LIVRE TROISIEME
fournissait Tappointle plus considérable à Tarmée nationaliste que Meiteimich recruta contre la Hongrie constitutionelle en fermant les yeux sur ce que les utopies de Tillyrisme pouvaient contenir de principes dangereux pour la sécurité et la tranquillité delà monarchie, et en excitant sa jalousie devant les succès ^grandissants du magyarisme.
Cantonnés dans quinze départements septentrionaux de la Hongrie^ les Slovaques n'ont jamais joué un rôle politique dans rhistoire du pays. En effet leurs dévastations et brigandages, au milieu du xv* siècle, -^ quand sur Tinvita tion.de la reine Elisabeth^ veuvedu roi^^/frerf ce fut le hussi te tchèque ./êan Gishra qui se mit à leur tète avec les siens (1440), — avaient plutôt le caractère religieux ou même social, ayant pour prétexte la propagation de la foi nouvelle, profondément teintée de com* munisme. Par suite de cette invasion de l'élément tchèque relativement plus civilisé que les Slovaques^ ceux-ci perdirent pour plusieurs siècles leur indépendance intellectuelle et ne se servirent plus dans la liturgie de Téglise luthérienne slovaque que de la langue tchèque, quoique la leur fut bien distincte de celle-ci. Probablement encouragés par les travaux de Samuel Klein et de Sinkai^ en 1 790 Antoine Bernolak (1 762-1 8 1 3) essaya la séparation scientifique des deux langues — tentative que Jean Kollar acheva par la création d'une langue littéraire slovaque. Telles sont les racines aussi ténues que peu profondes du slovaquisme dont Meitemich fit son allié, en soutenant plus ou moins directement les efforts philologiques de Louis Stur et de Milos^ Inv Hvrban, et en leur promettant leur suprématie dans les contrées qu'ils habitent, pour pouvoir les lancer, au moment propice, contre les Magyars du côté du Nord.
Sur la piste de la « renaissance du Pangermanisme » on se retrouve en Transylvanie. Introduit dans la monarchie subrep-
la Diète hon^roUe^ de trois députeB, des représentants des chapitres et du district privilégié de Turopolya. Quant au banus et aux magnats ayant leur propriétés en Croatie, ils siégeaient à la Chambre des Magnats et cet état de choses à duré jusqn'en 1848... VerbSczi déclare que les Ltats de Croatie n*ont pas le droit de prendre des résolutions contraires à celles prises par la Diète hongroise. {La Constitution hongroise d*après le D' Samuel Rado par A. de Bertha. Paris 1898, p. 115 et 116.)
ticement par Marie-Thérèse ei ouvertement par Joseph 11^ il la considérait tout entière comme sa future proie, et il faut avouer que ses revers politiques étaient en effet largement compensés par les succès qu'il remportait socialement. Car grâce aux Goethe, Schiller, Kôrner et à la littérature, à la presse et aux théâtres allemands, grâce à la proximité de Vienne et à la nécessité d'y aller pour la solution dé certaines affaires importantes, dépendant de la décision directe du souverain, la bonne société hongroise se germanisait d'autant plus aisément que les administrations de la poste, des mines, l'intendance militaire et â plus forte raison l'armée impériale ne se servait que de l'allemand, et que le commerce et l'industrie se trouvaient exclusivement dans les mains de la bourgeoisie citadine c'est-à-dire allemande. Quant à son quartier général, le pangermanisme l'installa dans VVniversilé nationale des Saxons^ comprenant leurs sept sièges et deux districts, qui attendaient déjà avec impatience l'absorption de la Hongrie barbare par la Grande Allemagne^ ainsi que l'arrivée de leurs frères teutons le long du Danube, promu « fleuve allemand >^ , pour civiliser l'Orient, pour bâtir une série de villes allemandes autour de la Mer Noire ! Changer ces fanfaronnades d'orphéonistes en hostilité réelle contre les Magyars ne pouvait pas beaucoup coûter à un Metternich ayant des individualités aussi remarquables à sa disposition que le corps enseignant de la nouvelle Faculté de droit de Szeben^ créée en 1 844 pour terminer l'éducation des jeunes Saxons dans l'esprit du pangermanisme, auquel les Henm Schmidt et les Benigni osèrent donner l'épithète de (i constitutionnel » , quand il s'agissait de combattre les Magyars au sujet de la reconnaissance de la langue magyare comme langue d'État.
Dans un chapitre précédent on a pu constater une détente très sensible dans les sentiments de l'élément roumain à l'égard des Magyars. Cette bonne harmonie naissante n'a pas échappé à la perspicacité de Metternich^ et comme il lui était impossible d'y mettre bon ordre directement, en sa qualité de chancelier de l'empire à cause du discrédit où était tombé l'impérialisme aux yeux des Roumains depuis la répression de la