LIVRE PREMIER
vala^ il s'est mis à rassembler les différentes variantes des ballades traitant les faits et gestes de Novak et Gruja et il en a confectionné une épopée d'abord en vingt-trois et plus tard en vingt-quatre chants qu'il a présentée à TAcadémie de Bucarest en 1884 sous le titre : Le cycle des légendes de Marc. Ce fut à Alexandrie le plus grand poète roumain et le connaisseur le plus érudit de la poésie populaire roumaine que TAcadémie l'a remise pour être examinée. Son rapport se résume dans la déclaration verbale, que Tépopée de Marianesco est une création cérébrale de fantaisie (1). Grégoire Moldovân{2) ne condamne pas moins sévèrement les élucubrations poétiques du malheureux collectionneur : u La partie qui se rapporte à la naissance de Novak n'est que de la falsification pure. Elle n'existe pas dans la poésie populaire roumaine. » De son côté, voilà ce que dit le jeune et savant philologue Saineano : a Comme le Serbe Verkovics sent l'influence d'Orphée dans les chansons bulgares, ainsi découvre le collectionneur transylvanien (Marianesco) les vierges sabines dans les Collinde et annonce plus tard la présence des divinités antiques dans les contes populaires roumains, qu'il a publiés en 1859 (3). »
« Les savants roumains faisaient des efforts incommensurables— dit jRoes/er (4) — pour reconnaître les grandes figures de l'histoire romaine dans les poésies et les contes de leur race. Ils découvrent Trajan sous tous les déguisements, si même la chanson ne parle que d'Argirus. Aurélien a beau se cacher, on le retrouve toujours, fût-il travesti en Lériu, Leroni ou Reriu, On démasque Marins eiSylla avec une égale facilité. Et à force d'exercer la perspicacité , comme il devient aisé d'établir des rapprochements entre Diana et les ndoïne n ! Ces derniers sont des chants, prétendent-ils, composés en l'honneur de Diane^ quoique le mot soit très répandu en lithuanien et que les Lithuaniens ne connaissent nullement Diane, D'ailleurs Dimitri Cantemir était déjà d'avis qu'il fallait chercher en « doïna »
(1) Anal. Acad, t. VII, section I, p. 13, 15, 146, 155.
(2) Maqyar^roman szemle, 1895, numéro d'avril, p. 119-120.
(3) Istoria filologiei rutnane. Bucarescl. 1892, p. 340-341. [h) Rumanische Studien, p. 284.
le nom dace de Mars ou de Bellone! L'explication de la légende de « Docchie » est encore plus réussie. Couverte de neuf pelisses, Docchie s'en va avec son troupeau le F^mars dans les montagnes. Elle ôte tous les jours une pelisse, qui une fois ôtée se congèle immédiatement. Le neuvième jour, elle est gelée elle-même, comme les pelisses ôtées, car il fait une tempête de neige et de pluie glaciale. C'est au bout de ces neuf jours qule commence seulement le printemps; aussi le peuple les appelle*t-il les a jours de Docchie ». D'après Âsacbi (1), celle-ci représente la Dacie elle-même dans son attachement profond à ses enfants. Tandis que quiconque connaît la religion grecque, sait pertinemment que le T' mars a été consacré par l'Église grecque à Eudoxie ou Eudocc/ua. Donc cette Docchie ne peut être que l'Eudoxia de la martyrologie grecque. Quant au mot lui-même, il s'explique comme n'importe quel autre ayant acquis sa forme actuelle par la suppression de sa première syllabe non accentuée. »
(1) Nouvelles historiques de la Moldo-Roumanie, 1859, p. 38.