LIVRE TROISIEME
§ 10. La langue de renseignement sera celle de la majorité de la population.
§ 1 1. Aux endroits où, conformément au § 10, la langue de renseignement ne serait pas le hongrois, on enseignera le hongrois à part.
§ 12. Ce seront les membres du clergé des diverses religions qui donneront directementrenseignement religieux aux enfants.
§ 16. La surveillance des écoles incombe aux comités, nommés à ce but par les communes, comme il leur incombera aussi de choisir les instituteurs parmi ceux ayant obtenu les brevets nécessaires pour devenir des instituteurs.
Relativement aux paragraphes 1 0 et 1 1 la commission de Tenseiguemet proposa deux amendements ainsi conçus :
§ 10. L'enseignement de la langue hongroise sera partout obligatoire.
§11. Les élèves qui ne comprennent pas le hongrois recevront renseignement primaire dans leur langue maternelle.
Ce fut la rédaction de la commission que la Chambre adopta après une longue et très-intéressante discussion. Les députés roumains Sigismond Pap et Vragos y prirent part, sans se montrer hostiles à l'esprit du projet de loi. D'ailleurs les Roumains f originaires de Hongrie, — tels que Tavocat Emmanuel Gozsdii ou Euihyme Murgu, — ne furent jamais intransigeants et implorèrent même à Toccassion la protection du ministère hongrois contre les empiétements de Rajatchitch, le patriarche serbe de KaMcza.
On doit mentionner finalement les travaux de la commission de l'union qui se rapportaient à l'abolition du servage en Transylvanie, intéressant particulièrement les Roumains dont se composait la majorité des serfs transylvaniens. A cet égard, elle dut s'occuper surtout des omissions de l'article iv de la loi créée par la dernière diète de Transylvanie, Ne précisant pas certains détails concernant la nature des propriétés, elle fitnaitre à ce sujet des contestations entre les anciens seigneurs et leurs serfs émancipés, contestations qui amenèrent des collisions sanglantes même là où la population des communes était magyare ou saxonne. Aussi le député roumain Sigismond
Pap^ pressa-t-il la Chambre hongroise le 13 septembre de discuter avant tout le projet de loi sur le règlement de cette question, car «la conspiration — dit-il, dont le but est notre anéantissement, ne cesse d'opérer sa séduction sur le peuple avec ses leurres de toutes espèces » ( l "ï .
La pétition du second régiment des Roumains des Confins militaires eut également les honneurs d'une discussion à cette commission déjà citée. Les réclamations des pétitionnaires y étaient presque les mêmes que celles de l'assemblée de Balàzs^ falva seulement le ton en était un peu moins hostile et indiquait la possibilité d'une transaction. La commission y répondit en déclarant : 1*^ que les anciennes conditions de la possession terrienne ne seront pas maintenues chez eux non plus ; 2® qu'ils nommeront des députés pour la législature future et 3^ que la langue du commandement sera la même chez eux que dans, l'armée hongroise. Pour le reste, elle transmettra la pétition au ministère.
Au point de vue administratif, les dispositions prises à l'égard de la Transylvanie par le gouvernement hongrois étaient nombreuses. Le 17 juin l'archiduc-palatin procéda à la dissolution de la chancellerie transylvanienne de Vienne et le lendemain on émancipa les serfs avec solennité. Ensuite on nomma le baron Nicolas Taj, un des collaborateurs de Széchenyi dans ses œuvres régénératrices, commissaire royal pour la Tran-sylvanie afin qu'il y présidât à la transformation politique du pays exigée par l'introduction de la constitution hongroise.
Un de ses premiers actes fut de faire partir le 1"" bataillon du second régiment roumain de Confins contre les Serbes révoltés. Parti de Diaszod, où les membres du comité national roumain dissous de Szeben l'avaient sans cesse excité contre le nouvel ordre des choses, ce régiment ne voulut ni accepter les drapeaux hongrois, ni prêter serment à la nouvelle constitution, refus qu'il recommença obstinément plusieurs fois encore pendant son odyssée à travers la Hongrie d'où il ne retourna dans ses foyers qu'en août 18i0.
(1) Pap Dénes, à pesti magyar nemzet^yiilés, 1848-6a», vol. II, p. 213.