LIVRE TROISIÈME
très aimé et très populaire de la Hongrie y meurt en février 1847, laissant ainsi la vice-royaut4 en vacance. C'est non seulement la disparition du médiateur bien intentionné entre les deux adversaires prêts à en venir aux mains, mais aussi l'entrée en scène d'un nouveau personnage qui, par sa présence seule, aggrave involontairement les difficultés. Quoique résolue dès 1842, la nomination de Tarchiduc Etienne succédant dans le palatinat à son père, effraya singulièrement les politiciens <le Itt cour. Élevé à Bude^ parmi les Magyars ^ comblé de faveurs par Tempereur-roi Ferdinand^ le chevaleresque premier dignitaire de la Hongrie les faisait songer à la récente supplantation de la branche atnée par la branche cadette chez les Bourbons^ malgré les hésitations de Tarchiduc de quitter son poste de gouverneur en Bohême et malgré sa conduite irréprochable. N'avait-on pas un souverain faible? ne manquait-on pas d'héritier direct? ne pouvait-on pas redouter que la transmission des pouvoirs du vivant ou après le décès de Ferdinand à son neveu l'archiduc François- Joseph, ne se fît dans des conditions fâcheuses en face d'un autre membre adoré, énergique, ambitieux peut-être, de la famille régnante? Personnifiée dans le jeune palatin, la Hongrie eut un aspect particulièrement inquiétant. Avec sa constitution rajeunie, avec- les preuves de sa perfectibilité, avec ses forces nouvelles sous son chef nouveau, elle devenait un argument irréfutable contre les réactionnaires affirmant l'incomptabilité de l'ordre et de la liberté, contre la bureaucratie impériale aux yeux, de laquelle le développement libre de la Hongrie prenait les proportions d'une ironie humiliante, et contre tous ceux enfin qui, mus par des raisons égoïstes, ne désiraient nullement la prospérité d'un pays qu'ils ne connaissaient et conséquemment ne pouvaient pas aimer. ^
Le firmament politique du continent présageait partout des orages formidables. Mise en mouvement par la généreuse initiative de Pie /A, ï Italie s'apprêtait à une lutte suprême sous la conduite de Charles- Albert, et dans la Lombardf'eetdansla Fi^n^/ie, alors provinces autrichiennes, les comités révolutionnaires bien organisés n^attendaient plus qu'un signal
pour 8e soulever contre le «tedesco » abhorré. En France y sou* prétexte d'admettre aux élections les suffrages des capacité>. les impérialistes, les républicains et les légitimistes sapaient plus ou moins ouvertement le trône de Louis-Philippe tandis qu'en Allemagne on préludait théoriquement, et en escomptant Técroulement de la Confédération, au rétablissement de Tempire.
L'atmosphère intellectuelle était saturée d'électricité, la conscience des peuples remplie de matières inflammables Pour amener par la décharge de la foudre une conflagration générale il ne fellait qu'un léger accident : JPam, le fournit, formidable, avec la Révolution de février!