‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 193 sur 232 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

laquelle la part qui revenait aux Magyars dans la conquête des libertés politiques, fiit escamotée. On la passa sous silence en présence des représentants magyars de Tautorité, en se promettant de faire mieux à la prochaine occasion. Et Ton se tint d'autant plus Facilement parole qu'entre temps les Saxons de Szeben se déclarèrent ouvertement contre Tunion en affichant bruyamment leur attachement à Fempire à' Autriche et au caractère impérial du souverain de la Hongrie. Cette attitude ne déplaisait nullement à une fraction importante du corps d'officiers de l'armée impériale à laquelle la future trans* formation de celle-ci en armée hongroise répugnait. D'autre part, on adressa des invitations aux célébrités du roumanisme résidant tant en Hongrie que dans la Valachie et la Moldavie, afin que l'Assemblée ait l'aspect d'une démonstration nationale imposante autant par le nombre des assistants que par leur qualité et provenance. Le « gubernium » y envoya comme commissaires le comte Bànffy et un conseiller du gouvernement, tandis que le commandant en chef s'y fit représenter par le général Schurter à la tête d'une petite division formée de soldats de toutes armes et de deux canons. On a évalué la foule accourue dès le 13 mai à 30 ou 40,000 personnes, parmi lesquelles beaucoup d'ecclésiastiques et de femmes. On s'assembla d'abord devant l'église décorée de drapeaux autrichiens, tricolores, — sensément roumains — composés de bleu, rouge et blanc, tandis que la Hongrie ou la Transylvanie n'étaient représentées par aucun emblème. Ce fut l'hymne autrichien que le peuple y chanta avec des paroles roumaines en l'honneur du général Schurter et en terminant les travaux de l'Assemblée. Siaguna pria en outre ce même général de vouloir bien transmettre les hommages des Roumains à l'empereur, et à la dynastie à laquelle ils doivent tout ce qu'ils possèdent.

A cause de la chaleur et de l'exiguïté de la place, les assistants se transportèrent sur un pré appelé « le pré grec » , où, après l'élection comme présidents de Leményi et de Siaguna, Simon* Barnuiiu prononça un discours plein de fiel dans lequel il repoussa fièrement la liberté offerte par les Magyars au prix

de leur hégémonie et de Tunité de Tétat magyar. A quoi sert la liberté de la presse, si Ton peut poursuivre et condamner les écrivains roumains, défenseurs de leur nationalité? Quel est l'avantage de posséder un ministère, même composé de Roumains, s'il ne s'occupe des intérêts du roumanisme? Pourrait-on espérer le développement du génie roumain dans une Hongrie où les Magyars ne veulent reconnaître qu'une nation? Que signifie Tégalité devant la loi, si on ne peut s'adresser au tribunaux qu'en hongrois? Quant à Tabolition du servage, elle est imposée par la force des choses avec ou sans l'union. u Nous ne nous asseyons pas h la table de la liberté magyare, s'écria-t-il enfin, car les mets y sont empoisonnés! « En guise de conclusion il proposa donc l'adoption des quatre résolutions suivantes : 1* On baptisera le champ où a eu lieu cette première assemblée roumaine « le champ de la liberté » (Gâm* pul libertatei). 2* La nation roumaine déclare vouloir rester fidèle à S. M. l'empereur d^Autriche, roi de Hongrie^ grand duc de Transylvanie et à l'auguste maison autrichienne. 3* La nation roumaine se proclame, en se basant sur les libertés politiques, nation indépendante et faisant partie intégrante de la Transylvanie. 4** La nation roumaine prête le serment suivant à l'empereur, à la patrie et à la cause roumaine : a Moi, N. N. je jure sur le Dieu vivant le Père, le Fils et le Saint-Esprit, que je resterai fidèle à l'empereur d'Autriche, au grand duc de Transylvanie Ferdinand P' et à l'auguste maison autrichienne. Je serai l'ami de ses amis, l'ennemi de ses ennemis; qu'en ma qualité de Roumain, je maintiendrai la nation roumaine toujours sur le chemin du droit et de la justice et que je la protégerai de toutes mes forces contre toute attaque et oppression et que je ne ferai jamais rien contre les intérêts et les droits du roumanisme, mais que je resterai toujours attaché à notre langue et religion roumaines. Conformément à ce principe, je respecte toutes les nationalités de la Transylvanie et j'espère que j'en aurai le même respect en retour. Je ne ferai rien pour opprimer les autres, mais je ne souffrirai de personne d'être opprimé. Je veux contribuer selon mes forces à l'abolition du servage, à l'affranchissement de l'industrie et du com-

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