LIVRE TROISIÈME
taires magyars, accomplirent-ils dès le 14 octobre un méfait épouvantable à Kis^Enyed en y massacrant les habitants magyars de la localité, au nombre de 141.
Sous le coup de ces nouvelles cruelles et après avoir juré fidélité au roi de Hongrie et à la constitution hongroise, les ^icules réunis à Agyagfalva se décident à une action militaire en faveur des Magyars, Leur bravoure les conduit à SzâsZ'Régeriy mais leurs victoires sur le prefeki Mikàs et le colonel Urban restent stériles,. car finalement battus par le général impérial Gédéon, ils sont obligés de regagner leurs foyers le 4 novembre.
Entre temps, chaque jour apporte son contingent d'événements nouveaux. Le 10 octobre Kossuth adresse une proclamation emphatique aux Valagues pour les rappeler à l'obéissance ; le 14, le baron PucAner annonces aux troupe impériales qu'elles ne doivent plus recevoir d'ordres que de lui seul ; le 17, on distribue parmi les Roumains un règlement pour le service militaire en temps de guerre, dans lequel on admet, à Toccasion, la nécessité de massacrer les blessés et d'incendier les villages; le 18, c'est encore Puchner qui prend la parole pour communiquer aux populations les nouvelles concernant l'abdication du palatin, la démission du ministère hongrois, l'usurpation d'un soi-disant comité de « défense nationale » présidé par Kossuth et pour en tirer la conclusion qu'il représente dorénavant seul l'autorité légale en Transylvanie ; le 19 y Siaguna se déclare pour l'empereur tandisquejLemen/i défend,le21, la manière de voir du baron Vay qui ne veut plus traiter le baron Puchner que comme traître; le 24, on installe à Szeben un « comité de pacification » , composé de deux membres saxons, de deux Roumains et de deux officiers.
Mais les prefeki roumains n'entendaient pas rester longtemps inactil's. Ce fut Buieano qui se chargea du désarmement du département de Zufuind. Le 22 octobre, il fit envahir par Cosian Muera la ville de Kôrôsbànya. Ayant rassuré la population par ses protestations pacifiques, il engagea les propriétaires des villages voisins, réfugiés dans la ville, à s'en retourner chez eux, tout tranquillement. La famille Brady^ composée
d'une vingtaine de personnes, se laisse persuader et part, ayant pris avec elle, par mesure de précaution, le pope de Korôshti^ nya. A peine sortie de la ville, la caravane est assaillie par une soixantaine de Roumains qui Tentrainent dans la commune de Vàka où le lendemain il y a dix-neuF cadavres y compris celui du pope, brûlé vif, qui gisent sans être ensevelis sur le sol glacé.
Le même jour, 25 octobre, eut lieu le massacre de Prézakii, où s'était réfugiée la population magyare, fuyant de Zalaihna devant les hommes du prefeki Dobra. D'après les recherches d'un employé autrichien, nommé Nahlik, faites en 1851, à une époque très peu tendre pour les Magyars^ le nombre des victimes y atteignit le chiffre de 640, parmi lesquels 1 10 appartenant à la bonne société. Leurs cadavres ser\'irent pendant longtemps de pâture aux fauves des alentours. Grâce aux efforts de Jean Ursu^ du pope de Meiesd, on parvint à épargner la vie à 130 blessés. Quant à la ville de Zalaihna elle fut pillée, incendiée et détruite par les massacreurs.
Si Axente ne fit pas subir le même sort à ce moment à la ville de Xagy^Enyedy malgré les menaces de son vice-prefeki Prodano, le mérite en revient au capitaine Baumgarten, de l'armée impériale, grâce auquel le camp roumain de Muzina fut défait. Malheureusement le lendemain, 24 octobre, il dut abandonner les rangs des Magyars et se retirer à GyuLifeliérvàr pour les combattre ! Les succès du baron Jean Bànfjy et du comte Grégoire Beihlen n'aboutirent pas au but visé non plus, c'est à dire a la délivrance des prisonniers magyars, détenus par les Roumains dans leur camp de Krakko, Pour venger leurs pertes, ceux-ci massacrèrent sans merci tous les Magyars qui se trouvaient en leur pouvoir (1).
C'est au contraire avec joie que Ton peut raconter la conduite exemplaire du prejekt Nicolas Solomon dans le département de Huuyad. Le désarmement des Magyars s'y effectua sans qu'une seule goutte de sang fût versée.
Pour paralyser l'impression que les déclarations magyaro-
(Ij SziLAGYi FarkaS, Nagy^Enyed pusztulâsa 1849-&eii^ p. 11 à 13.
philes de Leményt pouvaient produire sur Topinion publique, le u Comité national roumain » publia le 1" novembre un manifeste qui est le document incontestablement le plus suggestiFde cette époque et h cet égard. Il est signé par le président Barnutin et le secrétaire Barùiu, et il débute par cette phrase stupéfiante : « Frères, vous avez appris certainement que c'est le commandant en chef qui s'est chargé du gouvernement de la Transylvanie au nom de l'empereur et dans le sens du manifeste impérial du 3 octobre pour délivrer le pays des assassinats, des pillages et de tous les forfaits inouïs que les délégués et les agents de Kossuth y commettent à la face de l'univers pour la honte de la nation magyare! » Partant de là, ce document démontre que les Magyars ne veulent traiter les tioumaùis en frères que pour les rendre parjures à l'égard de l'empereur, que l'union ne concerne en rien ces derniers car elle n'a été votée que par des députés menacés de mort, que le baron Vay ment quand il affirme que ce soniles Magyars qui ont émancipé les Roumains et que ce sont ces derniers qui ont commencé les assassinats. «Frères roumains! ne vous fiez pas aux mensonges de Kossuth, de Vay et de Leményi! Ne croyez pas que Jellatchitch ou d'autres généraux impériaux soient battus. Non, ceux-ci sont partout victorieux. Ayez foi dans vos droits et dans la grâce de Dieu, du père des peuples, et soyez convaincus que l'année 1848 est la dernière année de la tyrannie magyare et la première de la résurrection des peuples » (l)!
-iprès la défaite des forces sicules il ne resta plus en Tr^nsylvanie de troupes hongroises de quelque importance qu'à Kolozsvàr et dans ses environs. Nagy-Enyed iomhw le 8 novembre au pouvoir du colonel impérial Losenav^ et Deés le 10 en celui du général Mardener^ qui détacha Urban pour occuper SzamoS'Ujvâr. Le 13 les Roumains brûlèrent Felinntz et s'emparèrent de Torda, La position devenait insoutenable pour les Magyars; ils se retirèrent à Csucsa, abandonnant Kolosvàr aux Autrichiens qui y entrèrent le 17 novembre. D'ailleurs
.^1) Memoriaful Ârchiepiscopului Andreiu baron de Saguna , p. 203 , et passim.
4n MAGYARS ET ROUMAINS DEVANT L'HISTOIRE
la cour de Vienne ou plus exactement d'OUnikiz^ où elle s'était retirée pendant le siège de la capitale impériale, se crut assez forte pour rétablir par un simple rescrit de Ferdinand le u gubernium » à peine supprimé et pour nommer gouverneur le comte Émeric Mikô (14 novembre). On procéda alors à Ti'nstallation d'une administration mi-partie autrichienne, mipartie roumaine dans les départements de Zarànd^ de Hunyad^ d'ALsO'Fehér et de Felsô^Fehér^ ainsi que dans Fogaras, A vrai dire, cette coopération des Roumains et des Austro-Saxons n'était pas toujours très amicale, car si le a comité de pacification D , où l'élément allemand se trouvait en majorité, ne se gênait pas pour envoyer des canons à Résinar et à Filiskâr ou pour faire arracher les toits des maisons à Poplak et à Szelisiye afin de stimuler Tardeur militaire des Roumains^ ceux-ci se donnèrent la satisfaction de s'emparer des moulins des premiers, sis à Szàszsebes, ou d'attaquer et de piller la paroisse de Denzdorf. Mais rien ne peint mieux la situation respective des alliés que le rescrit du commandant en chef adressé au a Comité national roumain n le 22 novembre, dans lequel, tout en lui concédant le droit d'organiser la milice, il lui défend d'en disposer, sous n'importe quel prétexte.
Dans le courant de ce même mois de novembre eut lieu la déposition de l'évéque Leményi et son remplacement par le chanoine Krajnih, sur les ordres du baron Pitchner, ainsi que le désarmement des Sicitles des sièges d'Vdvarhely et de Csih par le capitaine de dragons Heydte et par Droschner. Hàromszéh ne se prêta pas à cette triste comédie, malgré les insinuations de certains personnages sicules influents. Elle prit au contraire la résolution, dans son assemblée populaire du 23 novembre, de se transformer en un vaste arsenal pour fondre des canons, pour fabriquer de la poudre et des capsules, pour sacrifier à la patrie la vie de tous ses hommes valides. Sur 80,000 habitants 12,000 s'enrôlèrent du coup sous les drapeaux tricolores, et parmi eux cinquante-quatre membres de la seule famille Jancsô^ à laquelle appartient M. le D'^ Benoît Jancso. Le 29 novembre, les 4,000 hommes de Heydte furent repoussés à Arapataka où se firent, pour la