‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 197 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

par Siaguna, exprimaient le même sentiment bienveillant mais constitutionnel. « J'attends de vous, dit le souverain en terminant, qu'attachés fidèlement à ma couronne hongroise, vous évitiez tout ce qui pourrait amener des complications ; car vous ne pouvez jouir en sécurité des libertés que je vous ai accordées, qu'en restant en bonne harmonie avec vos concitoyens. »

Pour contre-balancer l'effet salutaire d'une déclaration royale pareille et de l'attitude bienveillante de la Diète de À'olozsxfàr^ les membres du Comité national roumain de Szeben n'avaient qu'à passer sous silence tout ce qui pouvait être favorable à la cause hongroise et raconter de prétendues atrocités sur le compte des Magyars et des Sicules dans les journaux roumains et saxons qu'ils avaient entièrement à leur disposition et qu'ils distribuaient au besoin dans un milieu où toute prose imprimée est considérée, à cause de sa rareté, comme parole d'Évangile. Ce fut ainsi qu'il leur réussit de faire accroire à leurs naïfs lecteurs que loin d'être pour l'abolition du servage, les Magyars en faisaient un piège pour y faire tomber les paysans roumains qu'ils voulaient exterminer. N'eurent-ils pas l'aplomb d'en appeler au monde civilisé tout entier au sujet des femmes violées de Koslard et du massacre de la population paisible de Mihâlczfalva (le 2 juin)? Or d'après la déposition elle-même de 40 habitants roumains de ces deux communes, les autorités ne s'y rendirent à la tête de deux bataillons de gardes nationaux sicules qu'à cause d'une mutinerie qui éclata par suite de l'impatience des paysans attendant leur libération. Cette mutinerie cessa à Koslard d'ellemême et sans qu'il fût tombé une seule larme des yeux d'une seule Roumaine^ tandis qu'à Mihàlczfalva ce furent les paysans roumains qui tirèrent les premiers, après avoir barré la route de leur masse compacte toute une journée pour empêcher l'entrée du préfet dans la commune. D'ailleurs les investigations de la justice découvrirent que la veille del'échauffourée, Mihàlczfalva avait reçut la visite du professeur xiron Pumnul^ membre du comité national. On transforma les incidents d'un marché d'Abrudbânya également en atrocités, quoiqu'ils fus-

sent simplement des faits qui se reproduisent chaque fois que la police intervient dans une rixe. Mais ici ce furent des gardes nationaux hongrois qui intervinrent pour séparer les combattants roumains; ils ne pouvaient donc commettre que des iniquités ! De fait, on dut y arrêter plus tard un ecclésias* tique roumain, parce qu'il excitait ses ouailles contre les Magyars. Mais son incarcération ne servait qu'à fournir un thème de plus pour les éternelles variations fantaisistes que les publicistes roumains brodaient sur la barbarie magyare. On dépeignit avec des détails horribles le martyre d'une fille roumaine et d'un père de Famille roumain, tués à Szent^Kîrâly sans rime ni raison, et l'on dénonça les gardes nationaux magyars comme désireux de se jeter sur Balàzsfalva pour y mettre à sac l'évéché roumain et pour y détruire les locaux des écoles roumaines.

Il faut rapporter h l'honneur du consistoire de l'église grecque orientale que non seulement il se tenait éloigné de tous ces agissements mais qu'il s'en plaignit même au gouverneur dans une lettre datée du 7 juin. Il y exprima la crainte que ces fauteurs de désordre^ déjà coryphées à l'assemblée de Balàzsfalva ne réussissent à soulever le peuple ignorant. « Tout le monde connaît leur nom, car étant membres du u Comité national » , ils parlent contre Tunion au nom du roumanisme tout entier et excitent et poussent le peuple roumain contre le peuple hongrois. » Et les membres du consistoire ne se cachaient pas de cette opinion ; ils l'exprimèrent en face des jeunes agitateurs eux-mêmes, comme le prouve la scène de pugilat rapportée par Baritiu^ qui se passa à Szeben dans un conciliabule du comité entre un de ses membres âge, modéré, et Abraham Janco (1).

Si l'on tient compte de la nature apathique des Roumains, leur pacification à l'aide d'éléments aussi assagis et patriotiques pouvait être encore facilement entreprise à ce moment, d'autant plus que le u gubernium » ne tarda pas à dissoudre le Comité et à déférer en justice ses membres les plus remuants.

(1) Baritiu, Istoria Tratisiivaniei, vol. II, p. 164,

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