine emploie pour exprimer les idées chrétiennes : crestin, christianus ; pagan, paganus ; biserica^ basilica; botezy baptisma; dumine zeu, dominus deus. Or crestin vient du slave Kreslin, serbatoria de salvare, basilica et baptisma sont des mots empruntés au grec par les Roumains.

(i) htoria bisericei ortodoce resaritana universata, Sibîui 1860, t. II, p. 42.

(2) Hasdbu, Zina Filma, — Gotii si Gepizii in Dacia, Bucuresci, 1877, p. 8.

(3) Pap-Szilagti, Enchiridion juris canonici ecciesiœ orientatis,

(4) Grama, htoria Baseriee romanesci unité eu Roma, Blasiu^ 1884, p. 11 et assim.

« Quoiqu'il soit absolument sûr, — écrit encore Xénopol, — que les Roumains fussent déjà chrétiens avant l'arrivée des Bulgares et avant leur transmigration en Mésie, il n'en est pas moins vrai qu'ils ont accepté le rituel slave de ces derniers et qu'ils l'ont gardé pendant huit cents ans. '> Fait curieux en luimême puisque, d'après lesdéfenseurs de la continuité dacique c'étaient les Roumains qui représentaient en Dacie^ sous la domination barbare, la civilisation latine, qu'ils étaient par là les civilisateurs des autres peuples. Donc ils savent lire et écrire et cependant ils subissent l'influence d'un peuple moins avancé, ils troquent leur langue dans le culte contre le bulgare et ils abandonnent même l'écriture latine pour adopter les caractères cyrilliques !

C'est peut-être pour donner le change au sujet de cette dernière absurdité que déjà Dimitri Cantemir soutient dans son tt Descripiio Moldaviœ » que les Roumains écrivaient d'abord avec des caractères latins; mais quand à la suite du concile de Florence^ les dissensions se sont aggravées entre orthodoxes et catholiques, il s'est formé en Moldavie une réaction formidable contre le catholicisme, de sorte que le vayvode Alessan^ dro Cel Bun y a fait détruire tout livre écrit en latin et y a interdit de se servir dorénavant des caractères anciens, c'est-àdire latins. Malheureusement pour Cantemir, le vayvode en question était mort avant le concile de Florence et, par conséquent il lui a été impossible d'ordonner un pareil vandalisme. Selon Lauriano (1), ce fut un caloyer nommé Téoctist qui provoqua la réaction contre le catholicisme et par là indirectement la suppression des caractères latins I

Il y a, du reste des défenseurs de la continuité dacique qui connaissent une langue roumaine formée enDacie dès l'arrivée des Romains. Voilà ce que Densusiano (2) affirme à cet égard : tt C'est sur une tablette de cire trouvée en Dacie que nous est parvenu le plus ancien document de la langue roumaine^ car il date de l'an 1 60 de notre ère . 11 y es t écrit en lettres grecques : Alexandrei Antipatri secodo auctor segnai. Le scribe était un

(1) Lauhiamo, htoria romaniloru, p. 291.

(2) Deksusiaro, Istoria limbei si literaturei romane, Jassy, 1894^ p. 52.

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