LIVRE TROISIÈME
principale, ce sera une innovation scientifique du moment qui la lui mettra en main , car justement c'est alors que Ton proclama dans la médecine rinfaillibilité de la théorie des a similia similibus ». Eh bien! Metternich, pour combattre la « renaissance de la Hongrie » , inventera la a renaissance de Tillyrisme », la « renaissance des Slovaques », la <> renaissance daco-roumaine » , et la « renaissance des Saxons ». !
Pour comprendre les deux premières, ne concernant spécialement que la Hongrie^ il faut savoir d'abord que arillyrisme» et le u slovaquisme « ne sont que les subdivisions du « panslavisme » , — - mot ainsi défini par Herhel dans sa grammaire slave parue à Bude en 1826 : » Unio in litteratura inter omnes Slavos^ sive verus Panslavismus. » Pour la rendre saisissante, Louis Gàjj le chef de Tillyrisme, dépeint cette union par la comparaison suivante : » Dans une moitié de l'Europe on voit s'étendre un géant d'une grandeur démesurée. Sa tète se repose dans le milieu de l'Illyrie, sa poitrine se trouve en Hongrie, son cœur bat sous les chaînes escarpées de la Tatra, ses reins s'appuient sur les plaines de la Pologne, son ventre et ses cuisses sont formés par la Russie incommensurable, et ses jambes se prolongent à travers les steppes glaciales et couvertes de neige jusqu'aux murailles de la Chine. Or pour alimenter ce corps gigantesque il n'y a qu'un seul fluide vital : la nationalité slave (1). !»
C'est une autre corde que Jean Kollar^ le poète slovaque, fait vibrer dans les lignes suivantes (2) : a La continuation de la vie de l'humanité échoit donc aux Slaves ! Ce seront eux qui seront les intermédiaires entre le monde du passé et de l'avenir, entre l'Orient et le Midi; c'est à eux qu'il incombe de rajeunir les éléments vieillissants de la civilisation : problème vraiment beau, honorable et élevé dont la résolution mérite incontestablement les efforts les plus nobles. »
Alors que, au commencement du siècle, ni à Saint- Péiersbourg ^ ni à Prague y on ne pensait au panslavisme, le lycée
(1) Danica, Bupplément littéraire de la Galette d'Illyrie^ année 1835.
(2) J. KoLLAR, Vber die literorische Wechselseitigkeit zwischen den verse hic denen Stàmmen und Mundarten der slavischen Nationen. Leipsif; 1827, p. 63.
luthérien de Pozsony (Presbourg) était déjà la véritable pépinière des écrivains panslavistes — Kollar, Schaffarik, Palko» vies, BeJiedicii, Dobrovsky naquirent en Hongrie, — Ce fait ne devait pas être uniquement imputé au hasard, hes Magyars — et conséquemment la Hongrie^ — jouent un rôle considérable dans Texistence de la race slave, et François en Palatzky en indique clairement l'importance au premier chapitre de la troisième partie de son « Histoire de la nation tchèque. »
u L'invasion et rétablissement définitif des Magyars (dans leur patrie actuelle] est un des événements les plus importants de rhistoire universelle. Le monde slave n'a jamais reçu un coup plus fatal, pendant son existence de plusieurs milliers d'années. Il s'étendait au ix'' siècle après Jésus-Christ depuis les frontières du Holstein jusqu'au Péloponèse. Ce fut alors que se forma, juste au milieu du vaste territoire qu'il habitait, sous Rostislav et Svatopluk un tronc, sur les pousses vigoureuses duquel auraient dû s'épanouir un jour les plus belles floraisons de la civilisation à la fois chrétienne et nationale. Mais les Magyars, pénétrant au cœur de cet État en formation, l'anéantirent, anéantissant ainsi tous les espoirs des Slaves. »
Le foyer de l'illyrisme était Zagrab^ la ville principale de la Croatie, Son programme politique consistait dans la création d'une Grande Croatie^ comprenant tous les habitants slaves catholiques de la monarchie — les Slovènes de la Styrie, de la Carniole et les Dabnaiins — ainsi que ceux de certaines provinces de la Turquie, comme de la Bosnie et de Y Herzégovine. C'était à peu près faire revivre YIllyricum de l'empire romain, d'où le nom pompeux du mouvement. Vu l'autonomie relative que la constitution hongroise accordait à la Croatie (I), celle-ci
(1) Tenant compte de son indépendance antérieure et prenant en considération son caractère de contrée frontière, on accorda à l'ancienne Croatie une existence politique particulière en lui conservant sa division administrative en jupanies, sous le gouvernement d'un banus, et en permettant aux États croates de former une Diète spéciale. Mais ils envoyèrent éj^alcment des représentants à la Diète hongroise, en partie dans la forme employée par les comitats hongrois pour y envoyer les leurs. La représentation de la Croatie prît cependant plus tard l'aspect d'une délégation de sa Diète : elle était composée, a la Chambre des États de