‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 21 sur 232 · LIVRE PREMIER 3T · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER 3T

au bornage efFectué la même année par les échevins de Beszterczcy pour aplanir les difficultés que les communes de Szent- Péter et de Neudorf avaient eues ensemble au sujet de leurs limites.

A cette occasion, les témoins saxons de Neudorf affirmaient qu'il leur avait été enlevé, en 1498, une partie de la forêt en litige par les habitants roumains de Szent-Péier. Ceux-ci répondirent que c'était vrai, mais qu'ils avaient envoyé déjà des hommes à Besztercze pour y chercher, dans les archives de la ville, des lettres patentes à l'aide desquelles ils pouvaient justifier leurs droits. Cette proposition fut acceptée par tout le monde et en attendant on commença le bornage. Quand on Teut terminé, les hommes envoyés à Besztercze revinrent avec le vieux document, c'est-à-dire avec des lettres patentes délivrées en 1366 par le comte de Besztercze sur l'ordre du roi Louis en faveur de la commune de Szent-Pêtery dans lesquelles on pouvait lire le passage suivant : « Les Roumains de Szent-Pèter sont lésés parce que les propriétés qu'ils possèdent^ eux et leurs aïeux y depuis plus de mille ans, et qu'ils ont plusieurs fois rachetées même au prix de leur sang, leur ont été arrachées. . . Après de longues délibérations se rapportant à ce procès, ils ont jugé juste et équitable que, comme les limites datent de F époque de l'invasion des Huns et se trouvent fixées pour l* éternité par les chefs de ceux-ci^ la forêt soit restituée au village roumains auquel elle appartenait de tout temps et au su de tout le monde, v

Le document écrit sur parchemin étant lu, il est devenu manifeste pour les gens de Neudorf que les Roumains étaient dans leur droit. Aussi les personnages officiels de Besztercze firent-ils copier ces vieilles lettres patentes dans un document nouveau expliquant toute la procédure employée en 1557. C'est ainsi que les lettres patentes datant de 1366, et si importantes pour les Roumains, ont été conservées dans un document plus récent, c'est-à-dire copiées. Du document de 1557 on a fait faire quatre exemplaires; l'un de ceux-ci a été placé dans les archives de Besztercze et c'est probablement celui trouvé en 1808.

L'examen minutieux que Charles Schuller a fait subir à ce document en a grandement démontré la Fausseté (1).. D'abord on possède Tindex daté de 1602 des archives de Besziercze, et le document n'y est nullement mentionné. Il est curieux aussi que Temployé nommé Istrate^ qui a fait la soi-disant découverte, soit justement un Roumain. Il faut remarquer ensuite que Técriture du document ne correspond pas à récriture usitée au xvi* siècle, mais qu'elle est la copie de celle d'un document bien antérieur. D'après son importance, il faudrait que quatre écritures différentes y figurent; or il est écrit entièrement de la même main. Les signatures de Séraphin et de Heinrich^ qu'ils ont apposées au bas du document en leur qualité de fonctionnaires de la ville de Besziercze^ se trouvent sur plusieurs autres documents authentiques conservés dans les archives de la ville et ne ressemblent en rien à celles du document en question. Il est également inadmissible que les Saxons f d'ordinaire si jaloux de leurs droits, puissent permettre cette fois l'expression : Teutones advenœ au lieu de Teutones hospites. Et, au surplus, il est absurde, au point de vue de la rédaction, qu'un document hongrois du moyen âge en appelle aux Huns.

Il faut ranger dans la catégorie de ces documents falsifiés les chansons populaires roumaines aussi, (^^Athanase Marianesco a publiées à Pesth en 1859 sous le titre de Collinde et parmi lesquelles il y a par exemple un Jocul (danse), auquel dans son enthousiasme l'auteur ne craint pas d'ajouter cette réflexion : « Voilà l'histoire romaine dans les Collinde du peuple roumain! » G. Dem. Theodoresco, l'un des meilleurs folkloristes roumains, les qualifie d'apocryphes dans son étude consacrée aux Co//mrfc roumaines et publiée à Bucarest en 1879, car elles n'ont pas été recueillies sur les lèvres du peuple d'où elles ne sont jamais sorties n'y étant nullement à leur place (2).

Cette leçon n'a pas suffi à M. Marianesco. Pour donner des pendants roumains à Y Iliade^ au Niebelungen Lied ou au Kale-

(1) Archiv fur siebenbûrg. Landes Kunde, Nouvelle série, vol I, p. 30 et passim»

(2) Notiune despre colindele romane, Bucuresci^ 1879.

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