LIVRE TROISIEME 41S
Soit à cause de leur participation dans l'excitation dé ce régiment, soit à cause de leur connivence avec les cercles saxons les plus antimagyars et de leurs agissements incessants, les anciens membres du comité national roumain ne purent longtemps échapper à la vigilance du commissaire royal. Il les fit arrêter le 18 août à Szeben, où il vivaient sous la protection et aux crochets des autorités saxonnes , par le comte Béldi\ préfet du département de Doboka, Et comme parmi les détenus il y avait un Trébonien Lauriano qui était sujet valaque, quoique né en Transylvanie, le gouvernement révolutionnaire roumain intervint en faveur de sa mise en liberté. Voici l'explication donnée par le commissariat royal : a Quels que soient les efforts tentés par le pays pour faire participer le peuple roumain aux concessions justifées par les idées de Tépoque ainsi que pour le mettre sur le même rang que les autres habitants du pays, ces concessions ne furent pas acceptées partout avec le sentiment qui les avait inspirées. Au contraire le peuple, circonvenu et aveuglé par des meneurs malveillants, se laissa entraîner à une foule d'actes qui sont aussi dangereux pour le pays que pour lui-même... Or c'est de semblables méfaits que ledit Lauriano est accusé et à cause desquels il a été arrêté et sa correspondance confisquée » (1).
Au moment ou le baron Vaj prit cette attitude énergique, la cour de Vienne était déjà décidée à barrer le chemin au libéralisme magyar. Elle dut même donner avis de cette décision à ses subordonnés les plus sûrs, car le baron Puchner ne mit pas tout le zèle désirable pour surveiller les prisonniers en question qui lui furent confiés. Délivrés par son aide-decamps, le général Pfersmann, sous un futile prétexte, ils se réfugièrentà Orlàt, en pleins Confins militaires roumains , où ils se sentirent tellement protégés qu'ils poussèrent leur entourage à la convocation d'une assemblée populaire roumaine, en en demandant la permission à l'autorité militaire. Elle la leur accorda pour le 10 septembre. La permettre était déjà un
(1) Jakab Elek, Szabadsdg harczunk torténetéheZj p. 345 et 346.
kik MAGYAKS KT ROUMAINS DEVANT I/HISTOIRE
contre- coup de la volte-face plus haut signalée de la cour de Vienne^ mais sa signification s'accentuait davantage encore par les événements qui l'avaient précédée en Transylvanie,
D'abord le refus des Saxons de procéder à la levée des recrues ordonnée sur la proposition de Kossuth. Szeben excusa sa désobéissance le 6 septembre par l'absence de la sanction rovale dans la loi votée par le parlement hongrois ; exemple que Brasso suivit immédiatement. Le lendemain, le lieutenantcolonel Urban, du second régiment roumain, présida une réunion de ses officiers à Naszod, où Ton décida de ne plus obéir au ministère hongrois, traitre à la monarchie. En même temps, Urban annonça au commandant en chef qu'il pourrait facilement lever 10,000 hommes, si on lui procurait les armes nécessaires.
La réunion à'Orlat ne put ajouter aucun trait hostile à ce.^ déclarations de guerre formelles. Son inportance consistait dans la présence du commandant Riebel^ de l'armée impériale, autorisé par le baron Pnchner à y assister. Encouragés par des succès semblables, les meneurs improvisèrent une seconde assemblée des Roumains à Balàzsfaiva pour le 16 septembre, où la foule ne devait se présenter qu'armée afin que l'impression produite fut plus terrifiante.
Le 13 septembre il se passa malheureusement un fait, qui ne fit qu'augmenter Teffervescence des Roumains, A Lona on était obligé de recourir à l'intervention de la force publique pour briser la résistance de Tautorité communale et des habitant> ameutés qui ne voulaient pas se soumettre au recensement en vue de la levée des recrues. Après avoir épuisé toutes les tentatives de conciliation pendant plusieurs heures, on était oblige de faire tirer sur la foule menaçante et insubordonnée. Il y eut treize morts et un grand nombre de blessés parmi les paysans qui comptaient évidemment sur l'impunité, car les soldai» réquisitionnés appartenaient à l'armée impériale.
Aussi vit-on arriver à Balàzsfaiva le jour indiqué plus de 2,000 Roumains^ munis de faux, de fourches et de lances, auxquels s'adjoignirent quelques jours plus tard les 6,000 Motzes — habitant les glaciers — de Janco et iïAxente, Accouru