‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 190 sur 232 · LIVRE TROISIÈME SST · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME SST

traînant la chute du chancelier hongrois comte Apponyî, et réclama énergiquement Toctroi d'une constitution. Ferdinand le lui promît après la convocation des Diètes provinciales dans son manifeste du 14 mars; en attendant, il permit Torganisation de la garde nationale.

Quoiqu'ils eussent beaucoup de sympathie pour le mouvement insurrectionnel, les Hongrois gardèrent une attitude irréprochable. Aussi se montrait-on en haut lieu prêt à accéder à leurs désirs, mais on craignait d'avoir Tair d'être intimidé par les agitations de la rue. Kossuth se chargea du rétablissement de la tranquillité, et les cheFs de l'insurrection le lui promirent. C'était certes un grand succès, mais c'était aussi un trop grand succès. Voir protéger le trône séculaire des Habs^ bourgy à Vienne même, par un simple député hongrois, portait un coup terrible à l'amour-propre autrichien. L'humiliation res.sentie par la cour à cause de cette intervention intempestive Tavait mal disposée depuis ce moment contre tout ce qui concernait la Hongrie. Elle était du reste complètement désorientée, non seulement par suite de la disparition subite de Meiternich son oracle incontesté depuis plus de trente ans, mais aussi par suite de la tournure menaçante que prenaient les affaires â la fois en Allemagne et en Italie. Si elle était assez sûre de la fidélité des Hongrois^ elle pouvait craindre qu'un tel accroissement de leur influence ne nuisit à la sienne moralement et même matériellement. Pour la contrebalancer elle chercha dès lors des points d'appui dans les nationalités non pas pour en faire des alliés proprement dits, elle en faisait trop peu de cas, mais pour démontrer au monde que, malgré sa fameuse constitution, la Hongrie avait ses Chouans aussi. C'était une de ces alliances que les grands seigneurs contractent avec les plébéiens, dans lesquelles le profit de ces derniers consiste uniquement dans l'honneur de pouvoir fréquenter les premiers et dont, une fois les difficultés passées, ceux-ci ne veulent plus généralement se souvenir.

Ce fut le 17 mars que parut le rescrit royal investissant le palatin des droits royaux les plus étendus, l'autorisant à pré* senter les membres du futur ministère hongrois et lui enjoi*

gênant de présenter des projets de loi au sujet des réformes les plus pressantes à introduire en Hongrie, En vertu de ce rescrit, le palatin nomma ce jour-là même le comte Louis Batthyàny^ le chef de l'opposition à In Chambre haute, président du ministère hongrois dont le premier soin fut d'envoyer une circulaire aux préfets et aux municipalités pour leur recommander de ne pas se laisser troubler dans l'accomplissement des grands devoirs qu'ils avaient à remplir par les mouvements populaires probables. Ces instructions ministérielles visaient principalement la ville de Pesth où, le 15 mars, la jeunesse universitaire, ayant pour chefs le poète Peiœfi et le romancier Maurus Johaiy s'était montrée assez inquiétante par la proclamation prématurée de la liberté de la presse et par l'élargissement de la prison d'un condammé plutôt socialiste que politique. Comme dans cette journée mémorable aucune goutte de sang n'avait coulé malgré la jeunesse des chefs, les Hongrois en ont fait une sorte de fête nationale annuelle, symbolisant le caractère élevé et pacifique de leur soi-disant révolution.

La Diète consacra le peu de jours qu'il lui restait à vivre — devant faire place à un parlement ouvert aux représentants du peuple tout entier — à la conception des articles de la constitution nouvelle. Ils sont au nombre de trente et un, avec une introduction en tête et donnent entière satisfaction au libéralisme de l'époque ou rendent tout perfectionnement ultérieur possible. En ce qui concerne les questions pouvant intéresser les Roumains^ il faut citer l'article V, accordant le droit de vote pour les élections législatives à tout sujet hongrois âgé de 20 ans, possesseur d'un certain avoir, ou exerçant une profession libérale, ou exploitant une industrie, quelconque, ou étant commerçant patenté. Dans l'article VII c'est l'union de la Hongrie et de la Transylvanie qui est proclamée, toutefois avec le consentement supposé de la diète de Kolozsvàr. L'abolition de la dlme, de la corvée et des redevances pécuniaires figure dans l'article IX, tandis que l'article X supprime les tribunaux seigneuriaux, et l'article XX reconnaît l'égalité et la réciprocité complètes des religions reçues. Dans ce dernier, il se trouve même spécialement une injonction

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