‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 3 sur 232 · IV AVA3ST-PR0P0S · texte numérisé non relu

IV AVA3ST-PR0P0S

reusement impraticable à cause du dëveloppement que M. le D' Jancso a été obligé de lui donner par suite de la reproduction intégrale des citations ainsi qu'à cause de Tangle sous lequel elle est présentée et qui suppose une foule de notions, aussi familières aux Hongrois que peu compréhensibles en dehors de leur pays.

Pour faire apprécier quand même sa haute valeur et son importance^ il faut donc se contenter de n'en donner qu'une analyse synthétique consciencieuse, composée expressément à l'usage des Français, désireux d'approfondir cette question qui, semblable au fameux serpent de mer, réapparaît périodiquement dans les colonnes des journaux et des revues, en exas* pérant tout le monde par son obscurité. Elle en resterait enveloppée, malgré les explications les plus instructives et les plus concluantes de M. Jancso, si l'on n'insistait pas sur le point ic plus saillant de ce procès entre Magyars et Roumains, point qui en détermine le caractère féroce tout en le rendant curieux au possible pour quiconque s'occupe de la philosophie de l'histoire, point où se trouvent rassemblées toutes les idées qui remuent actuellement les masses. Car Tanimosité que le Roumain ressent contre le Magyar n'est pas seulement politique, — si elle n'était que de cette nature, elle serait intermittente et on pourrait l'apaiser facilement au moyen de transactions, — elle est malheureusement doublée de la haine que les membres d'une caste longtemps humiliée, les fidèles d'une église jadis négligée pouvaient éprouver à l'égard des favorisés, des préférés d'une constitution. De là cet acharnement à se ruer non seulement sur l'État et le gouvernement hongrois, mais sur la race magyare tout entière elle-même, de la dépeindre avec les couleurs les plus odieuses, de lui refuser le droit à l'existence, en un mot toute vertu, toute qualité ou capacité!

Personne ne se doute en France de cette inimitié, comme on y ignore aussi généralement les bons rapports que les partisans d'un empire autrichien centraliste — réactionnaire ou libéral — entretinrent de tout temps avec les Roumains de la Hongrie et de la Transylvanie pour combattre en commun l'indépendance hongroise. Entente que M. 7<7//c.çrj démontre claire-

AVANT-PROPOS v

ment dans le corps de son ouvrage, sans y appuyer cependant plus que de raison, puisqu'en Hongrie on est suffisamment édifié à cet égard et dont il faudra, au contraire, soigneusement indiquer toute rinfluence et tous les effets dans les pages suivantes, destinées à faire cesser l'équivoque au dehors sur le bien fondé des revendications injustifiables des Roumains et des droits incontestables de la Hongrie.

Si dans Faccomplissement de cette tâche il n'est pas possible d'éviter la relation et la constatation d'une foule de faits peu flatteurs pour Tamour-propre des Roumains et, par contre, très avantageux pour la bonne renommée du peuple magyar, on doit se rappeler que l'agression vient de la part des premiers et qu'il y a là, en réalité, pour le dernier, un cas de légitime défense. D'ailleurs, il serait fort discourtois si, du côté hongrois, on ne ménageait pas une nation dont le gouvernement ne s'est jamais rendu coupable d'infraction aux lois des convenances internationales. Pour la Hongrie du Millénaire, se montrer conciliante ne peut nullement être interprété comme un indice de faiblesse; que ce dernier tournoi des arguments historiques, des documents ethniques et géographiques, des citations étymologiques se passe donc selon les règles de la plus exquise chevalerie, afin qu'en sortant des lices il soit aisé aux deux adversaires, magyar et roumain, de se tendre la main loyalement et sans arrière-pensée, au profit de la paix du monde, du progrès de leur pays et de la civilisation en général !

Paris le 2 septembre 1899.

Page 1