LIVRE TROISIEME
Balcesco avec empressement et put d'autant plus aisément promettre l'élaboration d'un projet de loi à ce sujet que les victoires remportées par les Magyars semblaient enfin rendre au parlement le loisir nécessaire pour s'occuper de la réorganisation intérieure du pays. Malheureusement Téclaircie ne dura pas longtemps, et après avoir joui quelques semaines de ses triomphes à Budapest, le gouvernement se trouva de nouveau dans la nécessité de l'abandonner et de se réfugier vers le Tisza, Cette fois ce fut à Szeged (Szegedin) qu'il s'installa avec les débris de la Chambre des députés, qui y tint quelques séances encore. Dans celle du 21 juillet, le ministre président Bartlié" lemi de Szemere présenta lui-méine le projet de loi sur les nationalités. Les dispositions qui s'y rapportent aux Roumains sont les suivantes : on n'emploiera plus le nom de Valaque en voulant désigner les Roumains; si la langue de la législature était le magyar, il serait permis aux départements où les Roumains sont en majorité de se servir du roumain dans l'administration et dans les écoles ainsi que devant les tribunaux, une fois la procédure orale introduite; il serait loisible aux /îoumam.v de pétitionner dans leur langue maternelle; ils pourraient librement administrer leurs églises et leurs écoles; au ministère des cultes il y aurait une section spéciale avec des employés roumains spéciaux, pour les affaires de l'église orthodoxe ; on traiterait leurs églises et leurs écoles de la même manière que celles des autres religions ; on installerait à l'Université de Pesth une faculté théologique orthodoxe; on pourrait réunir des synodes avec l'assentiment du gouvernement; dans les communes roumaines ce seraient des Roumains qui commanderaient la garde nationale ; dans les administrations gouvernementales on admettrait les Roumains au même titre que les Magyars; les révoltés roumains en déposant leurs armes seraient amnistiés, à condition de prêter serment à l'indépendance hongroise.
Voté dans les derniers jours de juillet, ce projet de loi sombra avec beaucoup d'autres quelques semaines après dans le terrible naufrage de la cause hongroise, tout en démontrant la bonne volonté des hommes d'État magyars. Les pourpalers engagés entre Kossuih et Janco^ sur les instances de Balaceano
le jour même du combat de Funtanele, n'aboutirent à aucun résultat pratique non plus. Si Kossuth signe un traité le 14juillet relativement à la création d'une légion roumaine, formée par les émigrés moldo-valaques et destinée à lutter en Hongrie contre Tabsolutisme et le panslavisme, après avoir juré fidélité à la fois à la Hongrie et la Roumanie, le temps fait défaut pour mettre à exécution ce projet, beau et précieux gage de la fraternité magyaro-roumaine.
Quoique platonique, ce rapprochement exerça uneinfluence morale des plus heureuses dans le camp des Magyars, profondément troublés par l'arrivée inattendue des Russes, Bem y découvrit les indices d'une révolution dans l'empire des tsars, le soulèvement des Pi-incipautés danubiennes, comme il le dit dans sa proclamation du 5 juillet, panie à Besztercze. Aussi se sentit-t-il peu amoindri par Téchec que Luders lui y infligea cinq jours plus tard. Sans en être ému plus que de raison, il courut au secours des Sicu/es, et après y avoir châtié ceux dont l'enthousiasme s'était refroidi, il y réunit une petite armée de 15,000 hommes et AO canons, à la tête desquels non seulement il rétablit l'équilibre entre les belligérants, mais il put encore reprendre l'offensive. Afin qu'elle impressionnât mieux les alliés, Rem l'exécuta sur leur base d'opération en entrant en Moldavie avec trois mille hommes par le col à'Oxtoz. Il y fut précédé par César Roliac, l'émigré roumain, à qui /fowwiA avait confié la mission de prévenir Omer-pacha, général en chef de l'armée d'occupation turque en Valachie, de cette incursion probable des Magyars. On ne demanda au représentant de l'autorité de la Suhlime-Porie que sa neutralité bienveillante qu'il ne pouvait pas accorder sans faire naître des complications internationales. Bem n'apprit sa réponse négative qu'étant déjà sur le sol moldave, où il remporta un petit avantage près d'Onestie sur le général russe Oustrougo/f dès le lendemain de son entrée (le 28 juillet). Mais comme ses deux proclamations, invitant les Roumains à un soulèvement contre les Russes, ne produisirent aucun effet et comme son absence de la Transylvnnie ne pouvait qu'y aggraver la situation, il y retourna au bout de trois jours. Y ayant rejoint le 28 juillet le petit corps