CHAPITRE XII
VAK VICTLS ET VICTOIUBIS !
« La Hongrie gît an pied de Votre Majesté » , écrivit avec emphase le prince Paschhieviisch à Tempereur Nicolas après la capitulation de Vilàgos^ « et elle est à la merci de notre vengeance » , ajouta à la cantonade la camarilla de Vienne^ les dents serrées et les yeux injectés de sang. Car s'il était déjà assez humiliant pour elle d'implorer le secours de la Russie et d'avouer ainsi son impuissance en face d'une ^^ poignée de factieux, égarés par Kossuih » , comme elle aimait à appeler les défenseurs de la constitution hongroise, le fait que le généraldictateur Arthur Gôrgei avait préféré se rendre aux Russes qui n'étaient à vrai dire que les rabatteurs des armées autrichiennes et non pas à celles-ci, ses vrais vainqueurs, la mit complètement hors d'elle. Et cette acte, inspiré plutôt par le dépit et le désespoir que par un calcul politique quelconque, eut d'ailleurs un autre résultat imprévu et important encore : il relâcha les liens de l'étroite et vieille amitié des deux empires du Nord en apparence h cause des officiers hongrois s'étaiit rendus aux Russes, que ceux-ci livrèrent aux Auiric/iiens soiis^ la condition de les épargner et qui furent quand même exécutés, mais en réalité c^ cause de la conviction acquise par Nicolus pendant cette campagne que le chemin de ('onstautinople menait à travers la Hongrie et qu'il commettait donc une faute politique irréparable en ne la gardant pas, en remplissant scrupuleusement sa parole solennelle d'être toujours le protecteur des enfants de l'empereur Frawçoi5 V\ du beau-père de Napnléon. Or cette crise psychologique qui fait le plus grand honneur à l'autocrate russe, n'échappa pas a la sagacité des hommes d'État autrichiens; ayant mesuré le danger que la monarchie avait couru, ils en voulurent au tsar comme s'il était devenu parjure et se promirent dès lors de s'affranchir
de sa tutelle. Voilà la raison initiale de Tattitude de VAiUnche pendant la guerre d'Orient : si en ne soutenant pas là Russie, elle devait étonner le monde par son ingratitude, au fond cVtait encore un sacriBce puisque ses intérêts eussent été mieux servis par une alliance ouverte avec la France et ÏAn^ gleterre, empêchant la Sardaigne de se mettre en avant et rendant ainsi impossibles les complications survenues en Italie quelques années plus tard.
Quant à la rage antiraag>'are des hommes d'État autrichiens de Tacabit du voluptueux prince Félix Schwarzenherg ^ A' Alexandre Bach, le a ministre des barricades >^ , fraîchement converti à la réaction, elle ne trouvait pas malheureusement de contre-poids suffisant dans la modération du souverain, trop jeune encore pour avoir une politique personnelle. De là les pleins pouvoirs donnés au baron Haynau dont les victoires remportées à Szôreg et à Temesvâr méritaient incontestablement des récompenses de la part de la cour, mais à qui on ne pouvait confier le gouvernement civil et militaire de la Hongrie qu'avec le désir qu'il y renouvelât les cruautés commises par lui en Italie cruautés qui lui avaient va^u le surnom de aThyène de Brescia » . Et cet espoir ne fut pas déçu, hélas! il fit prononcer 500 condamnations à mort politiques par les cours martiales et le nombre des exécutés atteignit 114, parmi lesquels treize généraux, le ministre-président comte Louis Batthyânj-, le baron Perényi un vieillard de soixante-douze ans, le baron Jeszenàh. Les casemates des forteresses autrichiennes de /osephstadt et de Kuefstein se remplirent de notabilités condamnées à la réclusion perpétuelle, tandis que Ton imposait de fortes amendes aux comtes Kârolyi et que Ton confisquait les biens des réfugiés n'ayant pu être pendus qu'en effigie.
Au milieu de cette avalanche de condamnations, frappant les meilleures familles et les individualités les plus marquantes on n'oublia pas le pays. Réduit au rang de simple province de l'empire d'Autriche, il vit sa constitution supprimée, et eut encore à supporter des mutilations considérables et humiliantes relativement à son intégrité territoriale. On lui enleva Fiume pour l'annexer à la Croatie, devenue l'égale de