LIVRE TROISIÈME 4î
Principautés danubiennes d'envoyer en Transylvanie des troupes auxiliaires. Tout en faisant préparer toutes les choses nécessaires pour les bien recevoir, le baron Puchner aurait Tair de s'opposer énergiquement à leur apparition afin que la réputation de Tarmée impériale pût sortir honorablement de cette épreuve. Cette proposition ne fut bien accueillie ni par les Roumains^ ni par les Saxons. « Si la maison d'Autriche n'est pas en mesure de garder la Transylvanie, s'écria le haron François Reichensiein, elle ne mérite pas d'y régner! » Pour Singuna la question se posait ainsi : si on laisse \e pays au pouvoir des rebelles, sur 1,200,000 Roumains il nen restera que 200,000 et sur 200,000 Saxons que 20,000. tt Voyant l'opposition, dit-il en terminant, que vous faites à Son Excellence le commandant en chef, je renonce à mon siège épiscopal. » Impressionnés par ce mouvement oratoire, les assistants consentirent à entrer en négociations avec le commandant en chef, si toutefois il ne donne pas suitait à son projet de protestation. Ayant obtenu par ses délégués toutes les satisfactions désirables à cet égard, la réunion se prononça pour l'envoi, près du général russe Liiders, d'une mission chargée de lui expliquer la situation et de l'inviter à une intervention. Les Roumains ne voulaient ft aucun prix que cette invitation se fit au nom de la nation roumaine, car ils craignaient qu'ayant demandé des secours à la Russie, celle-ci ne s'autorisât à garder en échange les Principautés danubiennes auxquelles ils tenaient tant, en vue de la création de leur Daco-Roumanie rêvée. Mais leur opposition resta stérile : dans la missive portée par Siarjuna, un commerçant roumain de Brasso et deux Saxons au quartier général de Luders, les pétitionnaires sont les nations roumaines et saxonnes représentées par Barnutiu, Cipariu et Balasiesco d'une part et de l'autre par A, Zay^ Joseph Benigni et Joseph Wàchter. La réponse de Luders était évasive, cependant il promit de recommander favorablement la pétition u l'empereur Nico^ las l". Mais l'acquiescement ne pouvait arriver avant dix-huit jours, vu Téloignement de la capitale russe et l'insuffisance des movens de communication.
Cependant, les événements marchaient avec une rapidité vertigineuse sur les champs de bataille. Bem^ après avoir proclamé l'amnistie pour tous ceux qui étaient susceptibles de revenir à des sentiments meilleurs à Fégard de la cause hongroise, remonta promptement le courage des Skulesy déjà enclins à déposer les armes, conformément à la convention d'Arapatak, devant le général autrichien Gédéon.
Ces quelques semaines, consacrées départ et d'autre i\ la préparation d'une campagne définitive, lurent particulièrement propices à Faction de la milice roumaine. La contrée située entre Szeben^ MedgyeSy Torda et Déva^ complètement dégarnie de troupes régulières, devint sa proie, et elle put tranquillement s'y abandonner à ses instincts les plus barbares. Dès le 5 janvier, on vit tomber le vice-prefekt Popo^ vitch sur la ville saxonne de Szàszvàros ^ renfermant un grand nombre des propriétaires magyars réfugiés. Prenant cette circonstance pour un bon prétexte, les Roumains exigèrent de la ville le payement d'une contribution de guerre considérable, garanti par la présence de douze otages. Ce fut grâce à la prompte intervention du commandant en chef que Ton put arrêter les exactions du zélé administrateur « sui generis » , révoqué et condamné par le baron Puchner, au remboursement des sommes déjà versées.
Tout autre fut le sort de Naf/y-Enyedy où se trouvait le collège bâti et doté par Gabriel Beihlen, avec sa belle bibliothèque et sa population d'étudiants. Axente et les Jio/zes réduisirent entièrement en cendres cette ville ouverte, le 8 janvier. Pendant Tincendie, les Roumains ne purent empêcher les pillards d'achever l'œuvre de la destruction. Si en fait d'assassinats on peut moins aisément démontrer la culpabilité de la milice roumaine, il est incontestable que les habitants ont énormément souffert des suites de l'incendie, car il les a condamnés à la dispersion au cœur de l'hiver, et conséquemment à être exposés aux intempéries des journées de janvier. Il y a eu du reste parmi les populations roumaines des environs d'Eriyed une partie notable, qui n'est pas restée insensible devant les maux des fuyards. Quant au capitaine Suini du