‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 210 sur 232 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

les Autrichiens et les Russes rattendaient dans une position fortifiée. Mais rien ne put arrêter Tattaque impétueuse des Magyars qui, après les avoir chassés de leurs positions, s'emparèrent séance tenante de cette capitale de la réaction, de ce quartier général de la contre-révolution roumaine et saxonne, où 850 blessés, 21 canons et une immense quantité de munitions, d'armes et de provisions tombèrent en leur pouvoir. Le 20 mars Drassô eut le même sort ; là, ce furent les Autrichiens qui couvrirent la retraite des Russes; mais le 26 mars il n'en restait plus un seul sur le sol de la Transylvanie^ les garnisons des forteresses de Gyulafehcruar et de Déva exceptées. Les Roumains ne jouèrent dans ces combats qu'un rôle tout-à-fait secondaire; d'après les avis des historiens autrichiens euxmêmes, — tel que l'auteur du uDer Révolutions KrieginSiebenbûrgen in den Jahren 1848 und 1849 '> — ils exercèrent plus d'une fois une influence néfaste sur les troupes impériales, car la panique s'étant emparée d'eux aux premiers coups de canon, ils entraînèrent avec eux les éléments les moins solides de l'armée impériale. Le a Comité national roumain d eut toutes les peines du monde à mettre en sûreté ses papiers et ses correspondances; un de ses membres — Balasiseco — ne put se sauver à travers les lignes hongroises qu'en poussant des « vivat » répétés en l'honneur de Kossuth, Janco et Axente se retirèrent dans la contrée montagneuse de VErczhegység où, sur un territoire de 500 kilomètres carrés, ils avaient leurs milices sous la main en attendant les événements.

Dans le pays ainsi purgé de l'ennemi, Cs^inj/ poursuivit sans relâche la réorganisation de l'administration civile et le rétablissement des conditions normales de la vie sociale. Il lui fallut beaucoup d'énergie pour empêcher les représailles des Magyars dont les blessures étaient trop récentes encore pour qu'ils ne cédassent pas, à l'occasion, aux insinuations de la vengeance et ne commissent des actes répréhensibles, tels que l'exécution improvisée de 17 Roumains à Datiz, Il fit donc sévèrement punir le sous-officier Balos pour sa conduite à Mczô-Ôr et n'admit nullement que l'on pût faire son procès à quelqu'un

sans recourir aux tribunaux réguliers. En fait de tribunaux, le parlement hongrois siégeant à Debreczen en avait installé de tout à fait spéciaux, a les tribunaux de sang » , pour juger martialement les délits de droit commun, dont le nombre devait fatalement s'augmenter pendant une époque aussi troublée. Un projet de loi se rapportant au fonctionnement de ces tribunaux fut présenté par Bahhasar Halasz le 8 février 1849 à la Chambre des représentants, qui le vota le 13 février. Ses tendances étaient aussi humanitaires que possible. D'abord, ces tribunaux se composaient de deux juges civils et de deux juges militaires, avec un président, soit civil, soit militaire. L'accusé recevait d'office son défenseur s'il n'en choisissait pas un en six heures de temps ou ne voulait pas se défendre lui-même, et on ne devait exiger de lui ni un aveu, ni une autre déclaration. Les témoins, et d'abord ceux de l'accusé, ne pouvaient déposer qu'en sa présence et ils étaient obligés de répondre aux questions soit de l'accusé, soit de son défenseur ainsi qu'à celles des juges et de l'accusateur public. L'accusé et Taccusateur public pouvaient également faire suspendre la procédure pendant douze heures afin qu'ils pussent présenter des témoins supplémentaires ou recueillir un supplément d'informations. Après la déposition des témoins, la parole revenait à l'accusateur public pour exposer son accusation, à laquelle répondait ensuite le défenseur. Les juges se retiraient alors dans une pièce attenant au tribunal pour délibérer et la condamnation ou la mise en liberté de l'accusé ne pouvaient être prononcées qu'à l'unanimité. En cas contraire, on devait renvoyer l'accusé devant les tribunaux ordinaires. S'il y avait condamnation , elle impliquait la mort du condamné trois heures après le prononcé du jugement, en présence d'un des juges et au moyen d'un peloton d'exécution. Il devait y avoir des tribunaux pareils dans tous les départements de la Hongrie, mais le ministre de la justice Vukovics en réduisit le nombre à dix au commencement du mois de mai 1849, pour n'en garder finalement qu'un seul à Budapest (20 juin). Gomme d'après Baritiu le nombre des Boumaùis condamnés

(1) Baritiu, Istoria transifvauiei, vol. II, p. 488, et suivantes.

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