‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 20 sur 232 · LIVRE PREMIER S · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER S

Grec et ne connaissant pas la lange latine cultivée, il a écrit comme le peuple parlait. C'est ainsi qu'il a écrit Segnai et secodo au lieu de secundus. Nous rencontrons sur une autre tablette de cire, datant de Tan 167, les mots suivants : Rema^ sîsse^ en latin. « Remansisse » et dans le roumain actuel « remasese » ; abuerat, abere, abiturum^ pour le latin « babuerat, habereethabiturum. « Cipario, le célèbre philologue de Balàzsfalva était aussi d'avis que ces textes représentaient « le bourgeonnement de la langue roumaine en Dacie » .

Ces assertions tombent d'elles-mêmes devant le jugement plein de bon, sens de Jon. Bogdan, le savant professeur de l'Université de Bucarest. « Jusqu'au m* siècle la langue latine reste partout la même, déclare-t-il. Les inscriptions, recueillies aux endroits les plus éloignés les uns des autres, le prouvent suffisamment. C'est donc en vain que l'on s'efforce de rencontrer des formules roumaines dans les inscriptions daciques. Ce n'est qu'au x* siècle que le roumain commence à avoir une individualité linguistique distincte. » Lambrior — le si remarquable, mais hélas ! si prématurément disparu philologue roumain, n'admet pas non plus que le roumain puisse se développer isolé des autres langues romaines.

En fait de documents écrits il y en a plusieurs qui pourraient témoigner en faveur de la<)ontinuité dacique, si leur authenticité était à l'abri de tout soupçon légitime. Mais aucun d*eux n'a une provenance facilement explicable, sans même parler de celui qui, se rapportant à la commune de Rezsinar et muni de la date de 1488, se trouve être écrit d'après la marque G. B, K. sur du papier fabriqué à Rezsinar en 1742 dans la papeterie de la comtesse Kat Bethlen (en hongrois Grof Betklen Kata). La Chronique de Hurul ne mérite pas d'être prise au sérieux non plus. Au moment de son apparition en 1856 non seulement Saulesco^ son confectionneur probable, la taxe de découverte précieuse, mais Héliade aussi, ainsi que Melchisédec le savant renommé et l'historien ecclésiastique. Au début, personne n'aurait voulu douter de son authenticité, malgré l'attitude réservée de Kogalniceanoy de Negruzzi. Enfin ce dernier se décida à une attaque ouverte, qu'il fit paraître dans ses « Convorbiri

liierare » qui a été suivi par une autre dans la a Revista românàn d'Odebesco. Mais ce fut Tocilesco qui porta les coups les plus meurtriers à la réputation de cette chronique dans sa revue intitulée : « Revista pentru istoria^ archeologia si filolo^ gin, n Hasdeu la déclare apocryphe aussi. Lambrior s'appuie sur des raisons linguistiques pour nier son authenticité en démontrant qu'elle fourmille d'imitations mal faites de vieux langage. Basile Urechia ( 1 ) n'osa pas la défendre mais ne se permet pas non plus de se prononcer franchement sur sa valeur. Chose curieuse! malgré les anachronismes manifestes que renferme cette chronique, son autorité reste incontestable aux yeux des auteurs roumains de la Hongrie.

La Chronique de Fogaras à laquelle fait allusion à la fin du xiii* siècle Constantin Capitanul (Pilipesculù) est probablement celle qui se trouve dans la collection de Joseph Kentény, Cette chronique raconte que la forteresse de Fogaras avait été. bâtie par l'empereur Auguste et prise et détruite par Trajan; mais qu'elle a été ensuite rebâtie par l'empereur Claude qui lui a octroyé le nom de Caesurgis Daciœ !

En raison de l'importance que Baritiu, le meilleur historien roumain de la Transylvanie, a donnée aux « lettres patentes de Besztercze » dans son « Mémoire » rédigé au nom des Rou~ mains réunis en conférence à Nagy-Szeben dans l'année 1881, il est impossible de ne pas s'en occuper particulièrement. Elles ont une teinte d'authenticité et ne contiennent ni anachronismes ni énonciations tirées par les cheveux ou fabriquées pour les besoins de la cause. Voilà comment M. Jancsu raconte leur découverte.

En 1808 on fit transporter les archives de fe^s/ercze, ville de la Transylvanie habitée par les Saxons, dans un nouveau local. Pendant le déménagement, un employé de la mairie remit à l'archiviste un pli disant qu'il l'avait trouvé sous l'une des armoires et qu'il portait l'inscription en allemand : » Lettres diverses concernant les territoires des communes. » Dans ce pli il y avait un document daté de 1557 et se rapportant

(1) Uhëchu, Schite de istoria titeraiurei romane^ p. 55.

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