‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 187 sur 232 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

tolaires, Wesselényi devint de plus en plus intransigeant et se crut forcé de rompre avec Széchenyi, qu'il jugea trop tiède, donnant ainsi une allure plus accélérée aux progrès du. mouvement réformiste. C'était attirer à plaisir le courroux du pouvoir. On le fit arrêter et condamner à trois ans de prison, malgré le dévouement extraordinaire qu'il avait montré dans le sauvetage des victimes de Tinondation de Pesth en 1838. Être privé d'air et d'exercices corporels est nuisible pour toute organisation humaine ordinaire; pour le colosse Wesselényi c'était la mort à courte échéance : il perdit tout d'abord la vue, et mourut effectivement pendant la révolution, à la force de l'âge. L'emprisonnement fut aussi fatal au jeune Alexandre Lovassy^ dont le crime consistait dans le fait d'avoir donné asile à un réfugié polonais et d'avoir signé dans un album privé : républicain. Nature délicate et impressionnable, Lovassy ne put impunément supporter la solitude et le silence de la casemate d'une forteresse autrichienne et en sbrtit dément.

Les trois ans que Louis Kossuth passa à la prison militaire de Budey lui servirent au contraire, non seulement de piédestal pour le désigner à l'adoration de la jeunesse magyare, mais aussi pour acquérir la connaissance du français et de l'anglais et pour élargir en général son horizon intellectuel par des lec* tures nombreuses et bien choisies. Quoique appartenant à une très bonne et ancienne famille du département de Zemplén, célèbre à cause de la facilité d'élocution de ses enfants, il fut obligé de gagner sa vie avec son diplôme d'avocat aussitôt ses études terminées. Il assista à la Diète de 1832-35 comme représentant d'un magnat absent (absentium ablegatus) et y eut rheureuse idée de rédiger pour les départements un bulletin au* tographié contenant les résumés des séances. Après la fin de la Diète, l'immense succès moral de cette entreprise le décida à en tenter une semblable sur les séances des « conseils départementaux » . C'était provoquer les foudres du prince de Metternichy car ce fut surtout le système de l'administration départementale de la Hongrie qui l'irrita le plus, en morcelant l'action centrale du pouvoir et en faisant échouer ainsi ses plans les plus savamment combinés.

Ayant purgé 8a condamnation, Kossuth devint du coup le champion du mouvement de l'opposition, qu'il servit d*ailleur$ admirabjement avec sa plume vive et incisive, avec son talent oratoire d'un éclat et d'une véhémence incomparables. Un tel auxiliaire ne pouvait nullement convenir à Széchenyiy qui ne voyait le salut de la Hongrie que dans sa transformation pacifique; aussi l'attaqua-t-il avec une telle aigreur qu'il eut l'humiliation d'être désobligeamment jugé par Topinion publique. C'était grandir encore le prestige de Kossuth^ lui ouvrir la carrière d'homme d'État, le placer dans une situation où le patriotisme, le bon vouloir, le génie d'éloquence sont insuffisants pour remplacer l'expérience, le sang-froid, l'habileté. Mais arrêter les événements était déjà chose impossible, et aux élections pour la Diète de 1847, le département dePesth confia un de ses mandats au célèbre chef du parti libéral, ayant dans son programme les réformes les plus étendues avec la devise : « Independance de la Hongrie. »

Quoique dans l'esprit de son auteur cette a indépendance ** ne signifiât que la répudiation de l'influence autrichienne sans, viser les rapports constitutionnels de la dynastie et de la monarchie avec la Hongrie^ clairement désignés dans la Pragmatique Sanction, pour la cour de Vienne et pour MeUernich elle devenait une source des plus graves préoccupations surtout depuis que l'on s'était aperçu que l'affranchissement des serfs par voie constitutionnelle ne pouvait tourner qu'à l'avantage de la cause des Magyars^ ses promoteurs. Alors, par un brusque changement de front, on vit le gouvernement se rallier au parti conservateur, s'identifiant au maintien des privilèges nobiliaires et combattant les réformes par crainte de la révolution. Avouer plus franchement que4es reproches adressées jadis à la ^on^rt'e sur son état arriéré n'étaient pas sincères et n'avaient d'autre but que de la déconsidérer, eût été impossible. Mais au point où on en était en ce moment, il importait peu d'être deviné; il fallait avant tout être victorieux car, moralement et tacitement, . la guerre était déclarée entre la réaction féodale et le constitutionnalisme magyar.

Pour surcroit de complication, l'archiduc ./o^e^A, le palatin

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