LIVRE TROISIÈME
révolte de Hora^ qui les avait complètement déroutés, — il entreprit leur captation indirecte à Taide de la Russie orthodoxe, sa fidèle alliée. C'était chose d'autant plus facile à obtenir que, par suite du traité de paix d'Andrïnople couronnant glorieusement la campagne fameuse de Diebitsch Sabalkanski, la Russie détenait justement les vayvodies roumaines comme gage jusqu'au paiement complet de l'indemnité de guerre montant à 10,000,000 de ducats. Il y eut donc dans le plus proche voisinage de la l'ransylvanie une armée d'occupation russe sous le commandement du comte Kisseleff^ chargé en même temps de l'administration civile du pays — naturellement confiée à des fonctionnaires russes. Le prestige que le nom russe s'était acquis de cette façon ne fit qu'accroître par suite de la publication de « Regulament organic » , allégeant sensiblement la situation des serfs roumains des vayvodies. Ceux de la Transylvanie en eurent connaissance par l'organe des popes qui ne savaient pas assez vanter la grandeur et la puissance de la Sainte Russie, Or elle allait la main dans la main avec Y Autriche de Metternich, persécutrice de la constitution hongroise et du génie magyar; il fallait donc s'approcher de la première et s'éloigner encore de ces derniers. Telle fut la véritable cause du mouvement anti-magyar que Ton voit se dessmer, dès 1831, au sein de la population roumaine, à moitié réconciliée, de la Transylvanie. Si à l'école de Balâzsfalvuy devenue avec le temps un lycée complet,' on peut enregistrer plusieurs cas d'insurbordination à la suite desquels Tévêque Leményi est contraint de recourir aux bons offices du « gubernium; » si un Simon Barnutiu, après y avoir été professeur et après en avoir été chassé pour cause de rébellion avec quatre de ses collègues, s'en va à Szeben pour faire son droit à la nouvelle faculté des Saxons^ malgré les dissensions de ceux-ci avec les Roumains, exposées à la Diète de 1841 dans la requête des deux évèques roumains, — ce ne sont que les indices symptomatiques de la grande hostilité latente d'une nationalité que l'on excite et hypnotise par des griefs imaginaires et des promesses fallacieuses. D'ailleurs on voit inoculer le virus de la haine anti-constitutionnelle aux Serbes ortho-
doxes également, désireux de devenir les maîtres d'un territoire qu'on ne leur avait alloué que provisoirement, à l'époque de leur arrivée en Hongrie
Metternich n'eut pas considéré ce cercle d'animosité, savamment formé autour des Magyars, comme entier, si les pays héréditaires y eussent manqué. 11 les y fit détester soit en les faisant passer pour insociables, indignes des richesses de la Hongrie^ soit au contraire à cause de leurs velléités de vouloir s'émanciper de la tutelle économique et industrielle de YAutriche, Pour les hautes sphères il en fit des gens prêts à se révolter à propos de rien, — telle était la valeur des dispositions constitutionelles dans sa pensée, — pour la classe des intellectuels il les dépeignit comme impropres à tout perfectionnement, et devant le peuple, il les rendit ridicules; tâche d'autant plus aisée, qu'il n'y avait pas A' Autrichien pour se donner la peine d'étudier la langue, et encore moins la littérature ou l'histoire magyare. Pour mettre l'armée impériale au diapason voulu, il n'avait pas de grands efforts à faire. A la suite de l'émigration française, et des bouleversements napoléoniens, composé en majeure partie de l'aristocratie et delà noblesse internationale, que Ton accueillit en Autriche avec la plus large hospitalité, le corps des officiers était très imbu des souvenirs de Coblentz et de réaction, et avait à se venger des idées libérales aussi bien par esprit de caste qu'individuellement. Parmi ses membres indigènes les Magyars se trouvaient en minorité insignifiante, car pour entrer dans le service militaire il fallait posséder l'allemand et supporter les passe-droits par lesquels, en s'entr'aidant avec une partialité bien compréhensible, les camarades slaves très nombreux arrivaient aux grades supérieurs. Même anomalie dans la liste des diplomates où l'on rencontrait à peine quelques noms magyars, et ceux qui y figuraient appartenaient aux quelques grandes familles que l'adroite politique de Marier-Thérèse avait su attirer, fixer et germaniser à Vienne. Et afin qu'à l'étranger les Magyars restassent inconnus aussi et que leur cause ne pût éveiller de la sympathie nulle part, par un système de passeports tracassier, Metternich rendit les voyages très