‹ Magyars et Roumains devant l'histoireChapitre 211 sur 232 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

à mort par ces tribunaui^ et exécutés atteindrait le chiffre extraordinaire de 6,000, il ne sera pas inutile de citer les totaux relevés sur les livres d'écrou des prisons (!]. Dans le département A'Alsofehèr^ où les Roumains avaient commis le plus d*excès, il y a eu 105 accusés. Sur ce nombre les condamnations à mort montaient à 35, parmi lesquelles trois frappant des Magyars, Dans le département de Doboka-Belsô- Szolnok il y eut 418 emprisonnements, mais le nombre des condamnations à mort n'y dépassa pas six. En admettant que les autres départements habités par les Roumains aient fourni le double,la somme totale excédera à peine une centaine, laissant encore une marge énorme pour obtenir le chiffre indiqué par Bariiiu.

Mais la marche des événements qui vont suivre serait incompréhensible si on ne mentionnait pas très spécialement l'apparition de la constitution octroyée par François-Joseph à la monarchie le 4 mars 1849. Œuvre du prince Schwarzenberffy le tout-puissant conseiller du jeune empereur, qui, d'après les bulletins de Windisch-Graeiz, se considérait déjà absolument comme le maître indiscuté de la Hongrie soumise, cette charte n'est qu'un long réquisitoire — elle se compose de 1 28 paragraphes — contre la constitution hongroise. L'intégrité territoriale de FÉtat hongrois, ses droits historiques, ses traditions populaires y sont anéantis d'un trait de plume; il y est relégué au niveau d'une simple province conquise. Et, ironie amère ! la publication de ce malencontreux document coïncidait justement avec les revers de l'armée impériale. De là cette indignation de la Hongrie victorieuse, qui prit fatalement la forme d'un acte révolutionnaire : la proclamation à Debreczen de l'indépendance du pays et de la déchéance de la maison des Habsbourg par le parlement (14 avril.) Cet acte, que François Deàk ne craignait pas d'appeler regrettable, permit à la Russie d'intervenir sous prétexte de défendre l'équilibre européen et de garantir la tranquillité de ses propres provinces. Elle n'agissait donc pas seulement dans son pro-

(l) SziLAGYi Fahkas, Alsofehét^vâi-megye 184-8-49-6^/1.

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pre intérêt, mais dans celui de la paix générale en cédant aux instances. du gouvernement autrichien, qui avait imploré son secours.

Les deux mois qui précédèrent Tapparition effective des armées russes en IlongriCy constituent Tépoque la plus g^lorieuse de la guerre de 1849 pour les Magyars. Victorieux en bataille rangée à Nagy-SaM (19 avril), ayant débloqué A'omàrom (26 avril) et ayant pris Bude d*assaut (21 niai), ils pouvaient considérer la guerre comme terminée et attendre en sécurité les propositions de V Autriche^ ainsi que Tespërnit de bonne foi le parti u de la paix » du parlement hongrois.

Sous Tinfluence de ce court laps de temps heureux, auquel rhistorien Alexandre Marhi donne avec raison le nom de tt Printemps sacré » , il y eut un mouvement de rapprochement entre Magyars et Roumains, qui, malgré son avortement, indique bien que l'entente de ces deux peuples, tant désirée par leurs amis sincères, n'est pas une utopie et peut facilement se réaliser, s'ils y mettent tous deux un peu de bonne volonté.

Ce fut à vrai dire Bem qui aplanit principalement le chemin pour arriver à ce résultat si désirable. Le lendemain de la prise de Szeben il proclama une amnistie générale, et le 2 1 mars Ht à la population de la Transylvanie un appel que résume la phrase suivante : «Magyars, Saxons et Roumains! tendezvous la main fraternellement; chassez de vos cœurs toute haine de race et vous serez tous heureux! » Tombées des lèvres du vainqueur, de telles paroles ne manquent jamais leur effet. Aussi apprit-on sans surprise que le mouvement offensif commencé le 2 avril par le commandant magyar Csutak contre Axente et Janco, établis dans V Érezchegység ^ s'arrêtait subitement, malgré la défaite du prefekt Buteano On comprit <]ue le moment était on ne peut plus propice pour entamer des négociations en vue de la paix. D'abord, les magyars \e' nant à'Abrudbànya, (ÏAlbàk affirmaient que Janco vivait en parfaite harmonie avec les habitants magyars de la contrée. Ayant accumulé ses provisions de vivres et de munitions et même ses trésors à Topanfalva^ il s'y faisait traiter en véritable « Roi des glaciers » à qui Ferdinand avait transmis ses

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