‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 2 sur 232 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

contre les tendances ouvertement agressives des ultras de la Roumanie que contre les agissements plus ou moins irrédentistes de certains Roumains de la Hongrie. Le but qu'ils visent de deux côtés différents, est l'acquisition d'un tiers de la Hongrie limitrophe de la Roumanie; seulement, tandis que les premiers sont pour son annexion sans phrase à leur pays, les seconds le veulent d'abord rounianiser de fond en comble, afin qu'au bout d'un temps plus ou moins long, il tombe tout naturellement, comme un fruit mûr, dans les mains de la prétendue mère patrie roumaine. But, qui, aux yeux d'un soldat aussi accompli que François-Joseph , est d'autant plus condamnable qu'il apprécie mieux que quiconque l'importance stratégique de ce territoire convoité et notamment de la Transylvanie, d'où ses princes indépendants, encouragés par la diplomatie d'un Richelieu, pouvaient si aisément paralyser les forces les plus précieuses des rois de Hongrie, déjà à l'époque de la guerre de Trente- Ans. Tolérer seulement ces aspirations directement ou indirectement séparatistes des Roumains serait donc, pour le souverain austro-hongrois, un vrai suicide moral d'abord, politique et militaire ensuite, entraînant à bref délai Témiettement succesif et définitif de la monarchie tout entière; il faudrait donc que les Roumains aient jugé la situation actuelle tout à fait à la légère pour voir autre chose dans ce rapprochement amical des deux pays que la consécration officielle du statu quo, impliquant le respect absolu de l'État hongrois et de sa constitution.

Mais si, partant de là, on doit penser sur les bords de la Dimbovitza qu'il est dès aujourd'hui complètement oiseux de se plaindre de la prétendue oppression des Roumains de la Hongrie — ce dont la « ligue » susdite convient elle-même enfin, puisqu'elle interdit publiquement à ses membres toute participation à l'agitation s'y rapportant, — il est, au contraire, du plus haut intérêt pour les Hongrois de vider cette question à fond une fois pour toutes, afin qu'elle ne puisse plus être jamais remise sur le tapis. Car il ne leur suffit pas que ce soit uniquement l'opportunisme de ses propagateurs qui les réduise au silence» Il faut que ceux-ci aient la conviction d'avoir en face

AVANT-PROPOS iit

d'eux une Hongrie armée de pied en cap, prête à repousser les attaques aussi bien sur les champs de bataille que sur le terrain des discussions scientifiques.

En vue de ces dernières, plusieurs savants hongrois très éminents — tels que Paul Himfalvi, Tauteur d'une « Histoire des Roumains » et d'un traité sur la langue roumaine, Paul Kiràlyî dont on possède un volume latin : » Dacia provincia Âugusti » , le D' Grégoire Moldovàn, appartenant lui-même à la nationalité roumaine, directeur de la « Revue mag^aro-roumaine, » M. Ladislas Réthy avec son livre sur les origines de la race et de la langue roumaine, etc., — ont depuis plus d'un quart de siècle recueilli les arguments les plus irréfutables pour rectifier les erreurs plus ou moins involontaires des historiens roumains Sinkai, Petru Maïor, Laurian, Hasdeu, Hurmusaki, etc.

Quoique très consciencieusement faits, leurs travaux avaient trop le caractère spéculatif pour éclairer la religion et pour asseoir le jugement du lecteur étranger au sujet de cette polémique des écrivains hongrois et roumains. C'est l'ouvrage considérable de M. le D' Benoit Jancso : ^ L'histoire et l'état actuel des tendances nationalistes roumaines » , à peine paru, qui est réellement appelé à remplir avec le plus de succès l'office de vulgarisateur auprès du public français sur cette matière, car l'érudition profonde, la sagacité politique et philosophique s'y marient aux réflexions prises sur le vif au milieu du peuple roumain et puisées dans la connaissance la plus parfaite de sa langue et de sa littérature. La théorie de l'origine et de la continuité daciques, les migrations du peuple roumain, son établissement sur le territoire où il vit à présent, les principaux événements de son histoire politique, militaire et religieuse, M. le D' Jancso les raconte, depuis l'empereur Trajan jusqu'à l'année 1854, non seulement avec des documents en main, mais la plupart du temps en confrontant les versions contradictoires pour pouvoir en tirer des conclusions impartiales à ciel ouvert.

La simple traduction de cette œuvre, qui fait autant d'honneur à son auteur qu'à la littérature hongroise, est malheu-

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