LIVRE TROISIÈME 40T
vrer la Croatie de la dictature militaire qui Tempéchait de s^expliquer Librement et de s'entendre équitablement avec la Hongrie. Mettant en avant la faiblesse de sa santé, Ferdinand déclina affectueusement l'invitation et ne donna aucune réponse satisfaisante, relativement à Tarrangement des questions pendantes.
L'insuccès de cette démarche suprême rendit la situation du ministère hongrois tronqué insoutenable. Il remit sa démission, le 1 0 septembre, au palatin, qui l'accepta et le chargea de l'expédition des affaires jusqu'à la nomination d'un nouveau ministère. Kossuifi ne voulut pas admettre cet atermoiement et invoqua le texte d'une loi de Maihias Corvin permettant au palatin d'exercer le pouvoir du roi en cas de maladie. Pour Batthyâny tout semblait préférable au manque de gouvernement; il proposa donc de confier le pouvoir à Kossuih seul. C'était aux yeux du palatin un vote de défiance à son adresse, entraînant la Chambre sur le terrain de la révolution. Et effectivement, ordonner la levée et l'émission d'un papier monnaie sans avoir obtenu la sanction royale, étaient des actes que la nécessité pouvait seule expliquer : ayant passé la Drave, Jellatchitch se trouvait déjà sur le sol hongrois sous les couleurs autrichiennes et le général comte Adam Telehine voulait pas le combattre, le considérant toujours comme un frère d'armes. Sur la proposition de Kossuth, on pria alors le palatin de se mettre à la tète des troupes restées fidèles à la constitution. L'archiduc Etienne y consentit, mais Jellaichiich n'ayant pas accepté un rendez-vous d'explication sur le lac Balaton^ à bord d'un bateau à vapeur, il retourna subitement à Pesth pour annoncer au comte Batthyâny y derechef chargé de la formation d'un ministère, qu'on l'attendait à Vienne, L'archiduc s'y rendit le 23 septembre, pour ne plus revoir la Hongrie et mourir en disgrâce à Schaumbourg (Nassau) en 1867.
Le manifeste de Ferdinand^ daté du 25 septembre, annonça la nomination d'un gouverneur civil — du comte Georges Mâjlàth — et d'un général en chef — du comte François Lamberg. Vu le patriotisme notoire de ces deux personnages, Batthiàny ne se laissa pas arrêter par l'inconstitutionnalité du document,
et se rendit à Székes-Fehérvàr (Albe-Royale) pour s'y aboucher a\ec Jellatchîtch (le 27 septembre). Malheureusement le comte Lamberg arriva à Bude en même temps, et comme son arrivée coïncidait avec l'interception des missives du ministre de la guerre autrichien adressées à Jellaichùch donnant un caractère suspect à son apparition, la populace de Pestli le massacra le jour suivant. Condamné à mort pour crime de lèse-patrie par un conseil de guerre dans File de Csepel, le comte Eugène Zicliy y fut pendu le 10 octobre sur Tordre à' Arthur Gorgey, le futur général en chef des armées hongroises, alors commandant. Événements regrettables qui permirent à lacamarilla de faire prévaloir ses sentiments hostiles à Tégard de la Hongrie auprès de Ferdinand avec d'autant plus d'autorité que Ton escomptait à Vienne la victoire de Jellatchich; or celui-ci fut sérieusement battu à Pàhozd le 29 septembre par le général Jean Môga, roumain d'origine, remontant ainsi le courage du gouvernement. Aussi, le rescrit royal du 30 octobre contresigné par le ministre président improvisé baron Adam Récsey^ un soudard ridicule, rescrit ordonnant la dissolution du parlement, déclarant ses dernières résolutions illégales et instituiint Jellatchitch comme « alter ego » du roi tant en Hongrie qu'en Transylvanie et mettant Louis Kossutli en quelque sorte hors la loi, — fut-il reçu avec résignation, sans surprise, et, au lieu d'inspirer de Teffroi et du découragement, excita-t-il le désir même chez un Deàk de défendre la constitution jusqu'à la dernière extrémité. En suspendant les séances, les députés retournèrent dans leurs circonscriptions pour préparer la résistance, en laissant à Pesth un comité parlementaire de 31 membres, pour seconder les efforts du comité de la « Défense nationale » , présidé par Kossutli,
Malgré Tagitation que devait produire sur l'esprit des députés l'interminable suite d'événements aussi graves, le fonctionnement régulier du parlement ne fut pas un seul instant interrompu. Parmi les commissions de la Chambre basse il y en avait une, composée de trente membres et présidée par le comte Joseph Teleki dite « de l'union » , à laquelle échut le devoir de s'occuper particulièrement de la situation des