‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 192 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

magyars était partagée par son antagoniste ordinaire, la bourgeoisie saxonne elle-même, à la magnanimité de laquelle il devait son affranchissement sur le territoire saxon depuis le 3 avril. Du reste, Tunion ne plaisait pas aux conservateurs magyars non plus et soit par indolence, soit par crainte de Tavenir, la noblesse magyare transylvanienne ne montrait pas assez d'empressement dans l'application des réformes théoriquement sanctionnées par la constitution nouvelle.

Les effets de toutes ces excitations convergentes sur le roumanisme ne se firent pas longtemps attendre. Dès le 15 avril, il y eut un véritable soulèvement à Voelisoek où le représentant de Tautorité fut tellement maltraité par les habitants roumains du village, qu'il en mourut le lendemain. Cet exemple encouragea les serfs de même nationalité des départements de Doboka^ du Haut et du Bas-Fe/ithy à ne plus obéir, ni aux seigneurs, ni à l'administration départementale. Le a gubernium » recourut alors dans ces contrées à la proclamation de la loi martiale, symbolisée par l'érection d'un gibet dans les communes où on la proclamait : coutume fâcheuse léguée par le moyen âge, qui mettait dans une singulière lumière le libéralisme magyar quoiqu'elle fût amplement motivée par les excès commis, nombreux et graves, ainsi que par l'attitude menaçante des nationalités éparpillées dans les autres pays de la couronne de Saint-Étienne. Jellatchitch, installé à Zagrab contre la volonté du ministère hongrois, décréta, le 25 avril, l'indépendance administrative et financière de la Croatie à l'égard de la Hong?ne ; et les Serbes de la Ilotigîie désireux de créer une vayvodie serbe dans les contrées situées sur la rive gauche du Danube^ en face de la Serbie^ la préparèrent le 24 avril à Nagy Kikinda par des troubles sanglants, en attendant l'assemblée populaire convoquée par Rajatchitch, leur patriarche, pour le 15 mai, à Karlocza,

Vu cet état de choses, le a gubernium v ne voulait pas entendre parler de la réunion projetée des Roumains. Il enjoignit donc à leurs deux évêques de l'empêcher, en les pré- Yenant en même temps, que de son côté il s'était adressé au commandant en chef militaire pour avoir sous sa main des

forces suffisantes au maintien de Tordre dans le cas où la réunion aurait quand même lieu. Leményi se montra prêt à agir selon les intentions du gouvernement; il remarqua cependant qu'il croyait indispensable la convocation des Roumains notables afin qu'il pussent se concerter au sujet d'une requête, destinée à exposer devant la Diète les vœux du roumanisme. Ayant trouvé juste l'observation de l'évéque grec uni, le « gubernium » lui permit la convocation demandée, ainsi qu'à Tévèque grec non-uni Siagunay en exprimant le désir toutefois que ces réunions fussent séparément tenues. Tout en interdisant la réunion annoncée pour la Saint-Thomas^ Leményi convoqua donc ses fidèles pour le 15 mai à Balàzsfalva où il siégeait, et dans l'absence de Siaguna, le consistoire orthodoxe de Szeben à cette date également, mais sans indiquer l'endroit de la réunion : oubli volontaire ou involontaire qui laissa le champ libre à toutes les interprétations. Les Roumains comprirent cependant qu'ils devaient se rendre tous au seul endroit indiqué. Car les meneurs leur avaient clairement expliqué qu'il fallait faire croire au monde qu'ils ne devaient pas leur liberté à la Diète hongroise, mais à eux-mêmes ou tout au moins à l'empereur d'Auiriche,

Dans ces conditions, on peut considérer la réunion de la Saint-Thomas comme une répétition générale seulement. Le clergé brillait par son absence et la foule ne se composait que des paysans venus des environs. Les orateurs se tenaient sous le porche de l'église, et tout en faisant allusion aux souffrances que les Roumains^ les plus anciens habitants du pays, enduraient depuis de longs siècles^ ils engageaient leurs auditeurs à la patience et leur recommandaient de rentrer chez eux. Ce fut Simon Barnuiiu qui eut le plus de succès; on détela les chevaux de sa voiture et on le porta triomphalement de l'auberge jusqu'à la susdite tribune improvisée. Leményi prononça aussi quelques paroles pacificatrices, mais, d'après le rapport du sous-préfet, Hilaire Papiu le tourna en ridicule. Finalement, on se dispersa en se donnant rendez-vous pour le 15 mai. Le soir, la ville fut illuminée.

On peut admirer dans cette réunion la manière habile avec

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