LA DERNIÈRE DIÈTE HONGROISE ET LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE DES ROUMAINS
Prévoir d'après ce qui précède, d'une part la transformation graduelle mais complète de la Hongrie médiévale en Hongrie moderne, et de Tautre la résistance opiniâtre et constante de la cour de Vienne^ était chose aisée pour tout penseur. En tenant compte de Tesprit d'opposition qui présidait aux élections à la Diète convoquée pour le 7 novembre 1847, on pouvait même hardiment assurer que la marche des événements serait, cette Fois, accélérée. ho\i\% Kossuth paraissait être d'autant plus maître de la situation à Pozsony (Presbourg) que François Deâk^ retenu au lit par une grave maladie, n'était pas présent au début de la session pour atténuer les excès de sa fougueuse éloquence. A vrai dire il y avait lieu à s'abandonner aux plus douces espérances : n'entendit-on pas prononcer des discours entiers en hongrois par l'héritier présomptif du trône, l'archiduc François- Joseph^ lors de l'installation de l'archiduc Etienne comme préfet du département de Pesth^ ainsi que quelques phrases affectueuses par l'empereur-roi Ferdinand lui-même, à l'occasion de l'ouverture de la Diète. Avec sa majorité compacte, réconforté par l'appui du comte Etienne Széchenyi, le parti libéral s'engagea résolument dans la voie des réformes : pendant la discussion de la réponse au discours du trône de la Chambre basse, il souleva successivement la question de la création d'un ministère responsable, de l'abolition du servage et de l'avicité, de la liberté de la presse pour la désigner au gouvernement comme les a desiderata » les plus impérieux de la nation. Le projet de loi concernant Tindigénat, d'après lequel on ne devait l'accorder qu'aux personnes connaissant le hongrois, provoqua au contraire de la part des députés croates — reconnus tels de fait et non pas de
droit — des contestations qui décelaient une animosité de mauvais augure chez eux, tandis que le chancelier hongrois, le comte Georges Apponyi^ quoique rempli des meilleurs intentions mais inféodé à la politique de Metternich^ voyant les attaques dirigées contre son administration, n'attendait son salut, avec les conservateurs, que de la dissolution de la Diète. Telle était la situation politique à Pozsony à la fin du mois de février de Tannée bissextile 1848, quand la nouvelle de la Révolution éclatée à Paris y arriva.
Le terrain qu'elle y trouva était plus proprice à la fécondation que partout ailleurs, car les esprits y étaient déjà suf* fisamment montés et la Diète lui servait de porte-voix tout indiqué dans son leader incomparable : Kossuih. Celui-ci ne tarda pas longtemps à exposer le programme du parti libéral. Dans son fameux discours du 3 mars, il énuméra les réformes qu'il jugeait indispensables au bonheur de la Hongrie : la représentation nationale, la transformation radicale de la défense nationale, l'administration publiquement contrôlée des deniers de l'État, le règlement de l'accord des intérêts communs avec les pays héréditaires, la création d'un ministère hongrois uniquement responsable au futur parlement hongrois. Et, afin que l'harmornie puisse être absolue entre tous les peuples de la monarchie, il exprima l'espoir que le souverain accordât aussi une constitution aux pays héréditaires. Ces propositions furent acceptées à l'unanimité par la chambre basse. On y ajouta celles de Szent-'Kiràlyi^ visant l'abolition du servage et le paiement d'une indemnité aux seigneurs, l'union de la Hongrie et de la Transylvanie et la translation du siège de la législature devenue annuelle à Pesih. Sur l'invitation du palatin, la Chambre haute adhéra par acclamation à l'adresse contenant toutes ces propositions, et il fut décidé qu'une députation la porterait à Vienne. Elle y partit le 15 mars et trouva la capitale impériale en pleine crise révolutionnaire. Enflammée par le discours de Kossuih du 3 mars, discours que l'on avait affiché traduit en allemand dans l'Âula de l'Université, la population viennoise renversa sans coup férir le gouvernement de Metternichy en-