LIVRE TROISIÈME
trëe remplie d'ennemis, il en repartit le 19 mai emmenant* avec lui environ 2,000 habitants magyars et allemands. Ceuxci , y comprisles femmes, les enfants et les malades marchèrent pêle-méle avec les soldats. Aussi n'était-ce pour les Roumains qu'un jeu d'anéantir ce troupeau d'individus au pied du pic de Vulkan, haut de 1264 mètres. Ce fut là que l'on vit les soldats de la légion viennoise s'entretuer pour ne pas tomber vivants dans les mains des Roumains. Il n'y eut que la moitié d'une compagnie de hussards et quatre-vingt-quatre hommes de la milice sicule qui purent se frayer un chemin à travers les lignes des Routnains. Mais Hat vani put se sauver aussi. Pour se venger, il fit fusiller le prefeckt Buteano le 23 mai tandis que Dohra disparut pendant l'attaque dirigée par Janco contre Abrudbànya, Lf^activité néfaste de Hatvani ne se prolongea pas plus longtemps : le gouvernement hongrois le destitua quelques jours après.
Enhardis par ce succès, les Roumains ne se contentèrent plus de porter la terreur dans la contrée des mines ; ils inquiétèrent à la fin de mai l'armée hongroise elle-même investissant Gyulafehéi-vâr. Là, ils furent repoussés, provoquant ainsi le* retour offensif des Magyars, Mais le baron Farhas Kemény ne put se maintenir longtemps dans les ruines réoccupées A'AbradbànyaQicT%xi plus prudent de rallier les troupes d'investissement. Exaspéré par cette résistance héroïque des Roumains, Bem conçut alors le plan d'une attaque convergente contre leur position avantageusement fortifiée par la nature. Farhas Kemény, les commandants Szép Yolgyi et Paul Vasvàri^ un des jeunes gens ayant proclamé à Pesth la liberté de la presse et dont l'éloquence lui procura le surnom de ^ Kossuth le jeune » devaient pénétrer de trois côtés à la fois dans ÏErcz'/iegyseg, Conformément aux ordres de /iem, Vasvàri se porta avec 600 hommes contre le Marisel en pleine révolution où il devait rencontrer les troupes de Szépvolgyi. L'ayant vainement attendu pendant deux jours, il voulait regagner sa base d'opération; mais déjà averti de l'exiguïté de ses forces, Nicolas Crochesioy un des tribuns de Janco lui barra le chemina FontU" nele et le tailla en pièces avec les trois quarts de ses hommes.
Cette catastrophe ne doit être imputée h personne. Après avoir commandé un mouvement en avant à ces trois chefs, Bem se vit obligé de les rappeler et , par une fatalité, Vasvàri ne reçut pas de contre-ordre! La raison de ce rappel fut la nécessité de rassembler toutes les forces hongroises, car des armées russes étaient entrées en Transylvanie depuis le 18 juin! Le général Luders y fit irruption avec 28,636 hommes et 56 canons à Brassa et le général Grothenhjelm à Besztercze avec 10,501 hommes et 32 canons. ïl furent rejoints par les Autrichiens disposant de 15,000 hommes et de 45 canons, sous les ordres du général de division comte Clam-Gallas^ venus soit de la Boukovine, soit des Principautés danubiennes. Les forces dont Bem pouvait disposer ne dépassèrent pas au contraire 24,000 combattants appuyés par 64 canons.
La présence des envahisseurs étrangers produisit un double résultat. Militairement, elle changea la situation complètement au désavantage des Magyars : malgré la défense héroïque de Ferdinand Szabo^ d'Alexandre Kis, mortellement frappé et de Szidlovszki, qui en sa qualité de Polonais ne voulut pas se rendre aux Russes et se fit sauter la cervelle. Brassa tomba le 21 juin au pouvoir des alliés; Bem perdit la bataille de Wallendorf le 28 juin et le général russe Hasford se rendit maître du pays des Sicules dès le 25 juin et détruisit leur fonderie de canons, leurs moulins à poudre, leurs fabriques de capsules. Politiquement, ses effets étaient au contraire très favorables, puisqu'ils produisirent en face du danger commun du panslavisme un rapprochement entre les Magyars et les Roumains .
Pour le rendre le plus prompt et le plus efficace possible, on s'y prit de deux manières : Balcesco^ l'envoyé de Témigration roumaine, entama des négociations avec le gouvernement hongrois k Debreczen dès le milieu du mois de mai, tandis que son collègue Balaceano essaya de faire comprendre aux Roumains de la Transylvanie sous les armes le tort qu'ils faisaient aussi bien à la cause de la liberté en générale qu'à la leur propre en combattant les Magyars en compagnie de V Autriche et de la Russie absolutistes. Kossuih agréa les ouvertures de